
Le président qui a transféré l’ambassade américaine à Jérusalem, reconnu le Golan comme territoire israélien et conduit le pays à la guerre aux côtés d’Israël a désormais déclaré le lobby pro-israélien mort. Dans une interview diffusée lundi sur la chaîne Real America’s Voice, Donald Trump a déclaré à l’animateur Wayne Allyn Root que le lobby qui dominait autrefois Washington n’est plus qu’une relique d’une autre époque.
Trump a affirmé que le plus grand changement qu’il ait observé au cours des dix ou quinze dernières années concernait Israël et le peuple juif, qui, il y a vingt ou vingt-cinq ans, disposaient du lobby le plus puissant de Washington.
Cette partie de la déclaration relève d’une histoire sans controverse. La suite ne l’était pas. Interrogé sur l’évolution du Congrès, Trump a affirmé que presque tout le monde, et en particulier un très grand nombre d’entre eux, n’était plus pro-israélien et que les démocrates contrôlaient la Chambre des représentants.
Il s’en est ensuite pris au chef de la minorité démocrate du Sénat, Chuck Schumer, l’élu juif le plus haut placé du pays. Trump a affirmé que Schumer était devenu presque comme un Palestinien, que c’était vraiment incroyable et qu’il n’avait jamais rien vu de pareil.
Lorsque Trump avait utilisé la même comparaison en 2025, des organisations juives et musulmanes l’avaient prise comme une insulte, au motif que le terme Palestinien était employé comme une injure. Rien dans la version de cette semaine n’indique qu’il désapprouve cette critique ; il a répété la formule quand même, pendant une guerre où Gaza vit sous occupation israélienne depuis le cessez-le-feu d’octobre 2025.
Une affirmation en phase avec le moment
Un président en guerre contre l’Iran a des raisons de vouloir claironner le déclin du lobby. La déclaration flatte sa propre indépendance : l’homme qui a fait plus pour Israël qu’aucun de ses prédécesseurs se présente aujourd’hui comme affranchi des forces qui poussaient autrefois les présidents vers Israël. Elle lui offre aussi un argument politique contre le Parti démocrate, dont la base s’est nettement éloignée d’Israël tandis que son propre parti reste en grande partie fidèle.
Les sondages apportent un certain crédit à cette affirmation. Une enquête Associated Press-NORC publiée en juillet constate que 58 % des démocrates estiment aujourd’hui que les États-Unis sont trop favorables aux Israéliens, contre 45 % en janvier 2024. Environ trois adultes américains sur dix pensent qu’Israël a trop d’influence sur la politique américaine. Le soutien à Israël s’est fortement érodé chez les démocrates, avec des signes de division chez les républicains. Trump a déjà tenu des propos du même ordre : en septembre 2025, il a déclaré au Daily Caller que le Congrès ne soutenait plus Israël d’une seule voix et que les jeunes républicains s’en éloignaient.
Mais la version du président sert ses intérêts d’une manière bien précise. Le déclin qu’il décrit n’a pas été provoqué par lui : c’est une évolution démographique et générationnelle mesurée depuis des années, qu’il a tour à tour ignorée et instrumentalisée. Le lobby n’est pas non plus aussi fini qu’il le prétend. L’AIPAC et ses alliés continuent d’injecter de l’argent dans les primaires, et la plupart des courses dans lesquelles ils investissent tournent encore à leur avantage. Ce qui a changé, c’est le rendement de ces dépenses : dans un Congrès où le groupe parlementaire démocrate est visiblement divisé sur Israël, l’argent achète moins d’unanimité qu’à l’époque où le lobby était, de l’aveu même de Trump, le plus puissant de Washington.
La pique contre Schumer est le vrai sujet
Ce qui est remarquable dans cette interview, ce n’est pas l’analyse des sondages. C’est l’insulte visant Schumer, lancée dans une émission qui lui est acquise, devant un public qui ne protestera pas. Qualifier un sénateur juif de presque Palestinien est une déclaration sur le mot lui-même : dans le vocabulaire de Trump, être comme un Palestinien, c’est avoir abandonné Israël. C’est le langage d’un homme qui fait de la loyauté envers Israël un test d’américanité, et il produira ce que ce langage produit toujours : servir de couverture à tous ceux qui pensent la même chose mais n’ont pas la tribune pour le dire.
Il y a aussi, en dessous, un calcul politique froid. Schumer s’est posé en critique de la conduite de la guerre par le gouvernement israélien, et la guerre contre l’Iran a fait d’Israël la question centrale de la politique américaine. Si Trump peut présenter Schumer comme l’ennemi d’Israël, il présente de la même manière tout démocrate qui remet en cause la politique israélienne. La remarque n’est pas un lapsus. C’est une formule de campagne lancée un an à l’avance.
Rien de tout cela ne rend l’observation de fond inexacte. Le lobby pro-israélien est plus faible qu’il y a un quart de siècle, le Parti démocrate est divisé, et la majorité à la Chambre appartient au parti dont les électeurs sont les plus sceptiques à l’égard d’Israël. Trump s’attribue simplement le mérite d’un changement qu’il n’a pas produit, et s’en sert pour aiguiser son attaque contre l’opposition. Le déclin du lobby est réel. Le récit qu’en fait le président est de la propagande assortie de chiffres.
Traduit par Lydie
Sources: Al Jazeera, Jordan News, UA.NEWS, Associated Press

