
Deux histoires de robotique cette semaine illustrent le fossé croissant entre le spectacle et le fond : une vidéo virale montrant un robot humanoïde « attaquant » des collègues dans un bureau indonésien s’est révélée être une chorégraphie préparée, tandis que des chercheurs de l’Université de Bâle publient des travaux sur un robot dentaire miniature assez petit pour tenir dans la bouche d’un patient.
Le faux « robot déchaîné » qui a fait le buzz
Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montrait un robot humanoïde nommé « Joko » effectuant des coups de pied erratiques dignes d’arts martiaux et se jetant sur des employés dans un bureau indonésien. La vidéo a cumulé des millions de vues, de nombreux internautes croyant initialement assister à un véritable dysfonctionnement.
La réalité était plus prosaïque. Les opérateurs du robot ont confirmé que les mouvements étaient préprogrammés dans le cadre d’une routine chorégraphiée destinée à démontrer l’agilité, l’équilibre et la réactivité de la machine. La vidéo a été publiée sur TikTok par les opérateurs eux-mêmes.
L’incident souligne un défi croissant pour l’industrie robotique : à mesure que les machines humanoïdes deviennent plus capables de mouvements réalistes, la frontière entre démonstration contrôlée et véritable incident de sécurité s’estompe facilement aux yeux du public.
Un autre incident réel survenu le mois dernier, impliquant un robot Unitree G1, a mis en lumière les risques réels. Lors d’une démonstration en direct, le robot a effectué un coup de pied circulaire programmé tandis qu’un jeune enfant entrait dans sa zone d’opération et a été heurté. L’enfant s’est plié en deux, mais des adultes sont rapidement intervenus. L’épisode a souligné l’importance de maintenir des périmètres de sécurité autour des démonstrations dynamiques de robots.
Un robot de la taille d’un bouchon pour la dentisterie
À l’autre extrémité du spectre robotique, une équipe du Département de génie biomédical de l’Université de Bâle a publié un article dans IEEE Transactions on Medical Robotics and Bionics décrivant un prototype appelé MIR — le Miniature Intraoral Robot (robot intraoral miniature).
De la taille d’un bouchon de liège (43 × 26 × 28 millimètres, soit environ 1,7 × 1,0 × 1,1 pouce), le robot est conçu pour préparer les dents pour des couronnes dentaires de manière autonome. Ses moteurs et systèmes de commande se trouvent à l’extérieur de la bouche du patient, reliés par des arbres d’entraînement flexibles et des câbles.
Le robot fonctionne en deux étapes : une fraise plus large réduit d’abord la surface occlusale (de mastication) de la dent, puis une fraise plus fine forme les côtés. Lors de tests en laboratoire sur des dents en résine synthétique et un matériau céramique de dureté similaire à l’émail naturel, le robot a atteint une précision de positionnement de 0,2 millimètre (environ 0,008 pouce), même sans capteurs embarqués.
« Un robot capable d’opérer à l’intérieur de la bouche avec une telle précision pourrait transformer ce qui est actuellement une procédure nécessitant plusieurs visites en un seul rendez-vous », a déclaré le Dr Yukiko Tomooka, premier auteur de l’article.
La bouche du patient est d’abord scannée pour créer un plan numérique de la couronne. Une gouttière dentaire sur mesure est ensuite produite pour maintenir le robot en place. « Même si le patient tourne la tête, le MIR bouge avec lui », a ajouté Tomooka.
Les versions futures devraient intégrer des caméras et des capteurs pour un suivi en temps réel de la position, améliorant encore la précision et permettant au système de se remettre d’interruptions telles qu’une perte de courant.
Le fossé entre le battage médiatique et l’ingénierie
Considérées ensemble, ces deux histoires illustrent la crise d’identité actuelle de la robotique. La chorégraphie virale attire l’attention mais risque de déformer la compréhension qu’a le public de ce que la technologie peut et ne peut pas faire. Pendant ce temps, les progrès réels de l’ingénierie en matière de précision, de miniaturisation et d’autonomie continuent largement en dehors des projecteurs.
Le projet MIR, financé par Innosuisse en collaboration avec le Centre de médecine dentaire de l’Université de Zurich, l’Université de Berne et Camlog Biotechnologies, n’est pas encore en usage clinique. Mais il représente le type de travail robotique pratique et incrémental qui pourrait à terme avoir plus d’impact sur la vie quotidienne que n’importe quel canular viral.
Sources : Video shows humanoid robot acting ‘rogue’, ‘attacking’ coworkers (Interesting Engineering, juillet 2026) ; New dental robot attaches to patient’s teeth for drilling (CNET, juillet 2026) ; A mini robot to simplify dental treatment (Université de Bâle, juin 2026)
Traduit par Lydie

