La 11e nuit : la guerre de Washington contre l’Iran franchit un nouveau seuil

Pour la 11e nuit consécutive, des avions de guerre américains frappent l’Iran. Ce qui avait commencé comme une campagne limitée pour maintenir le détroit d’Ormuz ouvert est devenu tout autre chose : une opération de bombardement soutenue contre un pays avec lequel les États-Unis ne sont pas officiellement en guerre, nommée d’après un site nucléaire que le président a annoncé à la télévision.

Donald Trump a déclaré mardi que les États-Unis frapperaient « Pickaxe Mountain », l’installation nucléaire souterraine près de Natanz, « assez bientôt, et très lourdement ». Le site est suspecté par les services de renseignement occidentaux d’abriter des activités d’enrichissement non déclarées. C’est aussi, par toute définition, une cible qui franchit des lignes que les administrations précédentes s’étaient fixées. Annoncer à l’avance une attaque planifiée contre une installation nucléaire n’est pas de la stratégie. C’est un ultimatum.

« Je n’annoncerais pas normalement des cibles », a déclaré Trump, « mais il n’y a rien qu’ils puissent y faire. »

Le commandement Khatam Al-Anbiya de l’Iran a précisé qu’il considérerait une attaque contre le site « comme une expansion de la guerre dans la région » et riposterait contre « tous les intérêts de l’Amérique, des alliés et des soutiens ». Ce langage n’est pas un bluff calibré pour la consommation médiatique. C’est le cadre dans lequel Téhéran entend agir.

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Le coût de la guerre

Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a déclaré au comité des crédits du Sénat que la guerre a coûté jusqu’à présent 37,5 milliards de dollars, soit une hausse de 8 milliards depuis mai. Il a prévenu que la formation serait réduite sans une augmentation urgente du financement. Ce chiffre ne représente que les dépenses militaires directes, sans tenir compte des perturbations économiques plus larges causées par la fermeture effective du détroit d’Ormuz au trafic commercial normal.

Le Commandement central américain a déclaré que ses frappes visent à « dégrader la capacité de l’Iran à menacer la navigation commerciale ». Au cours des trois derniers mois, l’Iran a attaqué plus de 30 navires marchands. La voie maritime reste nominalement ouverte, mais les données de navigation racontent une autre histoire : le trafic a ralenti, les assureurs ont triplé les primes, et deux pétroliers ont fait demi-tour cette semaine depuis le port saoudien de Yanbu, se redirigeant vers le canal de Suez.

Les défenses aériennes s’illuminent à travers l’Iran

Les défenses aériennes iraniennes ont été actives dans plusieurs villes : Téhéran, Tabriz, Tchabahar, Konarak et Bouchehr, où se trouve la seule centrale nucléaire iranienne. Cette liste montre l’ampleur du territoire désormais à portée de la campagne américaine.

Un cessez-le-feu signé en avril s’est effondré. Un protocole d’accord en juin promettait de rouvrir le détroit sous 60 jours. Trump l’a déclaré « terminé » trois semaines plus tard, après la reprise des attaques iraniennes contre les navires. Le schéma est clair : aucune des deux parties ne considère ces accords comme contraignants. Ce sont des pauses, pas la paix.

Répercussions régionales

La guerre ne se limite plus aux échanges entre les États-Unis et l’Iran. Le Koweït a engagé des drones d’attaque iraniens mardi soir. Bahreïn a activé ses sirènes de raid aérien. La Jordanie a intercepté des missiles. Et les Houthis au Yémen, qui ont déclaré un « embargo maritime » contre les navires saoudiens un jour plus tôt, menacent de fermer le détroit de Bab el-Mandeb, ce qui couperait entièrement la route de la mer Rouge.

Un soldat américain a été tué et un autre blessé dans une frappe iranienne en Iraq il y a deux jours. Le Pentagone l’a identifié comme la dernière victime d’un conflit dont le coût humain est rarement rapporté en chiffres.

La menace de Trump de frapper Pickaxe Mountain est peut-être l’escalade la plus dangereuse à ce jour. Elle signale que les États-Unis sont prêts à s’attaquer aux infrastructures nucléaires iraniennes, ce que la communauté du renseignement a constamment prévenu unifierait le pays derrière le régime et déclencherait une guerre régionale plus large. La Maison-Blanche semble avoir conclu que la dissuasion, et non la diplomatie, est le seul langage que l’Iran comprend. Reste à savoir si cette conclusion survivra au contact de la réalité.

Traduit par Lydie

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