Israël agit sur trois fronts tandis que le Parti démocrate se détache de la Palestine

Israël agit sur trois fronts à la fois. Lundi, ses avions ont frappé le sud du Liban, deux jours après que le gouvernement a signé un accord-cadre négocié par les États-Unis censé mettre fin aux hostilités. Le même jour, ses bulldozers sont entrés dans le village de Zububa, en Cisjordanie occupée, et ont renversé des oliviers qui tenaient là depuis des générations. Et à Beyrouth, le chef du Hezbollah a publiquement rejeté l’accord, y voyant une capitulation de la souveraineté libanaise. Chacune de ces actions a son propre poids. Ensemble, elles décrivent un gouvernement qui mène la guerre, étend les colonies et négocie des trêves en même temps, traitant ces actions comme des activités séparées plutôt que comme des contradictions.

Une semaine n’est pas longue en diplomatie. Mais elle suffit pour en briser une. L’accord-cadre entre Israël et le Liban, annoncé avec le langage habituel de la percée historique, a duré environ soixante-douze heures avant les premières frappes aériennes sur Nabatieh Al-Fouqa. L’Agence nationale d’information libanaise a rapporté quatre frappes. Une personne a été tuée. Deux autres ont été blessées. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, comme pour signifier que l’accord n’avait jamais eu pour but d’arrêter les opérations militaires, a ordonné à Tsahal de se préparer à ce qu’il a appelé un séjour prolongé au Liban et a conditionné tout retrait au désarmement du Hezbollah dans tout le Liban. Cette dernière condition ne figure pas dans l’accord. Elle a été ajoutée après coup, comme une glose privée sur un document public, et elle clarifie tout.

La réponse du Hezbollah est venue la veille des frappes. Naim Qassem, le secrétaire général du groupe, s’est tenu devant ses partisans dans la banlieue sud de Beyrouth et a rejeté l’accord en des termes qui n’admettaient aucun compromis. Il l’a qualifié d’humiliant, de honteux et de capitulation de la souveraineté. « Nous continuerons en tant que résistance sur le terrain pour vaincre l’occupation », a-t-il déclaré. « Nous n’avons pas quitté le terrain dans des circonstances difficiles et nous ne l’abandonnerons pas. » La foule rassemblée pour l’entendre n’était pas petite. C’était le visage public d’un rejet que la diplomatie privée n’avait pas réussi à empêcher. L’accord, quel que soit son texte, existe désormais aux côtés d’un bombardement continu, d’une exigence de désarmement unilatéral et d’une intention déclarée de rester. On ne sait plus quel travail ce document accomplit.

En Cisjordanie, la même semaine, les forces israéliennes sont entrées à Zububa, un village à l’ouest de Jénine, et ont bulldozé des oliveraies. Les oliviers en Palestine ne sont pas de simples actifs agricoles. Ce sont des titres de propriété écrits en racines et en troncs. Un arbre qui tient depuis cinquante ou cent ans est une preuve de présence, de culture, de revendication. Le renverser, c’est dire que celui qui l’a planté ne possède pas la terre, ne lui appartient pas et ne pourra pas la garder. Les démolitions à Zububa suivent un schéma récurrent. Elles se produisent en plein jour. Elles sont documentées. Elles ne sont pas punies.

Ces trois actions du même gouvernement la même semaine dressent un tableau que la diplomatie ne peut pas lisser. Israël frappe le Liban tout en exigeant le désarmement. Il bulldoze la Cisjordanie tout en appelant à la stabilité. Il négocie tout en s’expandant. La simultanéité n’est pas un problème d’emploi du temps. C’est la politique.

De l’autre côté de l’Atlantique, dans le même cycle d’actualité, le système politique américain a enregistré les conséquences. Les élections primaires dans l’État de New York et l’Illinois fin juin ont produit des résultats interprétés comme un signal. Trois candidats démocrates insurgés soutenus par des groupes progressistes ont remporté leurs primaires, et dans chaque course, la position du candidat sur Israël était un sujet déterminant. L’AIPAC, l’organisation de lobbying pro-israélienne qui a dépensé massivement dans les primaires démocrates, a soutenu quatre candidats dans l’Illinois et n’en a fait élire que deux. Les chiffres derrière ces changements sont frappants. Un sondage NBC News a révélé que seulement 13 % des démocrates ont une opinion positive d’Israël. Près de 60 % en ont une opinion négative.

La comparaison faite au sein du parti est celle de la guerre en Irak. Ce conflit, au milieu des années 2000, a fonctionné comme un mécanisme de tri qui a séparé les démocrates établis de l’aile anti-guerre et a fini par remodeler le consensus du parti en matière de politique étrangère. La question aujourd’hui est de savoir si le conflit israélo-palestinien remplit la même fonction. Il est devenu un test décisif, comme l’a dit un observateur. Les candidats qui critiquent la politique israélienne gagnent les primaires. Les candidats soutenus par les groupes qui ont longtemps défini l’orthodoxie pro-israélienne du parti les perdent. Les élections de mi-mandat de novembre 2026 révéleront si ces résultats de primaires se traduisent par une force ou une faiblesse lors des élections générales. Mais la direction au sein du parti est claire.

Le lien entre la simultanéité militaire et le changement politique n’est pas causal au sens où une gâchette tire une balle. Il est structurel. Les mêmes actions qui produisent des victimes civiles dans le sud du Liban et la perte d’arbres en Cisjordanie produisent aussi des coûts politiques au sein du parti américain qui fournit les armes, la couverture diplomatique et le financement. Ces coûts s’accumulent à chaque cycle. Un taux d’approbation de 13 % chez les démocrates ne tombe pas par hasard. C’est le produit accumulé d’années d’images, de rapports et de votes. La semaine des trois fronts est un point de données de plus dans cette accumulation.

Ce qui est visible maintenant, c’est un gouvernement en Israël qui agit sur tous les fronts à la fois et un parti politique aux États-Unis qui se déplace lentement, inégalement mais mesurablement vers une posture de distance. Les deux processus se déroulent dans la même temporalité, et l’un ne peut être compris sans l’autre.

Traduit par Lydie

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