
L’Iran dément l’affirmation de Trump sur une rencontre à Doha alors que les tensions autour d’Hormuz s’intensifient
Un brouillard diplomatique plane sur le golfe Persique après que le président Donald Trump a annoncé que l’Iran avait “demandé une rencontre” pour mardi à Doha, au Qatar, seulement pour que Téhéran démente catégoriquement qu’aucune discussion de ce type n’était prévue. Les déclarations contradictoires sont intervenues quelques heures après que les deux parties ont accepté de reculer après un week-end d’attaques réciproques qui menaçaient de défaire le fragile accord-cadre américano-iranien signé le 17 juin.
Trump a publié sur Truth Social lundi: “L’IRAN A DEMANDÉ UNE RENCONTRE. ELLE AURA LIEU DEMAIN À DOHA!” La Maison-Blanche a ensuite confirmé que l’envoyé américain Steve Witkoff et le conseiller présidentiel Jared Kushner se rendraient à Doha cette semaine pour des “réunions de haut niveau”. Mais les responsables iraniens ont rapidement rejeté l’idée que des négociations directes entre les États-Unis et l’Iran étaient imminentes.
“Nous ne sommes pas encore entrés dans la phase de négociation d’un accord final”, a déclaré lundi le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baqaei. “Dans les jours à venir, nous n’aurons aucune réunion de négociation avec les États-Unis à quelque niveau que ce soit.” Le négociateur iranien senior Kazem Gharibabadi a également rejeté comme inexacts les rapports faisant état de discussions à un niveau opérationnel à Doha.
Cet épisode illustre la volatilité de l’environnement post-accord. Il y a quelques jours à peine, les États-Unis et l’Iran échangeaient des frappes militaires après que Téhéran a attaqué un navire de commerce dans le détroit d’Ormuz, incitant le Commandement central américain à frapper des sites de missiles et de drones iraniens vendredi. L’Iran a riposté en frappant des bases américaines à Bahreïn et au Koweït ce week-end. Cet échange a constitué la violation la plus grave de l’accord-cadre du 17 juin depuis sa signature.
Les deux parties sont revenues de la rupture d’ici dimanche, acceptant une trêve visant à préserver l’accord. Mais l’annonce de Trump concernant Doha, et le déni catégorique de l’Iran, suggèrent que les conditions de l’engagement restent profondément instables.
Le détroit d’Ormuz est au cœur du différend. L’Iran insiste sur le fait qu’il détient seul l’autorité sur cette voie navigable stratégique, par laquelle transitait environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux avant le conflit. Le vice-ministre des Affaires étrangères Gharibabadi a réitéré lundi que le détroit relève de “l’autorité exclusive” de l’Iran, et Téhéran a prévenu qu’il traiterait “plus fermement” les navires qui tenteraient de contourner les voies de navigation contrôlées par l’Iran.
Les données maritimes reflètent l’aggravation de la crise. Les traversées de navires par le détroit sont tombées à seulement 12 dimanche, contre 29 samedi, selon Kpler. Des dizaines de navires ont cessé de diffuser leur position, et aucun navire n’a emprunté le corridor omanais sud, suscitant des inquiétudes concernant l’assurance maritime et la perturbation des chaînes d’approvisionnement. Les prix du pétrole ont légèrement augmenté lundi après être tombés à des niveaux d’avant-guerre la semaine dernière.
Pendant ce temps, Oman a accueilli la première réunion du Comité conjoint d’Ormuz entre Téhéran et Mascate depuis la signature de l’accord, signalant que la diplomatie discrète se poursuit même si la guerre de communication publique s’intensifie. L’annonce par la France d’opérations conjointes de déminage avec Oman a suscité une réprimande immédiate de l’Iran, Gharibabadi disant à Paris de ne pas “compliquer” la situation avec des provocations.
La question fondamentale demeure: L’affirmation de Trump concernant une demande de rencontre iranienne est-elle une tactique de négociation, un test de la position de l’Iran, ou un signal à sa base électorale? Le déni catégorique de l’Iran suggère qu’aucun accord formel pour se rencontrer n’existe. Mais l’envoi de hauts responsables américains à Doha indique que Washington s’attend à une certaine forme d’engagement, que ce soit directement ou par l’intermédiaire de médiateurs qataris.
Pour l’instant, les deux parties semblent satisfaites de maintenir l’ambiguïté des canaux diplomatiques. L’accord-cadre signé il y a deux semaines reste techniquement en vigueur, mais chaque nouvelle escalade en teste les limites. L’Iran semble déterminé à affirmer un contrôle unilatéral sur la navigation à Hormuz, tandis que les États-Unis sont tout aussi déterminés à maintenir le détroit ouvert. Tant que les deux parties ne pourront pas s’entendre sur qui siège à la table et sur ce qu’elles négocient, la menace d’une conflagration plus large persistera.
Traduit par Lydie

