Premier essai thérapeutique contre le Bundibugyo ebolavirus lancé au Congo alors que l’épidémie dépasse les 1 400 cas

Le 2 juillet 2026, le premier patient a été inclus dans le tout premier essai thérapeutique contre la maladie à virus Bundibugyo ebolavirus, une étape attendue depuis près de deux décennies et qui survient alors que l’épidémie actuelle en République démocratique du Congo et en Ouganda a dépassé les 1 400 cas et 440 décès.

L’essai, baptisé PARTNERS (Platform Adaptive Randomised Trial for New and Repurposed Filovirus TreatmentS), représente une innovation structurelle dans la réponse aux épidémies : un protocole de plateforme préconçu, déployé pour la première fois lors de l’épidémie de Marburg au Rwanda en 2024, qui peut être activé en quelques jours après une nouvelle urgence filovirale. Parrainé par l’Organisation mondiale de la Santé et opéré par l’Institut National de Recherche Biomédicale de la RDC, l’Institut de Médecine Tropicale (Anvers) et le Pandemic Sciences Institute de l’Université d’Oxford, l’essai recrute désormais près d’une unité de traitement à Bunia, dans la province de l’Ituri.

Les médicaments

L’essai teste deux agents expérimentaux contre le Bundibugyo ebolavirus, une espèce virale distincte (Orthoebolavirus bundibugyoense) pour laquelle il n’existe actuellement aucun traitement ni vaccin approuvé.

MPB-134 est un cocktail d’anticorps composé de deux anticorps monoclonaux développés par Mapp Biopharmaceutical. Les anticorps ont été isolés chez un survivant de l’épidémie de 2014–2016 en Afrique de l’Ouest (causée par le Zaire ebolavirus, une espèce différente) et ont montré une activité préclinique « très forte » contre le Bundibugyo, selon Thomas Geisbert, virologue à la branche médicale de l’Université du Texas. Le gouvernement américain a fait don de 400 doses, couvrant la totalité du recrutement visé.

Le Remdesivir est un antiviral analogue nucléotidique développé par Gilead Sciences. Bien qu’il se soit révélé moins efficace que les traitements à base d’anticorps lors de l’essai PALM de 2018–2020 contre le Zaire ebolavirus, les données de laboratoire suggèrent qu’il a une plus grande efficacité contre le Bundibugyo, suffisamment pour justifier une évaluation dédiée.

Les patients sont répartis aléatoirement dans quatre bras : MPB-134 seul, remdesivir seul, les deux médicaments combinés, ou soins de soutien seuls comme contrôle. Un troisième anticorps, le maftivimab, pourrait être ajouté à l’essai plus tard si les résultats préliminaires le justifient.

Un essai parallèle

Parallèlement à PARTNERS, un deuxième essai appelé EBO-PEP débutera dans les semaines à venir, testant l’antiviral oral obeldesevir (un équivalent oral du remdesivir) en prophylaxie post-exposition pour les contacts proches de cas confirmés. Le médicament est déjà dans le pays ; les préparatifs pour le recrutement sont en cours.

Le contexte de l’épidémie

L’épidémie actuelle a été détectée pour la première fois le 5 mai 2026 dans la zone sanitaire de Mongbwalu, province de l’Ituri, en RDC. L’Organisation mondiale de la Santé l’a déclarée urgence de santé publique de portée internationale le 17 mai. Il s’agit seulement de la troisième épidémie connue de virus Bundibugyo, l’espèce a été identifiée pour la première fois en Ouganda en 2007, avec une deuxième épidémie en RDC en 2012. Les taux de létalité historiques varient de 30 % à 50 %.

Au 2 juillet, la RDC a signalé plus de 1 400 cas dont 438 décès, avec 20 cas supplémentaires et 2 décès en Ouganda voisin.

Pourquoi maintenant

L’absence d’essais thérapeutiques pour le Bundibugyo n’est pas due à un manque de besoin, mais à un manque de préparation. L’épidémie de 2013–2016 en Afrique de l’Ouest, causée par le Zaire ebolavirus, a suscité un investissement sans précédent dans la recherche sur les filovirus et le développement de médicaments et de vaccins désormais approuvés pour le Zaïre mais pas pour d’autres espèces d’Ebola. Lorsque l’actuelle épidémie de Bundibugyo a commencé, l’infrastructure de recherche était théoriquement en place, mais aucun essai n’avait été spécifiquement conçu pour cette espèce.

Le protocole de plateforme PARTNERS a été conçu pour résoudre précisément ce problème : un cadre d’essai préécrit, approuvé par les comités d’éthique et adaptable, pouvant être opérationnalisé pour n’importe quel filovirus, à n’importe quel endroit. Il s’agit de la troisième activation de la plateforme, après son utilisation lors de l’épidémie de Marburg au Rwanda en 2024.

Ce qu’il faut surveiller

L’essai vise à recruter jusqu’à 1 200 patients, et les premiers résultats sont attendus dans le courant de l’année. Les critères d’évaluation principaux seront la réduction de la mortalité par rapport aux soins de soutien, la conception adaptative de l’essai permet d’ajouter ou de supprimer des bras au fur et à mesure que les données s’accumulent.

La communauté scientifique observera également si les médicaments qui ont été efficaces contre le Zaire ebolavirus (tels que les anticorps REGN-EB3 et mAb114 qui ont dominé l’essai PALM) montrent une efficacité interspécifique contre le Bundibugyo, ou si les différences virales sont suffisamment grandes pour que des traitements spécifiques à l’espèce soient nécessaires.

Financement : Wellcome, UK Foreign Commonwealth and Development Office, Medical Research Council/UKRI.


Source

Kupferschmidt, K. « First-ever treatment trial for Ebola Bundibugyo kicks off in Congo. » Science (2 juillet 2026). DOI : 10.1126/science.zyvmn4t

Traduit par Lydie

Scroll to Top