Les maillons faibles de la machine de guerre : les limites de la Chine et le nouveau commandant ukrainien

Chaque guerre produit deux inventaires : ce que chaque camp possède, et ce que chaque camp ne peut obtenir. Pour la Russie, le plus grand vide est comblé par la Chine, mais le partenariat qui soutient l’effort de guerre de Moscou a des limites strictes. Pour l’Ukraine, le vide est celui du leadership, et le pays vient de miser sur un commandant qui promet la responsabilité plutôt que la hiérarchie. Les deux histoires ne sont pas directement liées, mais elles éclairent la même question : dans quelle mesure la position de chaque camp est-elle durable ?

Les limites du « sans limites »

La relation sino-russe est le partenariat le plus discuté et le moins compris de la géopolitique contemporaine. Les agences de renseignement occidentales mettent en garde contre une « méta-menace » de l’axe autoritaire. Mais la réalité, comme le précise Mathieu Boulègue, chercheur senior au CEPA et co-auteur d’une étude de 2026 sur le sujet, est bien plus fragile que ne le suggère la propagande.

« La Russie ne peut être qu’un “partenaire junior” de la Chine, et jamais un égal », déclare Boulègue. « Aucune propagande de grande puissance, d’un côté comme de l’autre, ne peut cacher le fait que la Russie a plus besoin de la Chine que la Chine n’a besoin de la Russie. »

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Les sanctions occidentales ont poussé la Russie dans les bras de Pékin après 2022. Moscou a remplacé sa dépendance à l’égard de l’Europe par une dépendance à l’égard de la Chine, pour la microélectronique, les semi-conducteurs, les machines-outils et les équipements à double usage qui maintiennent ses usines de missiles en activité. Mais les dirigeants russes sont parfaitement conscients de l’asymétrie. Échanger un maître contre un autre n’est pas la même chose que l’indépendance.

Sur la coopération militaire, les deux pays pratiquent ce que Boulègue appelle le « jeu parallèle », des exercices et des patrouilles conjoints qui impressionnent en vidéo mais restent bien loin de l’interopérabilité. Ils ne partagent pas le commandement et le contrôle. Ils ne s’offrent pas de garanties de sécurité mutuelles. « Ils ne vont pas se battre dans les guerres de l’autre de sitôt », affirme Boulègue.

Les obstacles sont structurels. La Russie craint que la Chine ne fasse de la rétro-ingénierie sur sa technologie. La culture stratégique chinoise est plus subtile que l’approche russe fondée sur la coercition. Leurs priorités géographiques divergent, la Russie fait face au flanc oriental de l’OTAN ; la Chine fait face à la région Asie-Pacifique. Et aucun des deux pays n’est prêt à renoncer à la souveraineté qu’exigerait une véritable alliance.

Ce que cela signifie pour la guerre en Ukraine, c’est que la Russie peut compter sur le soutien économique chinois, mais pas sur une intervention militaire chinoise. La protection contre les sanctions qu’offre Pékin a des limites : la Chine n’a pas intérêt à une guerre prolongée qui épuise ses ressources ou l’expose à des sanctions secondaires. Moscou est dépendant, mais pas en sécurité.

Le pari parallèle de l’Ukraine

Le jour même où Drapatyi a pris le commandement, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a confirmé qu’il rencontrerait le secrétaire d’État américain Marco Rubio à Manille pour discuter d’une voie vers la fin de la guerre. Le timing est délicat pour un nouveau commandant qui vient de promettre une escalade. Mais cela renforce aussi l’argument de Drapatyi : la meilleure position de négociation est une position militaire plus forte.

Drapatyi représente ce que la Russie n’a pas : un commandant capable de s’accuser publiquement et de survivre. Lorsqu’un missile Iskander russe a tué 12 soldats ukrainiens sur un terrain d’entraînement dans l’oblast de Dnipropetrovsk, Drapatyi n’a blâmé ni les troupes, ni l’équipement, ni l’ennemi. Il a dit : « Une armée où personne n’est responsable des pertes meurt de l’intérieur. » Il a démissionné. Zelenskyy a rejeté la démission et l’a promu.

Le contraste avec la culture militaire russe est frappant. Le Kremlin a purgé à plusieurs reprises son état-major depuis 2022, des généraux étant limogés, arrêtés ou tués dans des circonstances mystérieuses. La responsabilité à Moscou signifie la punition. La responsabilité selon Drapatyi signifie admettre l’échec et réparer le système.

Ce dont chaque camp dépend

La Russie dépend de la Chine pour les composants qui maintiennent sa production de missiles. La Chine dépend de la Russie pour la couverture diplomatique et une diversion qui maintient l’attention américaine fixée sur l’Europe. Mais aucun des deux n’est entièrement à l’aise avec cet arrangement, et aucun ne sacrifiera ses intérêts fondamentaux pour l’autre.

L’Ukraine dépend de Drapatyi pour restaurer la confiance dans un commandement militaire visiblement fracturé. Les protestations qui ont poussé Syrskyi à partir ne portaient pas sur les pertes sur le champ de bataille, elles portaient sur la perception que l’ancienne garde bloquait les réformes qui avaient maintenu l’Ukraine compétitive. La réputation de Drapatyi en tant que réformateur qui assume ses responsabilités personnelles est un atout que l’argent ne peut acheter et qu’aucun allié ne peut fournir.

La guerre est devenue un test de systèmes, pas seulement d’armées. Le système russe dépend de composants chinois et d’un commandement centralisé. Le système ukrainien dépend de l’aide occidentale et d’un commandant qui assume ses erreurs. Lequel est le plus durable n’est pas encore clair. Mais les fissures dans chacun deviennent visibles.

Traduit par Lydie

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