La réponse d’Israël sur Gaza : pas de retrait et davantage de frappes

Sur le papier, la guerre à Gaza touche à sa fin. Sur le terrain, elle se poursuit. Les frappes aériennes israéliennes ont tué au moins dix-huit personnes à Gaza ce week-end, et l’homme le mieux placé pour le savoir a déclaré sans détour qu’aucun accord n’était en place pour arrêter ces attaques. Cet écart entre l’annonce et le terrain résume toute la situation du moment.

L’annonce a été faite par le président Trump fin juillet : l’accord qu’il a présenté comme historique, conclu par l’intermédiaire de son Board of Peace, prévoit le désarmement complet du Hamas et de tous les autres groupes armés de Gaza, suivi d’un retrait israélien. Le Hamas a confirmé qu’il désarmerait dans le cadre d’un accord qui exige d’Israël qu’il mette fin à ses frappes et se retire. Le gouvernement israélien n’a quant à lui jamais reconnu officiellement l’accord. Il n’a rien dit de ses modalités, de son calendrier, ni même de son existence.

La réponse du ministre

Dimanche, Eli Cohen, ministre israélien de l’Énergie et membre du cabinet de sécurité du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a déclaré aux journalistes que le gouvernement donnerait au Hamas l’occasion de désarmer, mais qu’aucun accord ne permettait d’arrêter les frappes. L’offensive militaire se poursuit, a-t-il ajouté, malgré le plan soutenu par Trump. Un responsable israélien a exprimé la même idée en d’autres termes à la BBC : les troupes ne se retireront pas sans un désarmement réel. Les 14 jours prévus pour finaliser le calendrier du désarmement sont en train de s’écouler, et les bombes continuent de tomber entre-temps.

Les frappes du week-end ne sont pas le premier signe que l’accord n’est pas encore une réalité. Le jour même de l’annonce, les forces israéliennes ont poursuivi leurs opérations. L’armée a affirmé avoir tué un commandant du Hamas du bataillon Maghazi lors d’une frappe distincte vendredi. Les rapports palestiniens évaluent le bilan du week-end à dix-huit morts, et aucun mécanisme du plan annoncé, pour autant qu’on puisse le voir, ne permet d’arrêter tout cela avant la signature du calendrier de désarmement. Le haut représentant du Board of Peace, Nickolay Mladenov, estime que le retrait doit avancer au même rythme que le démantèlement. Au même rythme, en pratique, signifie que rien ne bouge tant que tout n’est pas réglé.

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Deux camps qui jouent la montre

Le plus frappant est que les deux camps se comportent comme s’ils s’attendaient à ce que l’autre cède le premier. Le désarmement est censé s’étaler sur une période de 200 à 350 jours, un calendrier qui court loin dans l’année prochaine. Entre-temps, selon une source palestinienne citée par le radiodiffuseur public israélien Kan, le Hamas a commencé à distribuer des fusils à ses hommes à Gaza, en les présentant comme des armes personnelles, afin de les soustraire à toute remise. Le Hamas ne désarmera pas, a déclaré la source, point final. Le Hamas dit qu’il désarmera ; le Hamas distribue des fusils. Les deux affirmations sont vraies, et elles le sont en même temps.

L’épisode le plus instructif du week-end met en scène un homme politique palestinien, Mohammad Dahlan, et Jared Kushner, le gendre de Trump et l’architecte de la diplomatie sur Gaza. Dahlan a affirmé samedi soir que Kushner lui avait assuré qu’Israël avait accepté d’arrêter les frappes à partir de dimanche matin. Les frappes ont eu lieu quand même. Dahlan a ensuite fait marche arrière, affirmant que Kushner lui avait dit qu’il travaillait avec la partie israélienne pour arrêter les frappes. La séquence est un petit modèle parfait de toute la situation : une assurance américaine, une action israélienne qui la contredit, et une correction hâtive. Personne du côté israélien n’a confirmé quoi que ce soit.

Un cessez-le-feu qui n’a pas commencé

La lecture honnête, celle qui préserve la thèse des sceptiques, est que le cadre est réel et que les deux camps y ont adhéré. Le Hamas a confirmé son engagement de principe à désarmer. Les Américains affirment que les modalités sont en cours d’élaboration. Des accords par étapes ont déjà fonctionné par le passé, et l’alternative à ce processus, la poursuite de la guerre, est pire pour tout le monde, y compris pour la population de Gaza et pour les soldats israéliens qui devront continuer à se battre. Il est possible que, dans un mois, les frappes de ce week-end apparaissent comme le dernier soubresaut d’une guerre à l’agonie.

Mais un cessez-le-feu qui exige des semaines de négociations avant de commencer n’est pas encore un cessez-le-feu. L’accord existe là où il a été annoncé, à Washington. À Gaza, il existe comme une rumeur qui n’a pas changé le bruit du ciel. Trump a affirmé qu’Israël était très satisfait de l’accord ; Israël ne l’a pas dit. Le ministre qui parle au nom du cabinet de sécurité israélien affirme qu’aucun accord ne permet d’arrêter les frappes. Les dix-huit personnes tuées ce week-end sont le prix de l’écart entre l’annonce et le terrain, et rien dans le plan annoncé n’indique que cet écart se réduit.

Traduit par Lydie

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