BRUSSELS. The European Union talks of principles. It passes resolutions condemning violence.

BRUXELLES. L’Union européenne parle de principes. Elle adopte des résolutions condamnant la violence. Elle sanctionne les colons extrémistes en Cisjordanie et appelle à la retenue. Et pendant qu’elle fait tout cela, l’argent continue de circuler. Des milliards d’euros transitent des institutions européennes et des États membres vers des entreprises israéliennes, dont certaines fournissent l’appareil militaire qui a réduit Gaza en ruines. Les chiffres ne sont pas secrets. Ils ont été rassemblés par Statewatch et publiés par Al Jazeera. Ils racontent une histoire que les déclarations officielles ne peuvent obscurcir.

Depuis le 7 octobre 2023, l’UE a accordé aux institutions israéliennes plus de 238 millions d’euros au titre du seul programme de recherche Horizon Europe. Cela représente environ 250 millions de dollars d’argent public provenant des contribuables européens, qui affluent vers un pays jugé pour génocide devant la Cour internationale de justice, dont les dirigeants ont été inculpés par la Cour pénale internationale. Le total depuis 2007 est encore plus stupéfiant : plus de 2,6 milliards d’euros de financements européens de la recherche sont allés à des organismes israéliens. Ce n’est pas un filet. C’est un pipeline.

Le programme Horizon Europe est le programme phare de recherche et d’innovation de l’UE, un cadre de 107 milliards d’euros destiné à financer la science pour le bien commun. Les règles stipulent que les projets doivent être « exclusivement axés sur des applications civiles ». Mais les petits caractères autorisent la technologie à « double usage », une faille assez large pour y faire passer un char d’assaut. Le double usage signifie que la même recherche qui alimente un appareil d’imagerie médicale peut également calibrer un viseur de drone. Cela signifie que la même intelligence artificielle qui cartographie les rendements agricoles peut également suivre des cibles dans une campagne de bombardement.

Prenons Israel Aerospace Industries, ou IAI. C’est l’un des plus grands fabricants aérospatiaux et de défense du pays. Il construit des drones, des missiles et des systèmes de surveillance utilisés par l’armée israélienne à Gaza et en Cisjordanie. En juillet 2024, IAI a reçu 640 000 euros du programme Horizon Europe pour un projet lié aux « systèmes autonomes ». C’est le langage de la demande de financement. La réalité sur le terrain est écrite dans le sang.

Elbit Systems, un autre grand fournisseur militaire équipant l’armée israélienne en technologie de drones et en matériel de surveillance, a également bénéficié de fonds de recherche européens. Ce ne sont pas des start-ups anonymes. Ce sont l’épine dorsale industrielle d’une campagne militaire qui a tué des dizaines de milliers de Palestiniens, détruit des hôpitaux, des universités et des quartiers résidentiels, et déplacé près de deux millions de personnes de leurs foyers.

L’hypocrisie est la plus flagrante en Espagne. Madrid a été l’un des critiques les plus virulents d’Israël en Europe pendant la campagne de Gaza. Les ministres espagnols ont appelé à des sanctions. Le gouvernement a reconnu l’État de Palestine. Et pourtant, entre janvier 2022 et juillet 2025, les institutions publiques espagnoles ont signé 14 contrats d’une valeur de près de 227 millions d’euros avec des entreprises israéliennes. Cela représente 257 millions de dollars provenant d’un pays qui se positionne en leader moral sur cette question. L’argent est allé à des entreprises technologiques, des fournisseurs militaires et des sociétés opérant dans les territoires occupés. Les universités espagnoles sont également impliquées, continuant de s’associer à des institutions israéliennes dans des programmes de recherche qui frôlent les applications militaires.

Le schéma se répète sur tout le continent. Les départements de l’UE responsables de la politique étrangère, du développement et de l’innovation entretiennent des relations d’approvisionnement avec des entreprises israéliennes. La Commission européenne elle-même est un client majeur. L’argument de Bruxelles est toujours le même : ce sont des contrats commerciaux, pas des endorsements politiques. La recherche est à des fins civiles. Les partenariats concernent la science, pas la guerre.

Les universitaires qui étudient ces programmes ne sont pas d’accord. Plus de 2 000 chercheurs européens et 45 organisations de la société civile ont signé des pétitions exigeant que l’UE coupe les financements aux institutions israéliennes. Leur argument est simple : les propres lignes directrices de l’UE interdisent tout financement contribuant à des violations des droits de l’homme. La Cour internationale de justice a jugé « plausible » que les actions d’Israël à Gaza constituent un génocide. Continuer à signer des chèques dans ces circonstances, soutiennent les pétitionnaires, rend l’UE complice.

En juillet 2025, la Commission européenne a proposé de suspendre partiellement Israël d’Horizon Europe en raison de la crise humanitaire à Gaza. La proposition citait les conditions de famine, l’effondrement du système de santé et l’incapacité d’Israël à respecter ses engagements d’aide humanitaire. Mais la suspension n’a jamais été pleinement appliquée. L’Allemagne, fervent soutien d’Israël, s’est opposée à la mesure. L’Italie a hésité. La majorité qualifiée nécessaire pour adopter le vote n’a pas été atteinte. Le pipeline est resté ouvert.

Pendant ce temps, la destruction continue. Rien qu’en mai 2026, les forces israéliennes ont mené plus de 40 attaques contre le Hamas et les groupes alliés à Gaza, le total mensuel le plus élevé depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu en octobre 2025. Des frappes aériennes ont visé des commandants de haut rang. Le contrôle israélien à Gaza est passé de 53 % à environ 60 %. La violence des colons en Cisjordanie a atteint un nouveau record, avec plus de 380 incidents violents contre des Palestiniens en un seul mois. Et l’Union européenne, qui sanctionne les colons d’une main, continue de financer la base militaro-industrielle de leur gouvernement de l’autre.

Les chiffres exigent une remise en question. Les institutions israéliennes ont reçu plus de 2,6 milliards d’euros de financements européens de la recherche depuis 2007. Horizon Europe seul a canalisé plus de 238 millions d’euros depuis octobre 2023. Les institutions espagnoles ont signé près de 227 millions d’euros de contrats. L’écart entre ce que l’Europe dit et ce que l’Europe fait se mesure en milliards.

Il est facile d’adopter une résolution. Il est plus difficile de couper un chèque, et plus difficile encore de s’arrêter.

Traduit par Lydie

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