Deux pétroliers arrêtés, quatre demi-tours : les blocus se resserrent sur Ormuz

Le détroit d’Ormuz, l’étroite voie d’eau qui transporte environ un cinquième du pétrole mondial, est proche de la fermeture. Vendredi, les Gardiens de la révolution iraniens ont déclaré avoir frappé deux pétroliers qui tentaient de passer sous escorte militaire américaine, et quatre autres navires ont fait demi-tour plutôt que de risquer la traversée. Cette affirmation émane de Téhéran seul, sans confirmation indépendante, mais la configuration de ce qui se passe ne fait pas débat : depuis que Washington et Téhéran ont repris les combats il y a deux semaines, le détroit est devenu un champ de tir.

Les deux camps imposent désormais des blocus. L’Iran attaque les navires sur la route sud, près des côtes d’Oman. Les États-Unis bombardent les bâtiments qui violent leur propre blocus des navires et des ports iraniens. Chacun traite le trafic maritime de l’autre comme une cible légitime, et la flotte mondiale de pétroliers se retrouve prise entre les deux. Les Gardiens ont déclaré que les deux navires touchés se trouvaient sur une route non déclarée sous escorte aérienne américaine, que les deux ont été frappés et immobilisés, et que les quatre autres ont rapidement changé de cap et regagné leurs positions précédentes.

Le marché pétrolier l’a remarqué. Le brut a dépassé 90 dollars le baril jeudi, après des frappes américaines en représailles à une attaque contre des bases américaines en Jordanie, et les prix de l’énergie ont de nouveau bondi depuis la reprise des combats. Les prix de l’essence et de l’alimentation restent élevés aux États-Unis, où la guerre en est à son cinquième mois après avoir été promise pour durer quelques semaines.

La pression politique monte à Washington. Trump a réuni son cabinet à Camp David ce week-end pour discuter de la guerre et de ses retombées ; la secrétaire de presse de la Maison-Blanche a décrit le déplacement comme très amusant et comme une expérience différente à vivre ensemble pour le cabinet. Les électeurs ne partagent pas cet amusement. Un sondage Reuters/Ipsos publié cette semaine montre que seuls un Américain sur trois soutient la guerre, son niveau le plus bas depuis le début du conflit. Une résolution du Sénat sur les pouvoirs de guerre demandant au président de mettre fin aux combats a été rejetée de justesse, par 49 voix contre 50. Trump a déclaré à Fox News que tout ce que le pays peut faire, c’est continuer à gagner jusqu’à ce que quelque chose finisse par se produire.

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La guerre s’étend aussi sur la carte. Le ministère koweïtien de la Défense a déclaré avoir abattu des drones iraniens qui ciblaient des installations vitales, sans faire de victimes. Au Liban, Israël a provoqué une énorme détonation près de l’antique château de Beaufort contre des tunnels du Hezbollah, une explosion ressentie dans tout le Sud et que des responsables libanais ont qualifiée de violation du cessez-le-feu. En Égypte, un drone non identifié a frappé deux navires au port méditerranéen de Damiette, la première fois que l’Égypte est touchée par la guerre ; l’Iran a nié toute implication. L’Iran lui-même vend toujours du pétrole, dont ses propres responsables affirment qu’il a financé ses frappes dans toute la région.

Un indicateur de qui profite de la situation : les bénéfices d’ExxonMobil ont doublé et ceux de Chevron ont plus que quintuplé par rapport à l’année précédente. L’inflation alimentée par la guerre est un cadeau politique pour les démocrates à l’approche des élections de mi-mandat de novembre, un point dont la Maison-Blanche a conscience et qu’elle ne peut pas corriger.

Le détroit qui nourrit le monde est désormais une ligne de front. La guerre qui devait être courte a transformé l’artère pétrolière mondiale en duel de blocus, avec les pétroliers pour pions et le prix à la pompe pour facture. Chaque navire qui fait demi-tour rend le suivant plus enclin à tenter le passage, et chaque frappe rapproche le détroit de la fermeture. La question n’est plus de savoir si Ormuz peut être fermé. Elle est de savoir ce qu’il adviendra de l’économie mondiale lorsqu’il le sera.

Traduit par Lydie

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