Les Trois Jamais : pourquoi les calculs militaires de la Chine pour une invasion de Taïwan ne tiennent pas

La machine de propagande de Pékin présente l’invasion de Taïwan comme inévitable. Les calculs militaires disent le contraire.

Dans une analyse détaillée publiée mercredi par War on the Rocks, Jay McVann, officier de la marine américaine et ancien instructeur TOPGUN, avance un argument froid : un assaut amphibie chinois contre Taïwan exigerait de la Chine qu’elle accomplisse trois opérations militaires distinctes qu’aucune force armée moderne n’a jamais réussies face à des défenses préparées. Le seuil n’est pas la défaite. C’est la survie. Et les chiffres ne sont pas du côté de la Chine.

Le Premier Jamais, un débarquement amphibie face à des missiles de croisière côtiers

Aucun débarquement amphibie de l’histoire n’a été tenté contre un système de défense côtière équipé de missiles de croisière modernes. Le Jour J, les Alliés ont fait face à une artillerie côtière avec une portée effective maximale d’environ 24 kilomètres. Taïwan déploie le Hsiung Feng II, avec une portée de 121 à 150 kilomètres, et le Hsiung Feng III, qui atteint 402 kilomètres. Ces systèmes sont mobiles, difficiles à localiser, et conçus pour engager des cibles navales en mer avant qu’elles n’atteignent la plage.

Le plan amphibie chinois repose fortement sur des ferries civils ro-ro pour transporter troupes et équipement à travers le détroit. Ces navires ne sont pas conçus pour le combat. Ils ont de grands ponts-véhicules ouverts, peu de coupe-feu, et sont chargés de carburant et de munitions. En avril 2021, un incendie à bord du navire ro-ro chinois Zhong Hua Fu Qiang a démontré exactement la fragilité de ces bâtiments. Un missile bien placé sur une seule coque élimine le personnel et l’équipement de près de deux bataillons. L’attrition n’est pas linéaire. Elle se cumule.

Les défenses en profondeur de Taïwan comprennent des batteries mobiles de missiles de croisière côtiers, des mines navales, des missiles antinavires lancés depuis des aéronefs et des navires de guerre, ainsi qu’un inventaire croissant de drones d’attaque. Pour qu’une force de débarquement survive à l’approche, elle doit d’abord les supprimer ou les détruire tous. C’est la première chose que personne n’a jamais faite.

Le Deuxième Jamais, un largage aéroporté à grande échelle face à des défenses aériennes modernes

La doctrine de l’Armée populaire de libération appelle à un « débarquement tridimensionnel » qui place des troupes aéroportées derrière les défenses taïwanaises comme une nécessité, pas une option. La Chine ne dispose pas d’assez de capacités de débarquement amphibie pour déployer des forces lourdes par la mer seule. Les parachutistes sont le pont.

Les parachutistes du Jour J ont sauté sous le feu des mitrailleuses et l’artillerie antiaérienne. Dangereux, certes. Mais l’historien John Keegan a écrit que, quelques années après la généralisation des missiles guidés sol-air et air-air, « aucun général n’envisagerait d’envoyer des formations en masse contre des positions préparées ». Ce jugement n’a pas été testé. Une invasion de Taïwan le testerait.

Les menaces pesant sur un largage massif incluent des réseaux de défense aérienne intégrés avec des radars d’alerte précoce, des avions de chasse, des batteries de missiles sol-air, et des missiles portables de type Stinger qui suivent par infrarouge et sont presque impossibles à supprimer de manière préemptive. Les zones de largage adaptées à Taïwan sont rares. Le terrain est montagneux et urbain. Trouver un espace plat et ouvert assez grand pour un largage de la taille d’une brigade qui ne soit pas couvert par un missile sol-air ou une mitrailleuse est un problème de géométrie sans bonne réponse.

Le Troisième Jamais, un assaut aérien opposé à grande échelle et à distance extrême

Des forces héliportées venant de la Chine continentale ou de navires déployés en avant devraient traverser le détroit de Taïwan sous le feu, puis s’insérer dans des zones défendues à l’extrémité de leur autonomie de carburant. Aucune armée n’a jamais tenté un assaut aérien opposé de cette ampleur et à cette distance contre une défense aérienne capable.

Pourquoi la disruption l’emporte sur la destruction

Taïwan n’a pas besoin de vaincre la force d’invasion. Elle doit seulement survivre assez longtemps pour briser la séquence. Les trois opérations doivent se produire en coordination précise. Un largage aéroporté qui arrive avant le débarquement amphibie arrive seul. Un assaut héliporté qui perd la moitié de ses appareils à mi-chemin du détroit. Un navire ro-ro en feu à 80 kilomètres de la plage. Chacun de ces scénarios crée une fenêtre que les défenseurs taïwanais peuvent exploiter.

Les calculs de capacité de transport sont sans appel. La marine de l’APL peut déployer environ 21 000 soldats dans la première vague, soit une brigade lourde, ou environ trois brigades si elle utilise des ferries civils. Taïwan dispose de sept brigades interarmes actives et de 20 brigades d’infanterie de réserve. La doctrine militaire veut que l’attaquant ait besoin d’un avantage de 3:1 pour réussir contre des défenses préparées. La Chine enverrait trois brigades contre sept ou plus.

L’argument n’est pas que la Chine ne peut pas essayer. C’est que le scénario d’invasion que Pékin présente comme une fatalité dépend de trois exploits qu’aucune armée moderne n’a jamais réalisés. La première fois serait la pire possible.

Traduit par Lydie

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