
Les États-Unis ont rebaptisé leur commandement Indo-Pacifique en commandement Pacifique, annulant une décision de 2018 qui signalait un accent stratégique sur la région. Le changement n’est pas simplement bureaucratique. Il reflète une évolution plus profonde : la seconde administration Trump s’intéresse moins au concept d’« Indo-Pacifique » que son prédécesseur, et les alliés asiatiques de l’Amérique commencent à planifier un avenir où ils ne peuvent pas compter sur Washington.
La réponse honnête à la question de savoir s’ils peuvent dissuader la Chine sans les États-Unis est un non nuancé. Ce que le Japon, la Corée du Sud, l’Inde, l’Australie et l’Indonésie peuvent faire ensemble, c’est dissuader par déni en mer — rendant trop coûteuse pour la Chine toute tentative de mouvement naval. Ce qu’ils ne peuvent pas faire, sans les États-Unis, c’est dissuader une guerre majeure.
La géographie joue en leur faveur. Ces cinq pays sont situés le long de la première chaîne d’îles et des détroits de Malacca, de la Sonde et de Lombok — les voies maritimes énergétiques clés de la Chine. Le budget de défense du Japon atteint 2 pour cent du PIB, et il déploie des missiles de contre-attaque. La Corée du Sud prévoit d’augmenter ses dépenses de défense de 2,3 à 3,5 pour cent du PIB d’ici 2035 et possède l’une des industries de défense les plus productives au monde. L’Inde maintient une grande partie des forces chinoises immobilisées sur la frontière himalayenne et exporte des missiles BrahMos vers l’Indonésie.
Les lacunes sont tout aussi évidentes. Il n’existe aucune obligation de défense mutuelle entre les cinq. Aucun commandement unifié. Aucun plan de guerre partagé. Aucun substitut à la dissuasion nucléaire élargie des États-Unis qui protège Tokyo et Séoul. Les forces sud-coréennes restent fixées sur Pyongyang, pas sur Pékin. L’Indonésie refuse de désigner la Chine comme une menace et continue de renforcer ses échanges commerciaux avec elle.
Le calendrier diplomatique est chargé. Le Premier ministre indien Modi achève une tournée en Indonésie, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Le président sud-coréen Lee Jae-myung a visité l’Inde, le Vietnam et la Mongolie. Le Premier ministre japonais Takaichi Sanae a effectué une tournée au Vietnam, en Australie, en Corée du Sud et en Inde entre mai et juillet. Ces programmes chargés montrent que les puissances régionales cherchent des alternatives.
Une analyse identifie quatre domaines où la coopération est possible sans Washington. La connaissance du domaine maritime — une image opérationnelle partagée à travers deux océans — est relativement peu coûteuse et non controversée. Les accords logistiques et d’accès sont déjà en expansion : l’Australie et le Japon ont un accord d’accès réciproque. La coproduction industrielle de défense est en cours — les obusiers sud-coréens K9 sont construits en Inde sous le nom de Vajra, et la première frégate Mogami construite par le Japon pour l’Australie est attendue en 2029. La résilience collective contre la coercition économique — l’indépendance dans les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques — pourrait être le front le plus urgent, compte tenu de la volonté de Pékin d’utiliser le commerce comme une arme.
Mais les cadres institutionnels restent inégaux. L’Inde mène des dialogues 2+2 avec Tokyo et Canberra, mais pas avec Séoul ou Jakarta. Le partage de renseignements entre le Japon et la Corée du Sud est politiquement fragile. Les perceptions des menaces varient : Tokyo voit un défi maritime existentiel ; New Delhi voit un défi continental ; Séoul donne la priorité au Nord ; Jakarta évite de nommer une menace.
Le réseau d’accords bilatéraux et minilatéraux, et non une alliance unique, pourrait se développer en une force de dissuasion au fil du temps. Mais c’est un projet à long terme. Pour l’instant, la réponse honnête reste nuancée : les puissances régionales peuvent rendre l’agression coûteuse en mer, mais elles ne peuvent pas remplacer les États-Unis. Et les États-Unis signalent qu’ils ne seront peut-être pas là pour les remplacer.

