
Les scientifiques de l’environnement sont formés à collecter des données, à exécuter des modèles et à tester des hypothèses. Ce à quoi ils ne sont pas systématiquement formés, soutient un nouvel article d’opinion du PNAS, c’est à reconnaître quand leur science repose sur des jugements de valeur, et comment naviguer les dimensions éthiques des décisions qu’ils éclairent.
L’article, intitulé « Why environmental scientists need ethics training more than ever before », a été publié le 1er juillet dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (DOI : 10.1073/pnas.2525403123). Il appelle à intégrer des cursus formels en éthique dans l’enseignement des sciences environnementales, sur le modèle des efforts récents en informatique.
Les décisions chargées de valeurs auxquelles sont confrontés les scientifiques de l’environnement
Les auteurs soutiennent que les questions éthiques ne sont pas périphériques à la science environnementale mais centrales. « Même des questions fondamentales, comme ce qui constitue un écosystème « sain » et comment le mesurer, sont, au fond, des décisions sur ce que les parties prenantes valorisent », écrivent-ils, citant les travaux des philosophes Rohwer et Marris.
Parmi les décisions spécifiques qu’ils mettent en avant :
Triage en conservation. Lorsque les ressources sont limitées, quelles espèces ou écosystèmes doivent être prioritaires ? Les choix impliquent non seulement des données écologiques mais aussi des jugements sur la valeur relative des différentes formes de vie, les droits des générations futures et le poids de la signification culturelle.
Éthique de la géo-ingénierie. Les technologies émergentes d’intervention climatique à l’échelle planétaire soulèvent des questions sur l’autorité compétente pour prendre des décisions aux conséquences mondiales. Le risque acceptable à l’échelle planétaire est une catégorie fondamentalement différente du risque en laboratoire ou dans des contextes locaux.
Technologies de désextinction. La résurrection d’espèces disparues est liée à des questions sur la manipulation des processus naturels, les obligations envers les espèces disparues et l’allocation de ressources de conservation limitées.
Intégration des savoirs autochtones. L’article souligne l’importance d’entrelacer les systèmes de savoirs autochtones avec les approches scientifiques occidentales, citant des exemples comme les pratiques de brûlage culturel et la reconnaissance juridique du fleuve Whanganui en tant que personne juridique avec des droits de la nature.
Redéfinition des dogmes de conservation. Les auteurs s’appuient sur leurs propres travaux antérieurs remettant en question des hypothèses de conservation longtemps tenues pour acquises, notamment le débat sur l’opportunité de laisser le rhinocéros blanc du Nord s’éteindre ou d’intervenir avec des technologies de reproduction avancées.
Un modèle inspiré de l’informatique
L’article pointe les succès récents en informatique, où des modules d’éthique intégrés sont devenus une composante standard des cursus dans de nombreuses universités. Des programmes comme ceux décrits par Horton et ses collègues (2022, 2024) intègrent directement des éthiciens dans les cours d’informatique, garantissant que les étudiants rencontrent des cadres éthiques parallèlement à la formation technique.
« Nous avons besoin de la même chose pour les sciences environnementales », a déclaré Ferraro à 1ban.news. « Les scientifiques de l’environnement prennent chaque jour des décisions qui affectent les écosystèmes, les communautés et les générations futures. Ils devraient avoir les outils pour reconnaître quand ces décisions impliquent des compromis éthiques et comment y réfléchir rigoureusement. »
Type d’article et portée
L’article est classé comme une Opinion du PNAS, un format « Front Matter essay » qui présente des idées ou propositions nouvelles et est examiné par au moins un membre de l’Académie nationale des sciences ou un expert avant publication. Il ne s’agit ni d’un éditorial (qui ne reçoit aucune évaluation par les pairs) ni d’un article de recherche complet (qui est soumis à une évaluation externe par au moins deux réviseurs indépendants). Comme tous les articles d’opinion du PNAS, il comporte l’avertissement standard selon lequel les résultats et conclusions sont ceux des auteurs et n’ont pas été approuvés par l’Académie nationale des sciences.
L’article s’appuie sur un atelier interdisciplinaire, « New Thinking in Conservation », organisé par Dale Jaimeson, et inclut des perspectives de l’écologie, de la philosophie, des études autochtones et de l’éthique informatique.
Contexte plus large
Cette proposition intervient à un moment où la science environnementale est de plus en plus politisée. Les décisions en matière de conservation affectent l’utilisation des terres, l’extraction des ressources, les marchés du carbone et le développement international. Les recommandations en matière de politique climatique impliquent des jugements implicites sur les taux d’actualisation, l’équité intergénérationnelle et le risque acceptable. Ferraro et Thresher soutiennent que sans formation formelle en éthique, les scientifiques de l’environnement risquent soit de ne pas reconnaître ces dimensions, soit de les aborder naïvement.
L’article ne prescrit pas de curriculum spécifique mais expose le fait que le statu quo, dans lequel la formation à l’éthique est facultative, informelle ou absente, n’est plus tenable.
Source : Ferraro, K.M. & Thresher, A.C. « Why environmental scientists need ethics training more than ever before. » Proceedings of the National Academy of Sciences 123(27) (2026). DOI : 10.1073/pnas.2525403123
Traduit par Lydie

