L’ADN ancien résout le mystère du meurtre des Médicis — le paludisme, pas le poison

Pendant plus de quatre siècles, l’une des grandes théories du complot de la Renaissance a soutenu que le grand-duc François Ier de Médicis avait été empoisonné par son propre frère, le cardinal Ferdinand. De nouvelles preuves issues de l’ADN ancien publiées dans iScience (Cell Press) mettent un terme à cette théorie : François est mort du paludisme.

Une équipe dirigée par les chercheurs de l’université Yale Alexander Ochoa et Serena Tucci, en collaboration avec la division de paléopathologie de l’université de Pise, a extrait l’ADN de trois fragments de côtes de Francesco de Médicis (1541–1587). Grâce à une technique de capture par hybridation en solution utilisant des sondes de 80 nucléotides ciblant l’ADN mitochondrial de six espèces de Plasmodium, ils ont récupéré 185 paires de bases d’ADN mitochondrial de Plasmodium falciparum et 43 paires de bases d’ADN mitochondrial de Plasmodium malariae, confirmant une co-infection par les deux espèces.

Un mystère vieux de 400 ans

François, deuxième grand-duc de Toscane, et son épouse Bianca Cappello moururent subitement à quelques jours d’intervalle en octobre 1587 à la villa médicéenne de Poggio a Caiano. La proximité des décès, ainsi que les relations tendues de François avec son frère Ferdinand, qui lui succéda comme grand-duc, alimentèrent pendant des siècles les soupçons selon lesquels Ferdinand aurait organisé un empoisonnement à l’arsenic.

Mais les preuves génétiques racontent une histoire différente. Les symptômes de François, décrits par les médecins de la cour de l’époque comme une « febbre terzana » (fièvre tierce), sont compatibles avec une infection palustre. La situation de la villa, à proximité de rizières propices à la reproduction des moustiques, aurait placé François dans une zone à haut risque de transmission.

Une souche de Plasmodium jusqu’alors inconnue

Les chercheurs ont également analysé les restes du cardinal Jean de Médicis, frère cadet de François mort en 1562 à l’âge de 19 ans. Jean présentait une charge beaucoup plus élevée de P. falciparum, 1 865 paires de bases récupérées, couvrant 31,3 % du génome mitochondrial, représentant un haplotype jusqu’alors non caractérisé avec deux mutations uniques : une substitution intergénique G>T à la position 1 917 et une mutation C>T de la sous-unité 1 de la cytochrome c oxydase à la position 2 708 (entraînant p.Thr255Ile).

Cette souche est étroitement apparentée à des séquences provenant d’Italie, d’Autriche, de France, d’Espagne, de Taïwan et des Caraïbes, provenant probablement d’une expansion démographique de P. falciparum en Europe.

Jean est mort dans un groupe comprenant sa mère Éléonore et son frère Garia, tous décédés en moins d’un mois après avoir contracté le paludisme dans les marais côtiers toscans.

Implications plus larges

L’étude démontre la puissance de l’ADN ancien pour résoudre de longs débats historiques, mais fournit également un instantané génomique de la diversité de P. falciparum dans l’Europe du XVIe siècle, une époque antérieure aux interventions modernes qui ont remodelé les populations parasitaires. Les résultats suggèrent que les souches de P. falciparum de la Renaissance étaient génétiquement plus diverses qu’on ne le pensait auparavant, avec des implications pour la compréhension de la biogéographie historique du parasite.

Les auteurs affirment de manière définitive : « C’est le paludisme, et non un empoisonnement, qui a causé la mort du grand-duc François de Médicis. »

Sources :

1. Ochoa A, Miller SL, Reilly PF, Fornaciari G, Fornaciari A, Riccomi G, Giuffra V, Caccone A, Tucci S. « Ancient DNA analyses of remains of the Medici family (16th century) provide insights into the genetic variation of Plasmodium falciparum. » iScience. 2026;29(7):116371. DOI : 10.1016/j.isci.2026.116371

2. Rapporté dans Science AAAS. https://www.science.org/content/article/ancient-dna-solves-medici-murder-mystery

Traduit par Lydie

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