
La Russie affirme avoir pris la ville ukrainienne de Kostiantynivka après un siège de huit mois. L’Ukraine assure que la ville est toujours sous son contrôle. Ce différend autour d’une ville en ruines de 67 000 habitants est devenu le point focal d’un débat plus large sur la possibilité d’une paix.
Une revendication contestée
Vendredi, les commandants russes ont informé Vladimir Poutine que leurs troupes avaient pris Kostiantynivka, un bastion stratégique dans la région de Donetsk. Le Kremlin a présenté cette prise comme la première grande victoire sur le champ de bataille de l’année 2026, une bonne nouvelle après des mois d’impasse.
L’état-major ukrainien a immédiatement rejeté cette affirmation. « La ville n’est pas tombée. Les combats continuent », a déclaré un porte-parole militaire. Le président Volodymyr Zelensky a fait écho à cette position dans sa déclaration publique après son entretien avec Donald Trump le 4 juillet, affirmant que les forces ukrainiennes contrôlaient toujours la ville.
Ces récits concurrents sont impossibles à vérifier de manière indépendante. Aucun des deux camps ne permet la présence d’observateurs neutres sur la ligne de front.
Une bataille prolongée
Ce qui est clair, c’est que Kostiantynivka subit un assaut russe soutenu depuis l’automne dernier. Le Groupe central des forces russes a assiégé la ville, la bombardant depuis les airs et coupant systématiquement ses lignes d’approvisionnement. En juin, les troupes ukrainiennes avaient commencé à se replier pour éviter l’encerclement. « La ville est déjà considérée comme perdue », écrivaient certains soldats ukrainiens sur les réseaux sociaux début juin.
Mais le retrait a été progressif. La percée russe s’est faite par infiltration, de petites équipes d’infanterie se déplaçant à pied pour éviter les drones ukrainiens, plutôt que par un assaut blindé décisif. Une fois retranchés dans le quartier de Chervone, au sud de Kostiantynivka, le sort de la ville était scellé.
Le taux d’avance quotidien de la Russie est tombé à seulement 2,9 km² (1,1 mille carré) par jour en 2026, contre 13,2 km² (5,1 milles carrés) en 2025, selon l’Institute for the Study of War. La prise d’une seule ville, même aussi stratégique, ne signale pas une percée plus large. Il s’agit peut-être de la première victoire stratégique de la Russie cette année, mais elle a été obtenue à un coût énorme en hommes et en matériel.
Le différend sur le cessez-le-feu
La bataille de Kostiantynivka n’est pas qu’une histoire militaire. Elle est également devenue un point de discorde diplomatique.
La Russie affirme avoir proposé un cessez-le-feu local autour de la ville pour permettre les évacuations civiles et l’accès humanitaire, et que l’Ukraine a rejeté l’offre. Les médias d’État russes ont exploité cette information comme preuve que Kyiv ne veut pas arrêter les combats.
L’Ukraine nie qu’une telle offre ait été faite de bonne foi. Le schéma est connu : la Russie a déjà déclaré des « cessez-le-feu humanitaires » autour de villes assiégées, Marioupol en 2022, Bakhmout en 2023, pour continuer à bombarder pendant la trêve supposée. Les responsables ukrainiens affirment que l’offre concernant Kostiantynivka a suivi le même scénario.
Ce différend compte parce qu’il alimente l’impasse plus large. La condition posée par la Russie pour tout règlement est le retrait complet de l’Ukraine de la région de Donetsk. L’Ukraine refuse. L’épisode de Kostiantynivka fournit aux deux camps un argument de propagande : la Russie souligne le « rejet de la paix » par l’Ukraine, l’Ukraine souligne les « fausses offres » russes.
Une guerre différente
L’un des aspects les plus frappants de la bataille de Kostiantynivka est la manière dont elle illustre l’évolution de la guerre elle-même. L’Ukraine a adopté une stratégie défensive centrée sur les drones, et certains commandants ukrainiens préfèrent d’ailleurs combattre depuis un terrain découvert derrière la ville plutôt que depuis ses ruines.
Les drones sont devenus l’arme dominante des deux côtés. Ils ont rendu presque impossible tout mouvement de blindés lourds sans détection. En mars, pour la première fois, l’Ukraine a lancé davantage de drones d’attaque à sens unique vers la Russie et les territoires occupés (7 500) que la Russie n’en a lancé vers l’Ukraine (6 500). Ce changement a contribué à ralentir l’avancée russe.
La suite dépend de la capacité des Ukrainiens à tenir la ligne au nord de Kostiantynivka. Les prochaines grandes villes sur la route russe sont Kramatorsk et Sloviansk, à environ 16 km (10 milles) plus au nord. Si la défense centrée sur les drones fonctionne en terrain découvert, la perte d’une seule ville en ruines pourrait ne pas être décisive. Si ce n’est pas le cas, la route vers la ceinture fortifiée du Donbas est ouverte.
Le contexte plus large
Le différend sur Kostiantynivka se déroule dans le contexte de l’intervention diplomatique directe de Trump. Quelques heures après les déclarations concurrentes sur la ville, Trump a eu son appel de 90 minutes avec Poutine, puis s’est entretenu avec Zelensky. Les trois dirigeants se rendent au sommet de l’OTAN à Ankara cette semaine.
Il est douteux que la bataille pour une seule ville industrielle fasse bouger les choses dans ces discussions. Mais elle a déjà rappelé que l’écart entre ce que la Russie exige et ce que l’Ukraine accepte ne s’est pas réduit. La Russie dit vouloir tout le Donetsk. L’Ukraine dit qu’elle ne cédera pas son territoire. Rien n’a changé sur ce front.
Traduit par Lydie

