Le ralentissement de la disparition de la glace de mer arctique s’achève après deux hivers record, selon une étude

Traduit par Lydie

Le ralentissement apparent du déclin de la glace de mer arctique, qui avait intrigué les climatologues, a disparu. Deux hivers consécutifs records, 2025 et 2026, ont effacé ce qui ressemblait à une tendance à la stabilisation, rétablissant avec une vigueur renouvelée la trajectoire descendante à long terme.

Une nouvelle étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences documente que le déclin hivernal d’une année à l’autre entre 2024 et 2025 a été le plus important jamais enregistré, soit une baisse de près de 6 % en une seule saison.

« Notre étude suggère que cette conclusion était prématurée », ont déclaré les auteurs, en référence à des études antérieures qui suggéraient que la perte de glace de mer hivernale ralentissait. « Après deux hivers exceptionnellement pauvres en glace en 2025 et 2026, le ralentissement récent disparaît. »

Une pause qui n’était pas une pause

Au début des années 2020, le rapide déclin de la glace de mer arctique observé au cours des quatre décennies précédentes semblait s’atténuer. Plusieurs études ont documenté des tendances plus faibles, et certains scientifiques se sont demandé ouvertement si la perte de glace hivernale était entrée dans une phase plus lente. La question était importante : si la variabilité naturelle atténuait la perte de glace, cela affecterait les projections sur le moment où l’Arctique deviendrait saisonnièrement libre de glace.

La nouvelle analyse, utilisant les données satellitaires du Centre national américain de données sur la neige et la glace et de l’Agence japonaise d’exploration spatiale, montre que le ralentissement apparent était un mirage statistique, une accalmie temporaire dans une tendance au déclin plus longue.

« La glace de mer arctique semblait entrer dans une nouvelle phase », ont écrit les chercheurs. « Mais quelques années inhabituelles peuvent rapidement changer l’image d’ensemble. »

L’hiver 2025 a égalé le record du minimum d’extension maximale de mars, selon les données de la NASA et du NSIDC. L’hiver 2026 était tout aussi bas. Ensemble, ils ont rétabli une tendance à la baisse statistiquement significative que le début des années 2020 avait temporairement masquée.

Ce que montre le relevé à long terme

Les observations satellitaires suivent la glace de mer arctique en continu depuis la fin des années 1970. Au cours de cette période, la glace de mer a diminué chaque mois de l’année. Les pertes sont les plus importantes à la fin de l’été. Le minimum de septembre a diminué d’environ 13 % par décennie par rapport à la moyenne 1981–2010, mais la glace hivernale a également diminué régulièrement.

La nouvelle étude renforce un schéma que les scientifiques de la glace soulignent depuis longtemps : le déclin de la glace de mer arctique n’est pas un processus régulier. La variabilité d’une année à l’autre est élevée, sous l’effet des conditions météorologiques, des courants océaniques et de la circulation atmosphérique. Quelques années relativement fraîches peuvent produire un ralentissement temporaire qui semble significatif dans les relevés à court terme. Mais la tendance sous-jacente, due à la hausse des températures mondiales, reste bien ancrée.

« Une ou deux années faibles ne signifient pas grand-chose en elles-mêmes », a déclaré le scientifique de la glace du NSIDC Walt Meier dans un article de la NASA plus tôt cette année. Mais vues dans la tendance à long terme, a-t-il ajouté, elles contribuent au tableau d’ensemble du changement.

Pourquoi c’est important

La différence entre un ralentissement et un déclin régulier n’est pas académique. Le calendrier du premier été arctique libre de glace, désormais projeté par certains modèles dans les 20 à 30 prochaines années, dépend de la compréhension du rythme du changement. Un ralentissement reculerait cette date ; une reprise du déclin rapide la rapproche.

Les conséquences d’un Arctique libre de glace s’étendent bien au-delà de la région elle-même. La glace de mer réfléchit la lumière du soleil ; l’océan ouvert l’absorbe, amplifiant le réchauffement dans une boucle de rétroaction. La perte de glace affecte également les régimes météorologiques aux latitudes moyennes, bien que les mécanismes exacts restent un domaine de recherche actif.

L’amplification arctique, le fait que l’Arctique se réchauffe trois à quatre fois plus vite que la moyenne mondiale, est déjà en train de remodeler les écosystèmes, de perturber les communautés autochtones et d’ouvrir de nouvelles routes maritimes. Chaque incrément supplémentaire de perte de glace accélère le rythme de ces changements.

L’étude rappelle qu’en science du climat, les tendances à court terme exigent une interprétation prudente. L’acalmie du début des années 2020 n’était pas la preuve que la glace arctique avait trouvé un nouvel équilibre. C’était une pause dans un déclin plus long, et les données de 2025 et 2026 l’ont désormais rendu clair.


Référence : « Arctic sea ice decline seemed to be slowing, until two record-breaking low-ice winters. » (2026). Proceedings of the National Academy of Sciences. DOI : 10.1073/pnas.2614134123

Article de presse : « Slowdown in Arctic ice melt ends after largest winter decline on record. » The Guardian, 20 juillet 2026. Disponible sur : theguardian.com

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