
L’administration Trump a annoncé un droit de douane supplémentaire de 25 % sur les importations brésiliennes, intensifiant un différend commercial dont les racines sont autant politiques qu’économiques.
La Maison-Blanche a déclaré mercredi qu’elle imposerait un droit de douane supplémentaire de 25 % sur de nombreux produits brésiliens, invoquant ce qu’elle appelle le traitement injuste des entreprises américaines par le Brésil. Mais la guerre commerciale avec le Brésil n’a jamais été purement commerciale.
Les origines du différend remontent plus loin. En 2025, Trump a menacé d’imposer des droits de douane de 50 % sur toutes les importations brésiliennes et a ordonné une enquête au titre de l’article 301 du Trade Act de 1974. La raison invoquée : le système judiciaire indépendant brésilien poursuivait l’ancien président Jair Bolsonaro, un proche allié de Trump, pour avoir soi-disant fomenté un coup d’État et tenté de saper les résultats d’une élection démocratique. Un groupe de sénateurs démocrates a écrit à Trump à l’époque, qualifiant la menace tarifaire d’« abus de pouvoir grossier » et avertissant qu’elle « rapprocherait le Brésil de la République populaire de Chine ».
Le nouveau droit de douane de 25 % annoncé le 16 juillet est inférieur aux 50 % que Trump avait précédemment menacés, mais il représente néanmoins une escalade significative. Le Brésil est un partenaire commercial majeur : les États-Unis ont importé plus de 40 milliards de dollars de produits brésiliens l’année dernière, notamment du café, de l’acier, des avions et des produits agricoles. Les États-Unis ont enregistré un excédent commercial avec le Brésil ces dernières années, ce qui signifie que les droits de douane ne sont pas justifiés par l’argument habituel du déficit commercial.
Les effets pratiques se feront sentir sur les consommateurs et les entreprises américains. Le café, le jus d’orange, l’acier et les composants aéronautiques brésiliens deviendront tous plus chers. Le Brésil a déjà promis de riposter, comme il l’avait fait lorsque Trump avait précédemment menacé d’imposer des droits de douane. Une guerre commerciale généralisée entre les deux plus grandes économies des Amériques augmenterait les coûts pour les entreprises des deux côtés et pourrait rapprocher le Brésil de la Chine, qui investit massivement dans les infrastructures et l’agriculture brésiliennes.
La dimension politique est impossible à ignorer. Trump et Bolsonaro entretiennent une relation personnelle étroite, et l’ancien président brésilien est devenu un héros pour la droite mondiale. Les précédentes menaces de droits de douane de Trump contre le Brésil étaient explicitement liées aux problèmes juridiques de Bolsonaro. Les nouveaux droits de douane interviennent alors que les poursuites contre Bolsonaro se poursuivent devant les tribunaux brésiliens.
Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a réagi avec prudence, laissant la porte ouverte aux négociations tout en préparant des mesures de rétorsion. Mais l’écart entre les deux gouvernements est large. L’administration Lula a mené une politique étrangère indépendante qui inclut des liens étroits avec la Chine, accueillant des investissements chinois dans les ports, les chemins de fer et les projets énergétiques.
L’escalade tarifaire est cohérente avec la politique commerciale plus large de Trump : faire pression sur alliés et rivaux avec des droits de douane, puis négocier en position de force. Dans certains cas, le Mexique, le Canada, l’UE, cette approche a abouti à des accords. Dans d’autres, la Chine, elle a conduit à une guerre commerciale prolongée. Le Brésil semble se diriger vers la deuxième catégorie.
La question est maintenant de savoir si le Brésil va négocier ou riposter. La réponse déterminera non seulement l’avenir du commerce entre les États-Unis et le Brésil, mais aussi l’alignement stratégique de la plus grande économie d’Amérique du Sud à un moment où la concurrence entre Washington et Pékin s’intensifie dans toute la région.
Traduit par Lydie

