
L’UE et les États-Unis resserrent l’étau sur les parties belligérantes soudanaises, mais les pays qui permettent le massacre restent intouchés.
Le 13 juillet, l’Union européenne interdit l’achat, l’importation et le transfert d’or en provenance du Soudan. L’or représente près de 60 % de la valeur totale des exportations soudanaises, et les Forces armées soudanaises (FAS) comme les Forces de soutien rapide (FSR) dépendent des recettes aurifères pour financer leur guerre. L’UE interdit également les exportations de mercure et de cyanure, des produits chimiques utilisés dans l’exploitation aurifère qui ont alimenté un boom extractif toxique financé par la guerre.
Ces sanctions font suite à l’action américaine de juin, lorsque l’administration Trump a élargi les mesures ciblant les individus et les entreprises qui aident les deux camps à se procurer des armes et à recruter des mercenaires.
Mais les sanctions arrivent tard, et elles interviennent dans un contexte d’horreurs que le monde a largement ignorées.
Les chiffres sont stupéfiants : plus de 150 000 personnes tuées, 14 millions de déplacés depuis le début de la guerre entre les FAS et les FSR en avril 2023. Le dernier rapport des Nations unies, publié le 8 juillet, conclut qu’« au moins trois des crimes matériels de génocide sont de manière écrasante présents » dans les actions des FSR à El Fasher, la ville du Nord-Darfour que les FSR ont capturée en octobre après un siège de 18 mois. Un rapport précédent de l’ONU documentait des preuves de violences sexuelles, de disparitions forcées et de massacres de communautés non arabes.
Aujourd’hui, les FSR encerclent El Obeid dans le Nord-Kordofan, une ville de plus de 500 000 habitants. La ville fait face à de graves pénuries de nourriture, d’eau et de médicaments, et subit des frappes de drones. El Obeid se trouve sur un corridor d’approvisionnement vital et contrôle un oléoduc ainsi que le cœur du marché soudanais de la gomme arabique, un ingrédient clé des boissons gazeuses dans le monde entier.
Les atrocités ne se limitent pas à un seul camp. Les enquêteurs de l’ONU accusent les FAS de tuer des communautés soupçonnées de sympathiser avec les FSR. Des vidéos virales montrent des soldats des FAS battre et tuer des civils accusés de collaboration. « À un moment où de sérieuses inquiétudes sont soulevées quant aux risques auxquels sont confrontés les civils à El Obeid, déclare Joy Ngozi Ezeilo, experte de l’ONU, les conclusions d’El Fasher soulignent la nécessité de mesures de protection urgentes avant que d’autres vies ne soient perdues. »
Les deux camps continuent de projeter leur légitimité par la diplomatie. Le chef des FSR, Mohamed Hamdan Dagalo, connu sous le nom d’Hemeti, a parcouru l’Afrique à la rencontre de chefs d’État et a signé une charte au Kenya pour former un gouvernement parallèle. Le tribunal du chef des FAS, Abdel Fattah al-Burhan, a condamné Hemeti et 15 autres personnes à mort par contumace, un acte largement symbolique que les FSR ont rejeté. Aucun de ces gestes ne change la réalité sur le terrain.
La lacune du régime de sanctions est flagrante : les pays étrangers qui permettent la guerre restent intouchés. Les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et l’Égypte ont tous des intérêts au Soudan et sont tous accusés d’armer ou de soutenir les parties belligérantes. Les États-Unis ont sanctionné des entreprises et des réseaux émiratis qui acheminent des armes aux FSR, mais se sont arrêtés avant de sanctionner l’État émirati, qui continue de nier armer les FSR malgré des preuves abondantes.
« Cela a montré à quel point les Émirats arabes unis sont devenus efficaces pour tirer parti de leurs relations économiques et commerciales afin de s’isoler complètement de toute critique des droits de l’homme de la part de leurs alliés », déclare Joey Shea de Human Rights Watch.
Le schéma est familier. Le monde impose des sanctions aux combattants mais protège les fournisseurs. Les armes continuent d’affluer. L’or continue d’être échangé. La guerre continue de brûler. Et le peuple soudanais, 150 000 morts, 14 millions de déplacés, et le décompte continue, continue de payer le prix d’un conflit que la communauté internationale a les moyens d’arrêter mais pas la volonté.
L’interdiction de l’or par l’UE est un début. Tant que les facilitateurs ne seront pas également sanctionnés, ce n’est qu’un geste.
Traduit par Lydie

