Pourquoi le chef de la diplomatie nord-coréenne est à Moscou ? Les théories, classées

Le président russe Vladimir Poutine a rencontré la ministre des Affaires étrangères nord-coréenne Choe Son Hui au Kremlin dimanche, une rencontre qui n’a aucun motif diplomatique évident, et ce fait même a déclenché une vague de spéculations sur ce qui se cache derrière.

La visite de Choe, qui s’est rendue en Russie à l’invitation de son homologue russe Sergueï Lavrov, n’a pas de déclencheur clair : ni sommet multilatéral, ni anniversaire d’État, ni signature de traité. Cela pousse analystes et services de renseignement à chercher des explications, et plusieurs hypothèses concurrentes circulent dans les cercles diplomatiques.

La théorie la plus courante est que Choe finalise l’ordre du jour d’une autre visite de Kim Jong Un en Russie. Poutine et Kim ont tenu ce qui est effectivement devenu un sommet annuel depuis leur première rencontre au Cosmodrome de Vostochny en septembre 2023, suivie de la visite de Poutine à Pyongyang en juin 2024. Un sommet en 2026 poursuivrait cette tendance. La précédente visite de Choe à Moscou en octobre 2025 a été suivie d’un sommet Kim-Loukachenko à Pyongyang, suggérant qu’elle joue un rôle de coordinatrice avancée pour les réunions au sommet.

Une deuxième hypothèse, plus transactionnelle, se concentre sur la compensation. Les services de renseignement sud-coréens estiment que Kim n’a pas encore reçu une compensation suffisante pour le déploiement des troupes nord-coréennes dans la guerre de la Russie en Ukraine. Les forces nord-coréennes combattent aux côtés des troupes russes depuis fin 2024, et Pyongyang aurait fourni des millions d’obus d’artillerie. La capacité des deux parties à combler leurs différends sur ce que la Russie doit à la Corée du Nord pourrait être un test clé avant tout sommet.

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Une troisième théorie pointe vers la Chine. La visite de Choe pourrait être destinée à informer la Russie du récent réchauffement des relations entre la Corée du Nord et la Chine, Kim a tenu un sommet avec Xi Jinping à Pékin en juin. Comme l’a dit un analyste sud-coréen : « La Corée du Nord joue un rôle de plus en plus important en tant que pilier clé du partenariat entre la Corée du Nord, la Chine et la Russie, un partenariat en opposition à la coopération trilatérale entre la Corée du Sud, les États-Unis et le Japon. »

La théorie de la signalisation stratégique est plus simple encore : en dépêchant sa ministre des Affaires étrangères à Moscou, Pyongyang démontre que son partenariat avec la Russie reste fermement intact, envoyant un message simultané à Pékin, Washington et Séoul : la Corée du Nord n’est pas isolée et a des options.

Poutine a exprimé son appréciation lors de la rencontre pour le soutien de la Corée du Nord concernant le conflit en Ukraine, selon les médias d’État russes. Les deux parties ont discuté de la « coopération en cours » dans le cadre de l’accord de partenariat stratégique signé par les dirigeants à Pyongyang en juin 2024.

La rencontre intervient alors que la Russie a accru ses critiques contre la coopération croissante de la Corée du Sud avec l’OTAN. Le vice-ministre des Affaires étrangères Andreï Rudenko a exprimé de « sérieuses inquiétudes » concernant l’alignement croissant de Séoul avec l’alliance lors d’une rencontre avec l’ambassadeur sud-coréen, une protestation diplomatique qui signale le malaise de Moscou face à l’axe trilatéral États-Unis-Corée du Sud-Japon qui prend forme en Asie de l’Est.

L’approfondissement de l’axe Moscou-Pyongyang a des conséquences réelles. La Corée du Nord est un fournisseur d’armements pour le conflit en Ukraine, et en retour, les analystes suggèrent que Pyongyang pourrait rechercher un soutien économique et des transferts de technologies militaires avancées. Pour les services de renseignement occidentaux qui surveillent les risques de prolifération, en particulier les technologies de missiles et nucléaires, la question sans réponse est de savoir ce que la Russie est prête à échanger contre les obus et les soldats nord-coréens.

Personne ne dit encore quand un sommet Kim-Poutine pourrait avoir lieu. Mais le fait qu’une ministre des Affaires étrangères se rende en visite sans ordre du jour public est généralement le signe que quelque chose se prépare en coulisses.

Traduit par Lydie

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