Un panneau solaire pour la rétine : comment les implants sous-rétiniens restaurent la vision là où les médicaments échouent

Un panneau solaire pour la rétine : comment les implants sous-rétiniens restaurent la vision là où les médicaments échouent

La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) est la première cause de cécité irréversible dans le monde développé, touchant plus de 5 millions de personnes dans le monde. Dans sa forme avancée, l’atrophie géographique, les cellules photosensibles de la rétine centrale meurent, laissant une tache aveugle au milieu du champ visuel. Les patients voient en périphérie mais ne peuvent ni lire, ni reconnaître les visages, ni conduire. Jusqu’à récemment, il n’existait aucun traitement capable de restaurer la vision dans la zone atrophiée.

Le système PRIMA, développé par Science Corporation et décrit dans le New England Journal of Medicine (DOI: 10.1056/NEJMoa2501396), adopte une approche fondamentalement différente des prothèses rétiniennes antérieures. Au lieu de monter une caméra sur une paire de lunettes et d’envoyer des signaux vidéo traités à des électrodes implantées dans la rétine, PRIMA utilise l’œil lui-même comme système optique. L’implant est une puce photovoltaïque de 2 millimètres de large placée sous la rétine, dans l’espace sous-rétinien. Le patient porte des lunettes qui projettent des motifs de lumière infrarouge directement sur la puce. La puce convertit la lumière en courant électrique, stimulant les neurones rétiniens survivants pour envoyer des signaux au cerveau.

Il s’agit, en effet, d’un panneau solaire pour la rétine.

En quoi cette approche diffère des précédentes

La prothèse rétinienne la plus connue, l’Argus II (« œil bionique »), utilisait une caméra externe montée sur des lunettes, une unité de traitement vidéo portée à la ceinture et un réseau d’électrodes à la surface de la rétine. Le système fonctionnait : les patients pouvaient détecter la lumière et le mouvement, mais la résolution était limitée par le nombre d’électrodes et par le fait que le point de vue de la caméra ne suivait pas les mouvements de l’œil.

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PRIMA élimine entièrement la caméra externe. Les lunettes projettent des images infrarouges à 880 nanomètres, invisibles à l’œil, directement à travers les optiques naturelles de la pupille et du cristallin. Les propres mouvements oculaires du patient contrôlent ce qu’il voit, car l’image pénètre par sa voie visuelle naturelle. La puce sous-rétinienne, mesurant seulement 2 mm de diamètre, contient 378 pixels individuels, chacun étant une cellule photovoltaïque miniature qui convertit la lumière entrante en stimulation électrique.

Comme la puce est placée sous la rétine, dans l’espace sous-rétinien où se trouvaient auparavant les photorécepteurs, la stimulation électrique atteint les cellules bipolaires et les cellules ganglionnaires qui reçoivent normalement les signaux des photorécepteurs. Le cerveau reçoit des signaux qui préservent l’organisation spatiale du champ visuel, contrairement aux réseaux d’électrodes de surface qui produisent une stimulation plus diffuse.

Résultats de l’essai clinique

L’étude PRIMAvera a recruté 38 participants souffrant d’atrophie géographique et de perte sévère de la vision centrale (acuité visuelle d’au moins 1,2 logMAR, soit approximativement le seuil de cécité légale). L’implant a été placé chirurgicalement dans un œil, et les participants ont été évalués à 6 et 12 mois.

Sur les 32 participants ayant terminé le suivi de 12 mois, 26, soit 81 %, ont montré une amélioration cliniquement significative de l’acuité visuelle d’au moins 0,2 logMAR lors de l’utilisation du système par rapport à la valeur de base. En utilisant l’imputation statistique pour tenir compte des 6 participants qui n’ont pas terminé l’étude, le taux d’amélioration estimé était de 80 %.

Des événements indésirables graves sont survenus chez 19 participants, pour un total de 26 événements. Fait crucial, 81 % de ces événements sont survenus au cours des deux premiers mois suivant la chirurgie, et 95 % d’entre eux se sont résorbés en deux mois. Les événements étaient principalement chirurgicaux, liés à la procédure d’implantation plutôt qu’au dispositif lui-même, et la vision périphérique naturelle n’a pas été affectée.

Place du système dans le paysage thérapeutique de la DMLA

La DMLA est inhabituelle parmi les principales causes de cécité car il existe désormais des traitements pour certaines formes mais pas pour d’autres. La DMLA humide, la forme causée par une croissance anormale des vaisseaux sanguins, peut être gérée par des injections d’anti-VEGF. L’atrophie géographique, la forme sèche avancée, n’a pas de thérapie de restauration approuvée. Les traitements disponibles ralentissent la progression mais ne ramènent pas les photorécepteurs perdus.

Le système PRIMA ne régénère pas les photorécepteurs. Il remplace leur fonction électroniquement. Cela signifie qu’il ne fonctionne que chez les patients dont les neurones rétiniens internes, les cellules bipolaires et ganglionnaires, sont encore intacts. Dans l’atrophie géographique, ces cellules sont généralement préservées même après la mort des photorécepteurs, ce qui rend l’approche viable.

L’implant est désormais disponible en Europe, avec un lancement aux États-Unis prévu pour 2027, sous réserve de l’approbation de la FDA. Il ne restaurera pas une vision normale : le réseau de 378 pixels offre une vision de motifs suffisante pour lire les gros caractères et reconnaître les visages, mais pas pour les détails fins. Mais pour les patients qui n’ont pas d’autre option, la différence entre voir un visage et ne voir qu’un flou n’est pas une question de degré. C’est une qualité de vie différente.

Référence : Holz et al., « Subretinal Photovoltaic Implant to Restore Vision in Geographic Atrophy Due to AMD », New England Journal of Medicine 394:232-242 (2026). DOI : 10.1056/NEJMoa2501396.

Traduit par Lydie

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