Après Ankara : où en sont les guerres en Iran et en Ukraine

Le sommet de l’OTAN à Ankara s’est achevé le 8 juillet avec les communiqués habituels sur l’unité et le partage du fardeau. Mais les deux guerres qui dominaient les débats, l’Ukraine et l’Iran, évoluent dans des directions opposées, et l’alliance n’en dirige véritablement qu’une seule.

Sur l’Ukraine, l’alliance a trouvé un consensus quasi total. Les dirigeants de l’OTAN ont confirmé un programme de 70 milliards d’euros (80 milliards de dollars) d’équipements militaires, d’aide et de formation pour l’Ukraine en 2026, avec l’intention de maintenir au moins ce niveau en 2027. Cet argent provient surtout d’un réemballage d’engagements nationaux existants plutôt que de nouvelles liquidités, mais le signal politique compte : l’Europe signale qu’elle portera le poids alors que les États-Unis recentrent leur attention.

Le président finlandais Alexander Stubb a capturé l’ambiance. L’Ukraine, a-t-il dit, « gagne sur le champ de bataille ». Sa campagne de frappes à longue portée a convaincu même les alliés sceptiques que la position de Kyiv se renforce. Trump, rencontrant Zelenskyy en marge du sommet, a reconnu que la stratégie des drones est « une escalade qui peut aider à mettre fin au conflit ».

Le résultat le plus concret pour l’Ukraine est survenu le lendemain de la clôture du sommet : Trump a annoncé que les États-Unis autoriseront l’Ukraine à fabriquer des missiles Patriot, une capacité que Kyiv réclame depuis des années pour défendre son ciel contre les missiles balistiques et de croisière russes.

L’Iran était une autre histoire.

Le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, déjà fragile, s’est effondré pendant le sommet. Le 7 juillet, trois pétroliers commerciaux, dont un pétrolier brut battant pavillon saoudien et un navire méthanier qatari, ont été touchés dans le détroit d’Ormuz. Les États-Unis, le Qatar et l’Arabie saoudite ont attribué les attaques à l’Iran. Washington a répondu par des frappes sur plus de 80 cibles en Iran et a révoqué la dérogation temporaire de sanctions qui permettait les ventes de pétrole iranien.

Trump a déclaré le cessez-le-feu « terminé ».

Les alliés européens ont été pris au dépourvu. La campagne américano-israélienne contre l’Iran, opération « Epic Fury », a été l’une des questions les plus divisives au sein de l’OTAN cette année. De nombreux gouvernements européens ont estimé que Washington ne les avait pas consultés avant le début des frappes. Les tensions ont débordé dans la salle du sommet : la guerre en Iran est une opération menée par les Américains, pas par l’OTAN, et l’alliance n’a pas de position unifiée sur la façon de gérer ses conséquences.

Le résultat est une étrange asymétrie. Sur l’Ukraine, l’OTAN avance avec détermination, dépensant de l’argent, renforçant sa capacité industrielle, se préparant pour le long terme. Sur l’Iran, l’alliance est un spectateur, regardant les États-Unis et l’Iran replonger vers un conflit ouvert sans plan commun.

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a qualifié les critiques de Trump envers les alliés européens de « dispute familiale ». Mais la division sur l’Iran n’est pas un drame familial. C’est une fracture structurelle. L’alliance n’a aucun mécanisme pour gérer une guerre qu’un membre, le plus puissant, mène à sa propre manière.

Là où les deux guerres vont désormais dépend de différents facteurs. La trajectoire de l’Ukraine dépend de la capacité de l’Europe à soutenir la production industrielle nécessaire pour maintenir Kyiv équipé jusqu’en 2027 et au-delà. La trajectoire de l’Iran dépend de la capacité de Washington et de Téhéran à trouver une rampe de sortie diplomatique avant que le détroit d’Ormuz ne devienne un champ de bataille permanent.

Une chose est claire : le sommet d’Ankara n’a résolu aucune de ces deux questions. Il a seulement confirmé que l’OTAN est préparée pour une guerre et pas pour l’autre.

Traduit par Lydie

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