
Israël est en guerre, sur plusieurs fronts, depuis la majeure partie des trois dernières années, et son économie continue de se comporter comme celle d’un pays en paix. Le shekel figure parmi les monnaies les plus fortes du monde. Les actions de Tel Aviv ont bondi. Les capitaux d’investissement continuent d’affluer et les économistes prévoient que l’économie fera mieux que la plupart des pays développés cette année. L’explication évidente, selon laquelle la guerre est bonne pour l’économie israélienne, est fausse. La véritable explication est que cette guerre se déroule ailleurs.
La guerre contre l’Iran, le plus important des conflits actuels d’Israël, est un bon point de départ. Depuis février, les frappes ont visé les villes, les ports et les infrastructures iraniens, et les représailles ont frappé des bases américaines dans le Golfe plutôt que des bases israéliennes. La guerre autour du détroit d’Ormuz se déroule au-delà de l’horizon, sur un théâtre où les États-Unis effectuent l’essentiel des bombardements. Le front intérieur israélien, l’endroit où une économie se casse vraiment, est resté relativement calme. Ce n’est pas de la chance. C’est une stratégie, et c’est aussi ce qui distingue cette guerre de celles qui font mal.
Le mur porteur
La deuxième raison tient à la structure même de l’économie. Le secteur technologique israélien, bâti sur des décennies à partir d’un vivier issu des unités de renseignement militaire comme l’unité 8200, est le mur porteur de toute l’économie. C’est aussi la partie la moins exposée à la guerre : les ingénieurs travaillent dans des bureaux à Tel Aviv, leurs clients sont à l’étranger et leurs produits sont vendus sur des marchés qui ne ferment pas lorsque ceux du Golfe ferment. Les entreprises étrangères disposant de centres de recherche en Israël les ont maintenus ouverts pendant les guerres, car ces talents ne peuvent pas être délocalisés. Fin avril, les actions de Tel Aviv étaient en hausse de plus de dix-sept pour cent sur l’année, et le shekel avait gagné environ quatre pour cent depuis le début de la guerre. Même le FMI, dans ses prévisions de février rédigées juste avant le début de la guerre contre l’Iran, s’attendait à une croissance de 4,8 % pour Israël cette année.
L’industrie de la défense est l’autre pilier, et elle joue dans les deux sens. Israël est l’un des rares pays au monde dont le secteur de la défense est une industrie en croissance : le monde se réarme, la région brûle et les entreprises israéliennes vendent dans les guerres. L’économie de guerre est devenue, pour une partie de l’économie, un boom ordinaire.
L’autre colonne
Le grand livre comporte une seconde colonne, et elle ne doit pas être ignorée. Les agences de notation ont dégradé la note d’Israël au cours de la première phase des guerres, et les coûts d’emprunt ont augmenté. Les dépenses de défense, qui partaient d’un niveau déjà élevé d’environ cinq pour cent du PIB, ont encore grimpé. La construction, qui dépend des travailleurs palestiniens de Gaza qui ne peuvent plus rejoindre les chantiers, a été paralysée. Le tourisme s’est effondré. La banque centrale a dépensé des dizaines de milliards de dollars pour défendre le shekel lors de la dernière grande guerre et a mis en garde contre un coût budgétaire du conflit se chiffrant en centaines de milliards de shekels. Le boom est réel, mais il est étroit : technologie, défense, finance. Le reste de l’économie est calme, et une partie souffre.
Voilà la réponse honnête à la question de savoir pourquoi l’économie israélienne ne s’est pas effondrée. Ce n’est pas que l’économie soit immunisée contre la guerre. C’est que les secteurs qui dominent la croissance d’Israël, la technologie et la défense, sont ceux qui profitent du chaos régional, et que la guerre elle-même a été tenue à l’écart des villes où vit l’économie. Le front intérieur n’a pas été attaqué cette fois, parce que les missiles de l’ennemi étaient dirigés ailleurs et parce que les États-Unis ont pris les devants. Israël n’est pas tant résilient que bien positionné : la guerre est un coût pour la région et un stimulant pour les secteurs dans lesquels Israël excelle.
L’argument des sceptiques mérite d’être gardé en tête. Par le passé, Israël s’est remis rapidement de ses guerres une fois les tirs cessés. La vision à moyen terme du FMI sur l’économie est relativement favorable. La solidité du shekel reflète une confiance réelle des investisseurs, et pas seulement une économie de guerre. Et un pays capable de combattre aussi longtemps sans effondrement économique est, à tous les égards, résilient. La question est de savoir si la guerre se terminera avant la facture. Les coûts de cette guerre arriveront plus tard, avec la reconstruction, la démobilisation des réservistes et les intérêts de la dette. Les marchés escomptent une paix qui n’est pas encore arrivée. Quand elle arrivera, il faudra régler la facture, et l’économie devra enfin mener une guerre qu’elle ne peut pas externaliser.
Traduit par Lydie
Source
- Al Jazeera (Money Works): Why Israel’s economy hasn’t collapsed during a multi-front war
- CNBC: Israel’s economy and financial markets are booming despite Iran war
- Reuters: IMF says Israeli economy to rebound from Gaza war with 4.8% growth in 2026
- The Jerusalem Post: IDB chief economist on Israel’s 2026 economic outlook

