
Le renseignement militaire de Kiev affirme qu’une unité de missiles nord-coréenne prend position dans l’ouest de la Russie, avec ses lanceurs, ses missiles et les équipages chargés de les tirer. Si cette affirmation se vérifie, elle marque le moment où le soutien de Pyongyang à Moscou cesse d’être une relation d’approvisionnement pour devenir un déploiement.
L’information provient d’Andrii Cherniak, du renseignement militaire ukrainien, qui s’est exprimé auprès de Reuters. Selon lui, l’unité serait déployée dans l’oblast de Voronej, la région russe frontalière de l’oblast ukrainien de Louhansk ; elle pourrait compter six lanceurs et jusqu’à 120 missiles balistiques. Le dernier lot livré à lui seul a déjà mis 40 de ces missiles entre les mains de la Russie.
L’Ukraine manque cruellement de défenses aériennes haut de gamme, et la Russie s’appuie sur les missiles balistiques précisément parce qu’ils sont difficiles à abattre. Les modèles nord-coréens sont pratiquement impossibles à intercepter pour l’Ukraine, sauf par le système Patriot de fabrication américaine, et les stocks ukrainiens d’intercepteurs Patriot s’amenuisent. Le 1er août, les défenses ukrainiennes ont abattu un missile balistique sur 27 ; le 5 août, aucun des 24 missiles balistiques ou hypersoniques entrants n’a été intercepté.
Les missiles nord-coréens ne sont pas nouveaux dans cette guerre. La Russie en a tiré des dizaines sur l’Ukraine depuis la fin de 2023, et la première utilisation confirmée remonte au 2 janvier 2024, lors d’une attaque contre Kharkiv dont les débris ont été identifiés comme nord-coréens. Le 30 juillet, un KN-23, missile à propergol solide comparable à l’Iskander-M russe, a frappé le village de Radouchne, près de Kryvyï Rih, première utilisation de missiles nord-coréens depuis août 2025. Un deuxième modèle, le KN-24, est à peu près l’équivalent de l’ATACMS américain.
La nouveauté, ce sont les effectifs. Jusqu’ici, la coopération se traduisait par des livraisons d’armes ; ce déploiement placerait du personnel militaire nord-coréen sur le sol russe, au sein d’une unité de missiles opérationnelle. La Corée du Nord est l’un des principaux partenaires militaires de la Russie depuis l’invasion de 2022, fournissant munitions, armes et troupes, et le schéma va bien au-delà des missiles. Environ 12 000 soldats nord-coréens ont combattu dans la campagne de Koursk de 2024, et le président Volodymyr Zelensky a averti fin juillet que Moscou veut 30 000 soldats supplémentaires, des préparatifs étant en cours dans l’oblast de Voronej depuis juin, la même région où l’unité de missiles prend désormais position. L’échafaudage juridique a suivi : un traité global de partenariat stratégique signé en juin 2024 est entré en vigueur en décembre suivant, et un pacte de défense complémentaire conclu en avril 2026 court jusqu’en 2031, engageant les deux parties à une assistance militaire mutuelle, à des transferts d’armes et à des opérations conjointes contre l’Ukraine.
Le déploiement sert aussi la formation de Pyongyang. Des équipages de missiles qui n’ont jamais connu le feu acquièrent une expérience de combat réelle contre un réseau de défense aérienne moderne, et les résultats sont étudiés de près à Séoul et à Tokyo. Pour Moscou, l’unité étoffe un arsenal sous tension ; pour Pyongyang, c’est à la fois une formation, un paiement et un levier.
Pris ensemble, ces étapes décrivent une alliance qui s’approfondit par degrés : des munitions, puis des missiles, puis des équipages de missiles, puis des armées. Pour l’Ukraine, le problème immédiat est la pénurie de Patriot que les missiles nord-coréens sont précisément conçus pour exploiter. Pour la région dans son ensemble, la question est de savoir ce que Pyongyang demandera en échange de ses soldats, et où cette facture viendra à échéance.
Traduit par Lydie

