Les États-Unis quittent la séance de l’ONU face à la France, une alliance se fissure

Lundi, les diplomates américains ont quitté une réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies sur l’Ukraine après que la France a critiqué le bilan du gouvernement Trump en matière de droits de l’homme. Le geste, dramatique, délibéré et télévisé, a été le point culminant d’une semaine d’échanges de plus en plus tendus entre Washington et l’un de ses plus anciens alliés.

Le déclencheur a été un vote de l’ONU vendredi. L’Assemblée générale a approuvé à une écrasante majorité un second mandat de quatre ans pour Volker Turk au poste de Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. La résolution a été adoptée par 144 voix pour, 10 contre et 13 abstentions. Les États-Unis figuraient parmi les dix voix contre. La France a soutenu la reconduction de Turk.

Après le vote, la Mission française auprès de l’ONU à Genève a publié une déclaration sur les réseaux sociaux que la mission américaine a jugée inacceptable, affirmant que les États-Unis étaient autrefois un phare des droits de l’homme mais ne le sont plus, qu’ils se tiennent désormais aux côtés de la Corée du Nord, du Nicaragua, du Mali et de la Russie, isolés, et que le monde ne les écoute plus.

L’ambassadeur des États-Unis à l’ONU, Mike Waltz, a répondu sur X, accusant la France de soutenir certains des pires auteurs de violations des droits de l’homme tout en appuyant un chef des droits de l’homme de l’ONU qui, selon lui, passait plus de temps à faire la leçon aux pays démocratiques qu’à confronter les régimes autoritaires.

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Lors de la session du Conseil de sécurité lundi, la température avait atteint le point de rupture. L’ambassadeur adjoint américain Dan Negrea a pris la parole devant le conseil avant la sortie. Il a accusé la France de feindre l’indignation morale et de tenter de faire la leçon à la communauté internationale sur tous les sujets. Il a déclaré que les États-Unis avaient soutenu la France dans chaque conflit où sa liberté était menacée et avaient toléré ses grandes déclarations par respect mutuel, mais que cela ne continuerait plus.

Negrea a déclaré au conseil que ce sont les États-Unis qui restent le phare de la liberté dans le monde et que les États-Unis n’accorderaient pas à la France le privilège d’écouter leurs discours politisés jusqu’à ce qu’ils renoncent à leur rhétorique condescendante et irrespectueuse.

La délégation américaine a ensuite quitté la salle tandis que le représentant français prenait la parole.

L’ambassadeur français à l’ONU, Jerome Bonnafont, a choisi de ne pas envenimer la situation. Il n’a pas réagi directement à la sortie. Il a plutôt noté que la France avait participé aux célébrations du 250e anniversaire de l’indépendance américaine, a réaffirmé son engagement envers la Charte des Nations Unies et a déclaré que la France continuerait à œuvrer pour préserver l’indépendance de l’institution.

Mais cet incident n’est pas isolé. Il s’inscrit dans un schéma plus large de détérioration des relations américano-européennes sous Trump. Les divergences sur les engagements envers l’OTAN, les déploiements de troupes américaines en Europe, l’intérêt de Trump pour l’acquisition du Groenland auprès du Danemark et les désaccords sur la guerre en Iran se sont accumulés. Le président français Emmanuel Macron a plaidé pour une plus grande autonomie stratégique européenne: des capacités de défense européenne plus fortes et un parapluie nucléaire élargi mené par la France et la Grande-Bretagne.

La sortie du Conseil de sécurité est le symptôme d’une alliance qui ne cache plus ses divisions. Les États-Unis et la France sont censés être des partenaires. Lundi, ils se sont comportés comme des rivaux.

Traduit par Lydie

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