
Pendant des décennies, les biens immobiliers les plus précieux de l’espace ont fonctionné selon une règle simple : quand le carburant s’épuise, on prend sa retraite. Il n’y a pas de station-service à 35 786 kilomètres d’altitude, pas d’assistance routière pour un satellite de télécommunications valant plusieurs millions de dollars qui a encore des transpondeurs fonctionnels mais plus de propergol pour maintenir sa position.
Cette règle change mardi soir.
Un Falcon 9 décolle de Cap Canaveral avec un véhicule capable de faire ce qu’aucun engin commercial n’a fait avant lui : attraper un satellite en orbite et lui fixer un nouveau module de propulsion, lui offrant ainsi une seconde vie. La charge utile, le Mission Robotic Vehicle (MRV) de Northrop Grumman, est le fruit d’un programme de développement technologique de deux décennies mené conjointement par le Naval Research Laboratory américain et la DARPA, visant à résoudre l’un des problèmes les plus ardus de l’ingénierie orbitale.
Le problème de la maintenance des satellites
Les satellites n’ont jamais été conçus pour être réparés. Ils n’ont ni poignées, ni ports d’amarrage, ni vannes de ravitaillement. Leurs panneaux solaires sont fragiles, leurs couvertures thermiques délicates, et tout contact qui tourne mal risque de créer des débris supplémentaires dans l’une des orbites les plus précieuses autour de la Terre.
La percée qui rend le MRV possible survient lorsque les ingénieurs réalisent que tous les satellites partagent une caractéristique commune : l’anneau structurel qui les a fixés à leur lanceur. En concevant des bras robotiques capables de saisir cet anneau, l’équipe peut manipuler en toute sécurité pratiquement n’importe quel engin spatial sans toucher aux composants sensibles.
Le programme évolue à travers une série de phases dirigées par la DARPA, SUMO, FREND, Phoenix et RSGS, avant que la filiale SpaceLogistics de Northrop Grumman ne soit choisie en 2019 pour transformer la recherche en un véhicule prêt au vol. Les deux bras ainsi obtenus, chacun d’environ trois mètres de long, peuvent inspecter, déplacer, réparer et même améliorer les engins en orbite.
Des jetpacks pour satellites fatigués
Le MRV est lancé avec trois Mission Extension Pods (MEP) à son bord, des modules de propulsion qui peuvent être installés sur des satellites clients pour fournir jusqu’à huit années supplémentaires de maintien à poste. Chaque MEP possède son propre système de propulsion électrique et est contrôlé par le client via une liaison de télémétrie autonome en bande C ou Ku.
Optus d’Australie et Intelsat ont déjà réservé des créneaux. Pour un satellite typique de 2 000 kilogrammes en orbite géosynchrone, un MEP peut reporter le besoin d’un lancement de remplacement, un coût qui atteint régulièrement plusieurs centaines de millions de dollars.
La mission sert également un objectif militaire : après la phase de vérification initiale, le contrôle de la charge utile RSGS est transféré au portefeuille Servicing, Mobility and Logistics de l’U.S. Space Force. Le MRV lui-même embarque un Passive Refueling Module (PRM), la première norme d’interface de ravitaillement approuvée par la Space Force, permettant au véhicule d’être ravitaillé en orbite pour des missions futures.
Un dernier vol pour un booster vétéran
Le lancement est le 32e et dernier vol du premier étage B1069, que SpaceX sacrifie en raison des besoins énergétiques élevés d’une insertion directe en orbite de transfert géosynchrone. Le booster a auparavant volé pour la mission cargo CRS-24 de la NASA, Hotbird 13F d’Eutelsat, SES-18 et 19, et 27 missions Starlink.
Le MRV passe environ un an à atteindre son altitude opérationnelle avant de commencer ses premières missions de service. Quand il arrive, il inaugure ce que l’industrie satellitaire n’a jamais eu : une infrastructure de réparation mobile dans les orbites qui comptent le plus.
Traduit par Lydie

