
Le chef de la police de la ville de Gaza est mort. Un drone a tiré trois missiles sur sa voiture jeudi dans le quartier de Sheikh Ajleen et l’a tué sur le coup. L’État qui a tiré ce drone l’a qualifié de terroriste. Qui est donc désormais l’État terroriste ?
Le ministère de l’Intérieur de Gaza a identifié le défunt comme étant le chef de la police Jamal Abu Kamil, 43 ans. Les équipes du Croissant-Rouge palestinien ont indiqué que l’appareil avait visé son véhicule et l’avait tué sur le coup, en blessant d’autres personnes à proximité. L’armée israélienne a publié sa propre vidéo de la frappe et a affirmé que le défunt appartenait au Hamas et avait participé à l’assaut du 7 octobre. Les deux versions ne concordent pas.
Une seconde frappe, le même jour, a touché deux hommes à moto près de Khan Younis, tuant l’un d’eux. Israël a affirmé que la cible était un commandant du Hamas qui préparait une attaque contre ses soldats. Au moins deux personnes sont mortes jeudi et plusieurs autres ont été blessées. Les frappes sont survenues quelques jours après que Benjamin Netanyahu a refusé le plan en quinze points soutenu par les États-Unis, qui prévoyait le désarmement du Hamas tandis que les forces israéliennes se retiraient de Gaza, et elles ont rompu une accalmie de plus d’une semaine.
L’assassinat de chefs de la police devient une habitude. Fin juillet, des frappes israéliennes ont tué Abdel-Nasser al-Maqadma, le chef de la police du nord de Gaza. Ce sont eux qui maintiennent l’ordre dans un endroit où il ne reste presque plus rien d’autre.
Le mot « terroriste » est le mot le plus puissant de cette guerre, car c’est le mot qui autorise à tuer. Qualifiez un homme de terroriste et la frappe de drone qui le vise devient légitime, la vidéo devient une preuve, la mort devient un succès. Chaque camp de cette guerre emploie ce mot pour désigner ses ennemis. Israël traite les membres du Hamas de terroristes. Le Hamas et ses partisans traitent l’État israélien d’État terroriste. Le mot a été étiré au point de devenir si mince qu’il décrit désormais un policier.
Réfléchissons à ce qu’était le métier d’Abu Kamil. Un chef de la police de la ville de Gaza ne commande ni roquettes ni tunnels. Il s’occupe de la circulation, enquête sur les vols, tente de maintenir un semblant d’ordre dans une bande de terre bombardée depuis des années. Si ses assassins ont raison et qu’il était aussi un commandant ayant participé à l’attaque du 7 octobre, l’État qui l’a tué éliminait un ennemi. Si le ministère de l’Intérieur a raison et qu’il était un policier, l’État a tué un fonctionnaire. Dans les deux cas, le mot utilisé pour justifier la frappe était « terroriste », l’homme était un chef de la police, et le drone a tiré quand même.
C’est à cela que sert la question posée dans le titre. Elle est littérale : dans une guerre où un homme dont le métier est l’ordre public peut être tué par un État qui le traite de terroriste, que signifie encore ce mot ? Qui a le droit de l’employer ? Au vu des événements de jeudi, quiconque possède un drone et une caméra vidéo.
Le tableau général n’est pas meilleur. Le plan américain est rejeté, et le désarmement qui devait mettre fin aux combats est refusé. Le Hamas affirme que l’accord n’avancera que si Israël honore sa part, en se retirant et en cessant les frappes. Rien de tout cela ne s’est produit cette semaine. Au contraire, les frappes ont repris, le chef de la police est mort, et le mot a été employé à nouveau.
La question répond d’elle-même. Personne n’a besoin de la poser à voix haute. Mais puisque le mot « terroriste » sert désormais à décrire un homme qui maintenait l’ordre dans la ville de Gaza, elle peut être posée en public, sans guillemets, par quiconque croit encore que les mots doivent avoir un sens.
Traduit par Lydie
Sources: Al Jazeera, The National, Xinhua (via NAMPA), RFI

