L’auvent dans la cour : le lent démantèlement du statu quo d’Al-Aqsa

En juillet, la police israélienne a construit un abri dans l’enceinte de la mosquée Al-Aqsa. La Jordanie l’a qualifié d’auvent illégal, dressé pour ombrager les visiteurs colons pendant qu’ils arpentaient les cours. Un auvent est une petite chose. Il ne déplace pas les murs et ne change pas les frontières. Mais les hommes qui surveillent ce lieu le lisent comme des gardes-frontières lisent une clôture déplacée d’un mètre à la fois.

Al-Aqsa est le troisième lieu saint de l’islam, et son administration est l’un des biens immobiliers les plus minutieusement organisés de la planète. L’enceinte est administrée par une fondation religieuse que la Jordanie finance et contrôle, dans le cadre d’un arrangement avec Israël inscrit dans le traité de paix de 1994. Les juifs ne prient pas dans l’enceinte ; ils prient au mur des Lamentations, en contrebas. La garde du site remonte aux années 1920, lorsque des chefs religieux de Palestine ont confié la garde à Sharif Hussein bin Ali, qui a réuni des fonds dans tout le Moyen-Orient pour restaurer la mosquée, avant de mourir en 1931 ; sa tombe se trouve dans l’enceinte du site.

L’érosion a été répertoriée en détail par ceux qui veillent sur le site. Depuis le déclenchement de la guerre à Gaza en octobre 2023, les groupes de colons pénètrent dans l’enceinte en nombre croissant pour prier et accomplir des rites. Les restrictions imposées aux fidèles musulmans se sont durcies. À l’Aïd, pendant le Ramadan de cette année, Israël a fermé le site sans aucune exception, ce qui ne s’était pas produit depuis soixante ans. Les travaux d’excavation près de l’enceinte se poursuivent. À Jérusalem-Est, les démolitions de maisons palestiniennes ont augmenté. Un ministre a mené des prières juives dans l’enceinte, une première. Puis est venu l’auvent, et avec lui la question de ce qui reste de l’ancien arrangement.

Le 5 août, le comité de la Ligue arabe que la Jordanie préside depuis 2017 s’est réuni à Amman. L’Égypte, l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Irak, la Tunisie, l’Algérie, la Somalie, le Maroc et la Palestine ont envoyé leurs ministres des Affaires étrangères ; le Pakistan, la Turquie, la Malaisie et l’Indonésie ont envoyé des ministres ou des adjoints. Leur communiqué indique qu’Israël cherche à modifier le statu quo historique et juridique du site et à lui imposer une division temporelle et spatiale. Ils ont déclaré Al-Aqsa lieu de culte exclusivement musulman, les départements religieux jordaniens détenant seuls l’autorité légale sur le site. Le chef de la diplomatie jordanienne, Ayman al-Safadi, a déclaré que les violations poussent la région vers l’explosion d’un conflit religieux impossible à contenir. Le prince Faisal bin Farhan, ministre saoudien des Affaires étrangères, a déclaré que Riyad refuse d’invoquer la liberté religieuse pour justifier un nouvel ordre politique à Jérusalem.

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Les avertissements se sont durcis au cours de la semaine écoulée. Un ministre jordanien a déclaré à The Independent qu’une prise de contrôle de la mosquée par Israël est imminente. Le média allemand DW a rapporté le 8 août que des informations en provenance de Jérusalem suggèrent que les autorités israéliennes sont en train de prendre le contrôle du site, et que des experts estiment que l’issue pourrait aller de la guerre au terrorisme, en passant par l’effondrement des liens diplomatiques. L’éventail des possibilités est large ; la direction, elle, ne l’est pas.

Remarquez ce qui manque au dossier : toute réaffirmation israélienne du statu quo. Les gouvernements qui veulent préserver un arrangement le disent, haut et fort, et souvent. Celui-ci ne le dit pas, parce qu’une partie de ses membres ne le veut pas. L’ancien ordre ne survit qu’aussi longtemps que les deux parties feignent de croire qu’il existe, et l’une d’elles a cessé de feindre.

La réponse arabe, quant à elle, est une machine à produire des communiqués. Chaque réunion répète les mêmes faits et les mêmes avertissements dans le même langage prudent. L’écart entre ce que les gouvernements arabes disent et ce qu’ils peuvent faire n’a jamais été aussi grand : les capitales réunies à Amman sont les mêmes qui observent la guerre avec l’Iran, le détroit fermé et la réorganisation des routes énergétiques de la région. Aucune d’entre elles n’ira en guerre pour un auvent, et tout le monde dans la salle le sait.

La question que DW a posée, que se passera-t-il si Israël prend Al-Aqsa, reçoit une réponse par épisodes. La prise de contrôle n’a pas besoin de se produire comme une saisie unique. Elle peut arriver sous la forme d’un auvent, d’une fermeture, d’un office de prière, d’un nouveau gardien de porte. La Jordanie détient les clés. Israël détient les portes. Chaque mois, les portes s’ouvrent un peu plus grand, et les hommes d’Amman rédigent un nouveau communiqué pour dire ce que tout le monde sait déjà.

Traduit par Lydie

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