
L’épidémie d’Ebola qui se propage en République démocratique du Congo et en Ouganda depuis le mois de mai a désormais dépassé 3 200 cas confirmés et 1 400 décès, ce qui en fait la deuxième plus grande épidémie d’Ebola jamais enregistrée, après celle d’Afrique de l’Ouest de 2014-2016. Elle n’est pas causée par l’ebolavirus Zaïre, l’espèce qui a tué plus de 11 000 personnes en Afrique de l’Ouest et contre laquelle il existe un vaccin très efficace, mais par le virus de Bundibugyo, une espèce distincte de la famille des Ebola pour laquelle aucun vaccin homologué ni aucun traitement spécifique n’existe.
La riposte mondiale aux épidémies d’Ebola s’est construite autour des outils développés pour l’ebolavirus Zaïre. Le vaccin à base de virus de la stomatite vésiculeuse recombinant, commercialisé sous le nom d’Ervebo, a été homologué en 2019 après avoir démontré une grande efficacité lors des essais cliniques menés en Guinée. Il est stocké par le Groupe international de coordination et déployé lors des épidémies d’ebolavirus Zaïre, mais il ne protège pas contre le virus de Bundibugyo. Les traitements par anticorps monoclonaux qui ont considérablement réduit la mortalité liée à l’infection par le virus Zaïre, Inmazeb et Ebanga, ont été développés et testés contre cette espèce et n’ont pas été validés pour Bundibugyo.
L’épidémie actuelle, confirmée pour la première fois début mai 2026 dans la province de l’Ituri en RDC, s’est étendue à une vitesse alarmante. Le CDC indique que l’épidémie a dépassé 1 000 cas confirmés dans les 40 jours suivant l’activation de la riposte. À titre de comparaison, la catastrophique épidémie de 2018 dans le Nord-Kivu, également en RDC, avait mis environ 235 jours à atteindre ce même seuil. La province de l’Ituri reste l’épicentre, avec 2 848 des 3 200 cas confirmés en RDC au 25 juillet. L’Ouganda a signalé 20 cas confirmés, tous à Kampala et tous liés à des voyages depuis la RDC, sans aucune preuve de transmission communautaire sur son territoire. Un seul cas associé à un voyage a été confirmé en France, chez un patient qui avait séjourné en RDC.
Le taux de létalité s’établit à environ 44 %, un niveau inférieur à la fourchette d’environ 50 à 90 % observée pour l’ebolavirus Zaïre lors des épidémies précédentes, mais tout de même dévastateur. La majorité des décès sont survenus en Ituri, où l’insécurité, l’accès limité des équipes de riposte et le déplacement des populations ont entravé à la fois la surveillance et la prise en charge clinique. Le gouvernement de la RDC et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont déployé des équipes de riposte, mais les incidents liés à la sécurité ayant touché des établissements de santé ont perturbé la recherche des contacts et la planification de la vaccination.
La planification de la vaccination lors d’une épidémie de Bundibugyo exige une approche fondamentalement différente. Comme aucun vaccin contre Bundibugyo n’est homologué, le Groupe consultatif technique de l’OMS sur la priorisation des vaccins candidats s’est réuni en mai pour évaluer quels candidats expérimentaux devraient être testés sur le terrain. Le 2 juillet, l’OMS a inscrit le premier test diagnostique de la maladie à virus de Bundibugyo sur sa liste des usages d’urgence, une étape préalable indispensable au lancement d’essais vaccinaux et thérapeutiques qui reposent sur une identification précise des cas. L’inclusion de patients a commencé dans le cadre d’un essai clinique conçu pour identifier les premiers traitements efficaces spécifiques de la maladie à virus de Bundibugyo, mené selon le dispositif de type Solidarity de l’OMS.
Plusieurs candidats vaccins sont en cours de développement. Le plus avancé serait un candidat développé par le Sabin Vaccine Institute, qui possède une expérience des vaccins contre les filovirus et travaille sur une approche multivalente susceptible de couvrir plusieurs espèces d’Ebola. Faire passer un candidat du laboratoire au déploiement sur le terrain en pleine épidémie impose de franchir les étapes de l’autorisation réglementaire, de la montée en cadence de la production, de la logistique de la chaîne du froid et de l’acceptation par les communautés, alors que de nouveaux cas continuent d’apparaître. L’OMS a publié des recommandations d’urgence sur l’utilisation du vaccin homologué contre l’ebolavirus Zaïre lors des épidémies de Bundibugyo, reconnaissant que, même s’il n’est pas censé être efficace contre Bundibugyo, il pourrait encore être envisagé dans certaines circonstances, faute d’alternatives.
La trajectoire de l’épidémie dépend de la capacité de la riposte à aller plus vite que le virus. Le virus de Bundibugyo a été identifié pour la première fois en 2007 lors d’une épidémie dans le district de Bundibugyo, dans l’ouest de l’Ouganda, où il a infecté 149 personnes et fait 37 morts. Une deuxième épidémie, survenue en RDC en 2012, a infecté 57 personnes et fait 29 morts. Les deux étaient relativement limitées et ont été contenues sans qu’il soit nécessaire de déployer des vaccins à grande échelle. C’est la première fois que le virus de Bundibugyo se propage à cette échelle, et la première fois que le système mondial de santé est confronté à une grande épidémie d’Ebola sans les vaccins et les traitements devenus les outils standard contre l’ebolavirus Zaïre.
Références
Organisation mondiale de la santé. Maladie à virus de Bundibugyo, République démocratique du Congo et Ouganda. Disease Outbreak News, 3 juillet 2026.
Centers for Disease Control and Prevention. Épidémie d’Ebola : situation actuelle, RDC et Ouganda, 2026. Données arrêtées au 25 juillet 2026.
Organisation mondiale de la santé. Début de l’inclusion de patients dans un essai scientifique visant à identifier les premiers traitements efficaces contre la maladie à virus de Bundibugyo. Communiqué de presse, 2 juillet 2026.
Organisation mondiale de la santé. L’OMS inscrit le premier test diagnostique de la maladie à virus de Bundibugyo sur sa liste des usages d’urgence. Communiqué de presse, 2 juillet 2026.
Organisation mondiale de la santé. Groupe consultatif technique de l’OMS sur la priorisation des vaccins candidats : rapport de réunion, 19 et 25 mai 2026.
Traduit par Lydie

