La Chine annonce un réseau terrestre-spatial d’alerte précoce aux astéroïdes

La Chine annonce un réseau terrestre-spatial d’alerte précoce aux astéroïdes

L’Administration spatiale nationale chinoise (CNSA) a annoncé le 30 juin, à l’occasion de la Journée internationale des astéroïdes, ses plans pour un réseau complet terrestre-spatial d’alerte précoce aux astéroïdes — un système combinant télescopes au sol, radar spatial profond et actifs orbitaux qui pourrait accélérer considérablement la découverte et le suivi des objets géocroiseurs potentiellement dangereux.

L’annonce, rapportée en détail par Space.com, positionne la Chine comme un acteur majeur de la défense planétaire, un domaine actuellement dominé par les missions ATLAS et NEO Surveyor de la NASA et les programmes NEOMIR et Hera de l’ESA.

La composante terrestre

Le segment sol est constitué de plusieurs télescopes optiques à grande ouverture sur des sites stratégiquement sélectionnés, reliés au radar Fuyan (Œil composé) près de Chongqing, dans le sud-ouest de la Chine. Le projet Fuyan, dirigé par l’Institut de technologie de Pékin (BIT) sous la présidence de Long Teng, est déjà le radar planétaire au sol le plus ambitieux jamais conçu.

La Phase 1 de Fuyan — quatre antennes de 16 mètres — a été achevée en décembre 2022 et a démontré ses capacités en produisant la première image radar 3D au sol des cratères lunaires. La Phase 2, actuellement en construction, comptera 25 unités radar chacune avec une ouverture de 30 mètres, couvrant environ 20 hectares, et sera capable de détecter et d’imager des astéroïdes aussi petits que quelques dizaines de mètres à une distance de 10 millions de kilomètres. La Phase 3, si elle se concrétise, s’étendrait à plus de 100 unités avec une portée de détection de 150 millions de kilomètres — l’ensemble du système solaire interne.

Si elle est achevée, Fuyan serait le seul radar spatial profond au monde. Le radiotélescope d’Arecibo de 305 mètres, qui servait de référence mondiale pour l’imagerie radar des astéroïdes jusqu’à son effondrement en 2020, n’a pas été remplacé.

La composante spatiale

Le segment orbital du réseau est prévu autour de jusqu’à quatre positions candidates, comme exposé par Wu Weiren de l’Académie chinoise d’ingénierie dans le Journal of Deep Space Exploration (juin 2026) :

1. Point de Lagrange L1 Soleil-Terre — 1,5 million de kilomètres à l’intérieur de l’orbite terrestre, la même position prévue pour NEO Surveyor de la NASA et NEOMIR de l’ESA

2. Orbite en avance ou en retard sur la Terre — quelques millions de kilomètres devant ou derrière la Terre le long de son orbite

3. Orbite héliocentrique de type vénusien — basée sur la proposition antérieure CROWN (Constellation of Heterogeneous Wide-field Near-Earth Object Surveyors), qui déploierait six engins d’arpentage en orbites de type vénusien avec un vaisseau mère à un point de Lagrange Soleil-Vénus pour les communications relais

4. Orbite rétrograde lointaine (DRO) — une orbite stable et lointaine autour de la Terre

Les positions d’orbite de type vénusien sont d’un intérêt particulier car elles permettraient la détection d’astéroïdes s’approchant depuis la direction du Soleil — le même angle mort qui a permis à la météorite de Tcheliabinsk de 2013 de passer inaperçue. Les télescopes au sol ne peuvent pas regarder vers le Soleil ; les actifs spatiaux à L1 ou en orbites de type vénusien le peuvent.

Le vide qu’il comblerait

La capacité mondiale actuelle de détection des astéroïdes présente des lacunes importantes. Environ 45 % des astéroïdes de la classe des 140 mètres — la taille « tueuse de pays » — ont été détectés, et moins de la moitié des quelque 100 000 objets géocroiseurs suffisamment grands pour causer des dégâts locaux importants ont des orbites connues. ATLAS, le relevé actuel le plus prolifique, utilise cinq télescopes de 0,5 mètre répartis à Hawaï, au Chili, en Afrique du Sud et en Espagne, mais n’a ni composante spatiale ni capacité radar.

La Chine n’exploite actuellement qu’un seul télescope NEO dédié — le CNEOST, un instrument de 1,2 mètre à Xuyi, dans la province du Jiangsu. Le réseau prévu représenterait un changement d’échelle majeur.

Plans et calendrier

Li Mingtao, scientifique en chef du Centre de recherche de surveillance et d’alerte précoce des astéroïdes de la CNSA, a dirigé l’annonce. Le 15e plan quinquennal de la Chine, approuvé en mars 2026, inclut désormais officiellement un projet d’ingénierie de défense contre les astéroïdes. Une mission de démonstration d’impact cinétique — similaire à DART de la NASA — est prévue pour 2027.

Le calendrier s’aligne sur l’Année internationale de la défense planétaire en 2029, lorsque l’astéroïde Apophis passera à l’intérieur de l’orbite géostationnaire — une cible de choix pour l’observation et d’éventuelles missions de survol.

La question ouverte

La valeur de tout système de défense planétaire mono-national dépend de manière cruciale du partage des données. Anne Virkki de l’Université d’Helsinki, ancienne scientifique du radar planétaire d’Arecibo, a noté que la contribution du système à la défense mondiale dépend de « la question de savoir s’il possède une capacité que les deux autres n’ont pas, et s’il partage les données internationalement. » Sans données ouvertes, même le système le plus performant risque d’être un silo coûteux plutôt qu’un atout mondial.

Traduit par Lydie


Sources :

1. Space.com. « China announces plan to build early-warning system for dangerous asteroids. » 30 juin 2026. https://www.space.com/space-exploration/asteroid-comet-missions/china-announces-plan-to-build-early-warning-system-for-dangerous-asteroids

2. Wu, W. et al. « Orbital architectures for space-based NEO detection. » Journal of Deep Space Exploration (2026).

3. Beijing Institute of Technology / China Compound Eye (Fuyan) project updates, 2022–2026.

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