
Près de six mois après le début de la guerre, les États-Unis ont bombardé 13 000 cibles iraniennes, dépensé 37,5 milliards de dollars et demandé au Congrès 67 milliards supplémentaires. Et l’Iran, selon la plupart des indicateurs, a pris l’avantage.
C’est l’argument que Howard W. French développe cette semaine dans Foreign Policy, décrivant comment un conflit commencé par une campagne de frappes américano-israéliennes en quasi toute impunité s’est transformé en une guerre d’usure ouverte que l’Iran est bien placé pour gagner en ne perdant pas.
La phase initiale était déséquilibrée. Dans les premiers jours, les forces américaines et israéliennes ont bombardé des sites nucléaires iraniens, assassiné des dirigeants militaires et des scientifiques, et subi des pertes minimes. L’Iran semblait être ce que beaucoup avaient supposé : un tigre de papier.
Le tableau est désormais différent.
L’avantage stratégique de l’Iran repose sur une géographie qu’aucun bombardement ne peut effacer. C’est un vaste pays situé de part et d’autre du détroit d’Ormuz, par lequel transite une part significative du pétrole mondial. Fermer ou menacer ce goulet d’étranglement coûte relativement peu à l’Iran. Le rouvrir coûte aux États-Unis des sommes énormes en munitions, en capital diplomatique et en risques militaires.
« La dense mosaïque de relations militaires américaines dans le monde arabe s’est retournée contre eux », écrit French. Les bases américaines au Moyen-Orient sont désormais à portée des missiles balistiques et des drones iraniens, créant une vulnérabilité que les États-Unis n’ont jamais connue en Irak ou en Afghanistan.
L’usure est mesurable. Les stocks de missiles intercepteurs américains sont « préoccupants bas », selon une analyse du CSIS. Les systèmes radar dans la région ont été endommagés, réduisant leur efficacité contre les drones bon marché que l’Iran lance en grand nombre. Le Pentagone a déjà dépensé 37,5 milliards de dollars dans cette guerre et demande 67 milliards de dollars de crédits supplémentaires, en sus d’une demande budgétaire sans précédent de 1 500 milliards. La sénatrice Susan Collins a averti que le Pentagone faisait face à des « défis de solvabilité à court terme ».
Quatre militaires américains ont été tués lors de frappes iraniennes contre des bases dans la région. Des dizaines ont été blessés.
Les Houthis, enhardis par le succès iranien, ont juré d’interrompre le trafic maritime en mer Rouge, un second goulet d’étranglement par lequel transite 7 % du pétrole mondial via le détroit de Bab el-Mandeb. French met en garde contre le fait de traiter la menace houthie comme un bluff, compte tenu de la preuve de concept fournie par l’Iran à Ormuz.
La réponse de Trump a été d’escalader les menaces. Il a renouvelé ses avertissements concernant des attaques contre les infrastructures civiles iraniennes, ponts, barrages, centrales électriques, ce qui risquerait de violer les lois internationales de la guerre et serait peu susceptible de briser la volonté iranienne.
Le problème fondamental, argue French, est que l’objectif de l’Iran est simplement de ne pas se rendre, plutôt que de gagner de manière conventionnelle. Tant que cet objectif demeure, imposer la reddition est presque impossible.
La solution proposée par French est celle que la plupart des professionnels de la politique étrangère à Washington ne veulent pas entendre : reconnaître la légitimité du gouvernement islamiste iranien et lui offrir des « garanties de sécurité solides » contre toute future attaque américaine ou israélienne.
Le Pentagone, de son côté, semble se préparer à une guerre plus longue plutôt qu’à une sortie. La demande de 67 milliards de dollars supplémentaires suggère que l’administration envisage un engagement pluriannuel. Et le nombre de cibles restant à frapper, après que 13 000 ont déjà été touchées, soulève la question évidente de ce que les 13 000 prochaines accompliront que les premières 13 000 n’ont pas accompli.
Traduit par Lydie

