
L’Iran utilise les funérailles nationales de l’ayatollah Ali Khamenei comme une tribune pour affirmer son contrôle permanent sur le détroit d’Ormuz. Des navires sont refoulés. Le CGRI diffuse des menaces. Et la nouvelle direction du pays fait comprendre que cette voie maritime ne reviendra jamais à ce qu’elle était avant la guerre.
Des funérailles comme démonstration de force
Les cérémonies funéraires du guide suprême iranien assassiné ont débuté le 4 juillet à la Grande Mosalla de Téhéran, attirant des foules immenses qui scandaient « Mort à l’Amérique, Mort à Israël ». L’événement doit durer six jours, avec le transfert du corps de Téhéran à Qom puis à Mashhad, où Khamenei sera inhumé au sanctuaire de l’Imam Reza le 9 juillet.
L’absence de Mojtaba Khamenei, le nouveau Guide suprême, est remarquée. Il n’a pas paru en public depuis l’attaque du 28 février qui a tué son père. Mais d’autres hautes figures sont très visibles. Le commandant en chef du CGRI, Ahmad Vahidi, a assisté aux funérailles, et les Gardiens de la révolution organisent l’ensemble de l’événement.
Le timing n’est pas un hasard. Les funérailles ont lieu pendant le mois de Muharram, le mois islamique du deuil, et le régime profite de cette occasion religieuse pour projeter sa force à un moment où son contrôle sur l’atout stratégique le plus important du pays est contesté.
Qui contrôle le détroit ?
Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole maritime mondial, est au cœur du conflit entre les États-Unis et l’Iran depuis le début de la guerre en février. L’Iran a effectivement fermé cette voie maritime aux ennemis et à leurs alliés, avant d’imposer des contrôles plus stricts après le cessez-le-feu.
La situation ne s’est pas apaisée. Ces derniers jours, la marine du CGRI a renouvelé ses avertissements selon lesquels les navires marchands doivent obtenir l’autorisation iranienne pour transiter. Des navires font demi-tour après avoir reçu des messages radio leur indiquant que le passage n’est « possible qu’avec l’autorisation de la marine du Sepah sur une route désignée ».
« Le porte-conteneurs SELEN a été refoulé par la marine du CGRI en raison de son non-respect des protocoles juridiques et de l’absence d’autorisation de passage », a déclaré le commandant de la marine du CGRI, Alireza Tangsiri.
Martin Kelly d’EOS Risk Group a confirmé le schéma : « Les navires font à nouveau demi-tour dans le détroit d’Ormuz après que l’Iran a réitéré que seuls les navires disposant d’une autorisation iranienne peuvent transiter. »
Les nouvelles règles
Le président du Parlement iranien et négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf, a déclaré sans ambages que « l’administration du détroit d’Ormuz ne reviendra jamais à ce qu’elle était avant la guerre ».
Selon le protocole d’accord de cessez-le-feu signé au palais de Versailles en juin, l’Iran a accepté d’assurer le passage sécurisé des navires commerciaux sans frais pendant 60 jours. Mais les conditions sont strictes : les navires doivent se coordonner pleinement avec les autorités iraniennes et utiliser uniquement les routes désignées. Le CGRI a averti que tout navire empruntant des routes « non autorisées » assume l’entière responsabilité des conséquences.
Téhéran a également établi un nouveau mécanisme institutionnel, l’Autorité du détroit d’Ormuz du Golfe Persique (PGSA), pour réguler et superviser le trafic maritime par ce goulet d’étranglement. Cela donne à l’Iran un cadre bureaucratique permanent de contrôle qui survivra à tout arrangement temporaire de cessez-le-feu.
Les enjeux économiques
Avant le conflit, 120 à 140 navires traversaient le détroit d’Ormuz chaque jour. Le trafic n’en représente qu’une fraction. L’OMI coordonne le mouvement progressif de milliers de navires bloqués dans le Golfe Persique, mais le processus est lent et dangereux.
L’impact sur les marchés pétroliers mondiaux est significatif. Le brut Brent s’échangeait déjà avec une prime de risque géopolitique avant la mort de Khamenei. Le vide de la succession et l’incertitude persistante autour de l’accès au détroit d’Ormuz ont fait grimper cette prime. L’Iran détient environ 9 % des réserves mondiales prouvées de pétrole et a produit environ 3,2 à 3,4 millions de barils par jour en 2026, dont une grande partie destinée à la Chine via des dispositifs de contournement des sanctions.
Les États-Unis ont accordé des dérogations de sanctions permettant à l’Iran d’exporter du pétrole brut, offrant ainsi à la nouvelle direction un certain répit économique. Mais la question plus large de qui contrôle le détroit, et à quelles conditions, reste non résolue.
Ce que pensent les États du Golfe
Les États arabes du Golfe observent les funérailles, et la situation à Ormuz, avec une profonde inquiétude. Avant la guerre, ils comptaient sur la marine américaine pour maintenir le détroit ouvert. Cette hypothèse a volé en éclats.
« Beaucoup de ces pays espéraient que les bases militaires américaines sur leur territoire leur apporteraient la sécurité, pas qu’elles en feraient des cibles », a déclaré Ali Vaez de l’International Crisis Group. « Les États du Golfe remettent désormais en question la crédibilité du parapluie de sécurité américain. »
L’Arabie saoudite préparerait un sommet de réconciliation avec l’Iran et ses voisins du Golfe. Mais la tension fondamentale persiste : les États du Golfe dépendent du détroit d’Ormuz pour leurs exportations pétrolières, et l’Iran signale son intention de contrôler l’accès indéfiniment.
Des funérailles et un avertissement
Les funérailles de Khamenei sont un moment de deuil national. C’est aussi une opération politique. Le CGRI démontre sa capacité à gérer un événement public massif tout en projetant simultanément sa force sur l’une des voies maritimes les plus importantes au monde. Le message adressé tant au public national qu’aux puissances étrangères est le même : c’est un nouvel Iran, et il fixera ses propres conditions.
Traduit par Lydie

