Des millions de personnes pleurent Khamenei en Irak alors que la guerre à Gaza attise le sentiment anti-américain

Plus d’un million de personnes en deuil ont envahi les rues de Nadjaf, en Irak, le 8 juillet pour la procession funéraire du guide suprême iranien Ali Khamenei, décédé. La foule était si dense que le parcours de six kilomètres à travers la ville sainte a pris des heures à parcourir.

Les chiffres communiqués par les autorités irakiennes sont stupéfiants. Les Hachd al-Chaabi, les forces de mobilisation populaire irakiennes, ont déclaré que plus de 2,3 millions de personnes ont participé aux obsèques à Nadjaf seulement. La chaîne Al Mayadeen, citant le gouvernorat de Kerbala, a rapporté que 7 millions de personnes en deuil se trouvaient à Kerbala, où le corps a été transféré après les cérémonies de Nadjaf.

La procession a débuté à 6 h 00 au sanctuaire de l’imam Ali, l’un des lieux les plus sacrés de l’islam chiite. Les personnes en deuil portaient des portraits de Khamenei et agitaient des drapeaux irakiens, iraniens et du Hezbollah. Des élégies et des chants résonnaient dans toute la ville. Les routes menant à Nadjaf étaient saturées depuis avant l’aube, avec des pèlerins arrivant des provinces de Bassora, Muthanna et Maysan.

Pourquoi l’Irak comptait

Le choix du cortège funéraire de Khamenei à travers l’Irak était délibéré. Le guide suprême a été tué le 28 février, premier jour de la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Faire passer son corps par Nadjaf et Kerbala, les deux villes les plus saintes de l’islam chiite après La Mecque, était un message sur les liens entre l’Iran et la majorité chiite irakienne.

C’était aussi une déclaration politique. L’establishment politique chiite irakien, mené par des figures comme l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki et Ammar al-Hakim, s’est mobilisé en force. Al-Maliki a qualifié la présence aux funérailles de « devoir » et a déclaré que le message était que « la République islamique d’Iran n’est pas seule, mais a des amis qui se tiennent à ses côtés et la soutiennent ».

Notablement, Bagdad a été retirée du parcours funéraire. Les responsables irakiens ont invoqué des contraintes de temps. Mais cette décision a épargné au gouvernement de Bagdad d’accueillir un déferlement de sentiments pro-iraniens au moment où le Premier ministre Ali al-Zaidi se prépare pour une visite à Washington.

Le lien avec Gaza

Les foules ne pleuraient pas seulement Khamenei. Les funérailles sont devenues une plateforme de colère contre la guerre à Gaza, qui a tué des dizaines de milliers de Palestiniens depuis octobre 2023. Une grande partie des chants à Nadjaf mêlaient le deuil du guide suprême à la condamnation d’Israël et des États-Unis.

Le lien entre les deux conflits est profond. Khamenei a construit la politique étrangère de l’Iran autour de l’opposition à Israël et du soutien aux groupes armés palestiniens. Sa mort au début d’une guerre américano-israélienne contre l’Iran a renforcé le récit selon lequel Washington et Tel-Aviv ciblaient tout l’axe de la résistance.

La présence de responsables du Hamas, du Hezbollah et des Houthis aux cérémonies de Téhéran plus tôt dans la semaine a renforcé ce message. Les funérailles de Khamenei n’étaient pas seulement un adieu à un dirigeant. C’était un rassemblement des forces qui ont combattu Israël et les États-Unis au Moyen-Orient.

Des adieux de six jours

Les funérailles nationales de Khamenei ont été parmi les plus grandes de l’histoire moderne. Les cérémonies ont débuté le 4 juillet à Téhéran, où les organisateurs s’étaient préparés à accueillir jusqu’à 20 millions de personnes en deuil. Le corps a ensuite été transporté dans la ville sainte de Qom le 7 juillet avant de s’envoler pour Nadjaf.

La procession funéraire à Téhéran a attiré d’immenses foules, des images de drones montrant des dizaines de milliers de personnes bordant les rues. Des responsables de haut rang de plus de 30 pays non occidentaux y ont assisté, dont l’ancien président russe Dmitri Medvedev. Les cérémonies ont offert une pause rare après des semaines de guerre et de négociations.

À la grande salle de prière de Mosalla à Téhéran, un tableau saisissant s’est déroulé : le président Massoud Pezeshkian se tenait près des commandants des Gardiens de la révolution et de la Force Qods. L’ancien président Mahmoud Ahmadinejad est apparu en public pour la première fois depuis le début de la guerre. Les fils de Khamenei ont prié près de son cercueil.

Les funérailles ont culminé avec son inhumation au sanctuaire de l’imam Reza à Machhad le 9 juillet.

Et après

L’ampleur des funérailles témoigne de l’influence de Khamenei, mais elle soulève également des questions sur sa succession. Khamenei a dirigé l’Iran pendant 37 ans. Sa mort laisse un vide qu’aucune figure unique du système politique iranien factionnalisé ne pourra facilement combler.

Pour l’instant, le deuil a apporté une unité temporaire. Les durs et les pragmatiques se sont tenus ensemble lors des prières funéraires. Mais les divisions sous-jacentes, sur la guerre avec les États-Unis, sur l’effondrement économique, sur la direction de la République islamique, demeurent.

La guerre à Gaza a été une toile de fond pour chaque cérémonie. Les chants à Nadjaf n’étaient pas seulement pour un dirigeant décédé. Ils étaient le signe que la colère qui alimente les conflits au Moyen-Orient ne disparaîtra pas avec lui.

Traduit par Lydie

Scroll to Top