Le Parlement européen construit sa propre plateforme d’IA après que des députés ont été surpris en train de rédiger des lois avec ChatGPT

Le Parlement européen, l’institution qui a rédigé la première loi globale sur l’IA au monde, construit sa propre plateforme d’IA interne après avoir découvert qu’environ 20 % de son personnel utilisait des chatbots publics, y compris ChatGPT, pour rédiger des textes législatifs.

La plateforme, appelée EPGenAI Hub, est actuellement en phase de test et pourrait commencer à être déployée dès septembre, selon Politico. Elle donnera aux députés et au personnel l’accès à des modèles de Meta, OpenAI, Anthropic et du français Mistral, dans un environnement contrôlé conçu pour éviter que les données parlementaires ne transitent par des services publics non vérifiés.

Le problème : l’IA bâclée dans la législation

L’ampleur de l’utilisation non autorisée de l’IA au sein du Parlement est apparue lors d’une réunion début juillet, lorsque plusieurs présidents de commission ont tiré la sonnette d’alarme sur le volume croissant d’amendements, de discours et de questions parlementaires générés par l’IA. Les signes étaient indubitables : une augmentation des amendements nécessitant une traduction, des schémas de rédaction reconnaissables comme provenant de l’IA et des citations de lois qui n’existent pas.

Support journalism that values evidence, context, and accuracy above everything else.

Support independent reporting

« Le Parlement n’a pas été épargné par le contenu bâclé et trompeur généré par l’IA », a déclaré Brando Benifei, le député socialiste qui a piloté la loi sur l’IA au Parlement. « Les députés doivent montrer l’exemple alors que les règles de transparence de la loi sur l’IA deviennent applicables. »

Les obligations de transparence de la loi sur l’IA, notamment les exigences de l’article 50 concernant la divulgation des contenus générés par l’IA dans les matières d’intérêt public, deviennent applicables le 2 août 2026. Pourtant, les députés eux-mêmes ne seront pas tenus de divulguer leur utilisation d’EPGenAI Hub pour rédiger les lois qui régissent tout le monde, une contradiction que les critiques ont déjà signalée.

Deux niveaux d’accès

EPGenAI Hub est conçu autour d’une architecture à niveaux de sensibilité. Pour les tâches courantes, les utilisateurs peuvent choisir des modèles exploités localement au sein de l’infrastructure du Parlement, notamment Llama de Meta, GPT-OSS d’OpenAI et Mistral Small. Ceux-ci maintiennent les données sensibles sur les systèmes de l’institution. Pour un travail plus exigeant, les utilisateurs peuvent accéder à des services externes, y compris ChatGPT et Claude Sonnet, échangeant la sécurité contre la capacité.

La plateforme a déjà été présentée aux députés et au personnel lors d’ateliers présentés comme un moyen de travailler « plus intelligemment et plus rapidement ». Le Parlement estime qu’environ 2 100 personnes, soit environ un membre du personnel sur cinq, utilisent des outils d’IA quotidiennement, et une grande partie de cette utilisation passe actuellement par des plateformes publiques non contrôlées.

Une ironie européenne

Le choix des fournisseurs comporte sa propre dimension politique. Le Parlement qui a rédigé la loi sur l’IA et défend la souveraineté technologique européenne construit sa plateforme principalement autour de modèles américains de Meta, OpenAI et Anthropic, aux côtés d’un seul fournisseur français. Les alternatives européennes open source restent moins compétitives à la frontière technologique, et la direction du Parlement a jugé que limiter l’accès aux seuls modèles européens pousserait simplement le personnel à revenir aux outils publics non autorisés.

EPGenAI Hub devrait être lancé avec un déploiement progressif en septembre, suivi d’un accès élargi plus tard dans l’année. Le Parlement n’a pas divulgué le coût total de la plateforme ni si elle sera éventuellement mise à disposition des parlements nationaux à travers l’UE.

Traduction par Lydie

Sources : The European Parliament’s answer to its AI worries: More AI (Politico, juillet 2026) ; European Parliament builds its own AI platform for MEPs (TNW, juillet 2026) ; European Parliament creates its own AI platform (Cybernews, juillet 2026)

Scroll to Top