Le réseau électrique iranien dans le viseur de Washington, celui du Golfe dans la réponse de Téhéran

La prochaine phase de la guerre contre l’Iran pourrait se jouer sur l’électricité. Axios rapportait vendredi que le président Trump envisageait sérieusement de frapper des cibles énergétiques en Iran dans les prochains jours, même si un responsable américain a indiqué qu’aucun ordre définitif n’avait été donné. Le Wall Street Journal rapportait que des préparatifs étaient en cours pour une nouvelle campagne, avec des opérations possibles dès ce week-end, et CBS rapportait que les États-Unis et Israël coordonnaient d’éventuelles frappes conjointes contre des raffineries de pétrole et des centrales électriques, ce qui marquerait la première participation directe d’Israël à la campagne depuis des semaines.

L’objectif déclaré est de faire pression sur Téhéran pour qu’il accepte les conditions du cessez-le-feu. Tous les articles portent la même réserve : les plans peuvent être annulés jusqu’au moment où ils débutent. Lors de la réunion du cabinet à Camp David, Trump a déclaré qu’il perdait confiance en Téhéran, a accusé les Iraniens de mentir et de déformer les faits, et a promis de les frapper très durement jusqu’à ce qu’ils décident qu’ils n’en peuvent plus. Les responsables présents dans la salle ont rapporté que son résumé en une phrase était qu’il veut gagner.

Téhéran a déjà rédigé la réponse. Nour News, un média proche du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a averti samedi qu’une frappe sur les infrastructures énergétiques de l’Iran déclencherait une crise énergétique régionale plus large et a cité les installations qui, selon lui, seraient menacées : le champ pétrolier de Ghawar et les usines de traitement d’Abqaiq et de Khurais en Arabie saoudite, le champ de Zakum et la raffinerie de Ruwais aux Émirats arabes unis, le complexe gazier de Ras Laffan au Qatar, le champ de Burgan au Koweït, la raffinerie de Sitra à Bahreïn, et les champs gaziers de Leviathan et de Tamar en Israël. Un haut responsable de la sécurité iranienne a déclaré à l’agence de presse Tasnim que les informations faisant état de frappes imminentes relevaient de la folie et que l’Iran avait élaboré des stratégies de représailles globales couvrant les actifs énergétiques américains dans tout le Moyen-Orient ainsi que les installations critiques en Israël.

Ce n’est pas la première fois que cette escalade particulière est brandie. En mars, Trump avait donné un ultimatum à Téhéran au sujet du détroit et avait menacé d’anéantir les centrales électriques iraniennes ; l’Iran avait répondu que si ses infrastructures de carburant et d’énergie étaient attaquées, toutes les infrastructures énergétiques américaines de la région deviendraient des cibles, ainsi que les installations de dessalement. Les frappes avaient été reportées après des négociations, et la menace avait été rangée. Elle est maintenant revenue, alors que la guerre en est à cinq mois, que le pétrole dépasse 90 dollars le baril et que les deux camps attaquent déjà la navigation.

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La logique de cet échange est simple et dangereuse. Le réseau iranien n’est pas le seul réseau du Golfe. Les complexes pétroliers et gaziers de la région sont proches les uns des autres, et les mêmes missiles qui pourraient frapper les raffineries iraniennes pourraient, entre des mains iraniennes, atteindre celles d’Arabie saoudite, des Émirats, du Qatar ou du Koweït. Une guerre qui commencerait par des frappes de Washington sur les centrales électriques iraniennes pourrait s’achever avec le système énergétique mondial pris en otage par les deux camps. Les marchés le comprennent : chaque information de frappes imminentes fait bouger le prix du brut.

La décision se trouve désormais devant un président qui a passé cinq mois à promettre une guerre courte qui n’a pas pris fin. Frapper les infrastructures énergétiques de l’Iran serait la plus grande escalade à ce jour, avec une réponse que Téhéran a déjà écrite et publiée. La seule question qui compte est de savoir si Washington croit à la menace, car la liste des installations contenue dans l’avertissement de Téhéran n’est pas un bluff qu’on peut tester à bon compte. C’est une carte de l’approvisionnement pétrolier mondial.

Traduit par Lydie

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