
La Chine a repris la première place du classement des supercalculateurs TOP500 pour la première fois depuis 2017, avec un système entièrement construit à partir de processeurs nationaux qui atteint des performances de pointe sans aucun accélérateur GPU.
LineShine, installé au Centre national de supercalcul de Shenzhen, a enregistré 2,198 exaflops sur le benchmark High Performance Linpack (HPL), soit environ 80 % de son pic théorique de 2,736 exaflops. Il a détrôné El Capitan, le système américain du Lawrence Livermore National Laboratory, qui détenait la première place avec 1,809 exaflops.
Cette performance constitue une réponse directe aux restrictions américaines à l’exportation. Depuis 2022, Washington a progressivement renforcé les restrictions sur la vente de GPU avancés et d’équipements de fabrication de semi-conducteurs à la Chine, visant à freiner les progrès chinois dans le calcul haute performance et l’intelligence artificielle. LineShine démontre que ces restrictions n’ont pas empêché la Chine de construire une infrastructure HPC de classe mondiale, et que le pays y est parvenu en empruntant une voie architecturale différente.
Une architecture tout CPU
LineShine fonctionne avec 13,79 millions de cœurs répartis sur des processeurs LX2, chacun intégrant 304 cœurs sur deux puces de calcul basées sur l’architecture ARMv9. Chaque processeur intègre 32 gigaoctets de mémoire HBM sur puce et 256 gigaoctets de RAM DDR5. Les CPU fonctionnent à 1,55 GHz et prennent en charge les types de données FP64, FP32, FP16 et INT8 via les unités vectorielles SVE et SME, délivrant jusqu’à 60,3 téraflops par puce en double précision.
Le système utilise un interconnect domestique appelé LingQi, organisé en topologie fat-tree double plan multi-rails offrant 1,6 térabit par seconde de bande passante par nœud. Le stockage total atteint 650 pétaoctets répartis sur 428 nœuds de stockage, avec 10 téraoctets par seconde de bande passante de stockage.
L’ensemble de la machine consomme environ 42,2 mégawatts d’énergie, offrant une efficacité de 52,07 gigaflops par watt, compétitive avec les systèmes accélérés par GPU à échelle similaire.
Diversité architecturale au sommet
La liste TOP500 de juin 2026 est exceptionnellement diversifiée en tête. Cinq systèmes dépassent désormais le seuil de l’exaflop : LineShine (2,198 exaflops, Chine), El Capitan (1,809 exaflops, États-Unis, basé sur AMD MI300A), Frontier (1,353 exaflops, États-Unis), Aurora (1,012 exaflops, États-Unis) et JUPITER Booster (1,000 exaflop, Allemagne). C’est la première fois que des machines de classe exaflopique couvrent simultanément l’Asie, l’Amérique du Nord et l’Europe.
Jack Dongarra du TOP500, s’exprimant dans le New York Times, a qualifié LineShine de « système impressionnant » qui « a développé un système qui ne repose pas sur les GPU et nous a surpassés ».
La Chine n’a pas soumis d’entrée au TOP500 depuis 2019, lorsque les sanctions américaines ont rendu stratégiquement risqué de divulguer les capacités nationales en matière de HPC. LineShine a été dévoilé en avril 2026 et officiellement classé lors de la conférence ISC 2026 à Hambourg, en Allemagne, le 23 juin.
Sources : China Defies US Restrictions and Builds the World’s Fastest Supercomputer (Wired, 28 juin 2026) ; LineShine Debuts at No. 1 (TOP500, 23 juin 2026) ; China’s LineShine regains world top spot (DigitalToday, 24 juin 2026) ; China builds exascale supercomputer without GPUs (Jon Peddie Research, 4 mai 2026)
Traduit par Lydie

