Un accord vague, un détroit en flammes : comment le cessez-le-feu américano-iranien s’est effondré

Le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran a duré 22 jours. Ce qui l’a tué, c’est un désaccord sur le contrôle du détroit d’Ormuz, un différend inscrit dans le mémorandum d’entente du 17 juin dans des termes si vagues que les deux camps pouvaient y lire ce qu’ils voulaient.

Le MoU, signé après des semaines de diplomatie de navette, était censé geler le conflit. Il ne l’a pas fait. Il a plutôt repoussé la question la plus difficile : l’Iran a-t-il le droit de réguler le trafic dans le détroit, ou s’agit-il d’une voie navigable internationale ouverte en vertu du droit maritime ?

Les États-Unis affirment que le détroit est un couloir sans péage. L’Iran affirme qu’il contrôle ses eaux territoriales et qu’il a le droit de prélever des droits de transit. Le MoU a utilisé des formulations ambiguës qui permettaient aux deux positions de coexister. Les analystes décrivent le langage du document sur Ormuz comme l’ambiguïté fatale qui a rendu inévitable la prochaine escalade.

Le 7 juillet, l’ambiguïté est devenue une crise. Trois pétroliers commerciaux ont été attaqués en 24 heures dans le détroit, un pétrolier brut battant pavillon saoudien, le Wedyan, et un transporteur de GNL qatari, l’Al-Rekayyat, entre autres. Les États-Unis, le Qatar et l’Arabie saoudite ont accusé l’Iran. Le ministère qatari des Affaires étrangères a qualifié la situation d’« inacceptable ».

Washington n’a pas attendu d’enquête. L’armée américaine a frappé plus de 80 cibles en Iran. Le Département du Trésor a révoqué la dérogation temporaire aux sanctions qui permettait les ventes de pétrole iranien, environ 1,6 million de barils par jour, dont la majeure partie destinée à la Chine, et a donné à l’Iran jusqu’au 17 juillet pour conclure toutes les transactions.

Trump a déclaré le cessez-le-feu « terminé ».

L’Iran a riposté en lançant des frappes vers Bahreïn et le Koweït, déclenchant des alertes de missiles dans les deux pays. Le ministère iranien des Affaires étrangères a qualifié les frappes américaines et la révocation de la dérogation pétrolière de violation de l’accord-cadre et a averti d’une « réponse écrasante ».

Les prix du pétrole ont réagi immédiatement. Le brut Brent a bondi au-dessus de 76 dollars le baril, inversant une baisse qui avait ramené les prix près des niveaux d’avant-guerre. Le détroit d’Ormuz assure environ 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole. Chaque attaque contre un pétrolier rappelle la fragilité de cette chaîne d’approvisionnement.

Le moment était particulièrement chargé. L’Iran était en pleine cérémonie de deuil pour le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, tué le 28 février au début de la guerre. Des images d’hélicoptère montraient de vastes foules à Qom, dont beaucoup réclamaient vengeance.

L’effondrement du cessez-le-feu laisse la région dans une situation familière mais dangereuse : les deux camps se frappent, aucun processus diplomatique n’est en cours, et une voie navigable dont dépend l’économie mondiale se transforme en champ de bataille. Le MoU était censé empêcher cela. Mais il a été écrit pour reporter la question la plus difficile, et cette question a désormais trouvé sa réponse.

Traduit par Lydie

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