
L’Ukraine a de nouveau frappé le plus grand détaillant en ligne de la Russie. Des frappes nocturnes sur les hubs logistiques de Wildberries à Krasnodar et Nevinnomyssk, dans le sud-ouest de la Russie, ont blessé 15 personnes et incendié un dépôt pétrolier. Des débris de drone ont également touché deux immeubles d’habitation.
C’est la deuxième attaque en quatre jours. Ce week-end, des frappes contre des entrepôts Wildberries à Tambov et Elektrostal, cette dernière à peine à 50 kilomètres de Moscou, ont tué 8 personnes. Des images satellites de Planet Labs montrent trois bâtiments d’Elektrostal complètement dévastés.
La campagne contre Wildberries n’est pas due au hasard. C’est une stratégie délibérée pour amener la guerre sur le front intérieur russe.
Pourquoi Wildberries ?
Wildberries est l’équivalent russe d’Amazon, une vaste place de marché en ligne où des vendeurs indépendants proposent leurs marchandises, et l’entreprise assure le stockage et la livraison. Ses entrepôts contiennent de tout, des vêtements et produits électroniques jusqu’aux composants pouvant être utilisés dans des équipements militaires.
Serhii Kuzan, président du Centre ukrainien de sécurité et de coopération, a expliqué la logique : « La principale raison de frapper les entrepôts de Wildberries est de perturber la logistique russe et l’approvisionnement de l’armée russe et des fabricants d’armement russes en biens à double usage, en composants électroniques critiques, en marchandises sous sanction et autres. »
Le gouvernement ukrainien affirme que les entrepôts étaient utilisés pour approvisionner l’armée russe en composants de drones et en équipements de navigation. Que cette affirmation spécifique soit vraie ou non, le point plus large est valable : dans une économie de guerre, tout est à double usage. Les composants électroniques d’un entrepôt civil peuvent se retrouver dans un drone militaire. Le réseau logistique qui livre des biens de consommation livre aussi des fournitures militaires.
L’effet économique et psychologique
Mais ces frappes ont un autre objectif : faire ressentir la guerre aux Russes ordinaires.
La campagne contre Wildberries s’inscrit dans une stratégie ukrainienne plus large visant à frapper des cibles à l’intérieur de la Russie qui affectent la vie quotidienne. Les frappes du week-end à Tambov et Elektrostal ont été suivies de frappes maritimes contre un dépôt pétrolier, un pétrolier et quatre cargos de la « flotte fantôme » russe dans la mer d’Azov et la mer Noire.
Un commerçant, qui s’est exprimé auprès du service russe de la BBC sous couvert d’anonymat, a décrit la peur : « S’il y a d’autres frappes, je n’y survivrai probablement pas. C’est terrifiant de continuer à charger mes marchandises dans ce qui ressemble à une fournaise. »
Tatyana Kim, fondatrice de Wildberries, a posté sur Telegram : « Il n’y a pas de mots pour décrire tous les sentiments et émotions provoqués par les attaques contre des personnes ordinaires, contre nos employés, contre nous, qui faisons simplement notre travail. »
C’est là tout l’enjeu. La guerre n’est plus quelque chose qui se passe en Ukraine et qui apparaît à la télévision russe comme une « opération militaire spéciale » aseptisée. Elle arrive à Krasnodar la nuit, sous la forme d’un drone qui détruit un entrepôt rempli des moyens de subsistance de quelqu’un.
Une guerre logistique
La Russie s’est adaptée à de nombreux aspects de la guerre des drones : brouilleurs de guerre électronique, filets anti-drones, drones à fibre optique pour son propre usage. Mais défendre chaque hub logistique à travers 11 fuseaux horaires est un problème différent.
La production ukrainienne de drones dépasse désormais le million d’unités FPV par mois. Les drones de frappe à longue portée peuvent atteindre des cibles à 1 200 kilomètres à l’intérieur de la Russie. Chaque entrepôt Wildberries, chaque dépôt pétrolier, chaque nœud logistique est une cible potentielle.
Cette campagne ne peut pas gagner la guerre à elle seule. Mais elle peut faire ressentir la guerre dans des lieux que le Kremlin pensait sûrs, et ce faisant, modifier le calcul de ceux qui sont prêts à endurer un conflit qui ne montre aucun signe de fin.

