Le projet de loi d’un sénateur défunt : le Sénat remet à Trump une arme tarifaire dirigée contre la Russie

Le Sénat américain a adopté vendredi le paquet de sanctions contre la Russie le plus vaste de la guerre, par 86 voix contre 11, et a remis au président une arme qui n’avait rien à voir avec les frontières de la Russie : l’autorité d’imposer des droits de douane allant jusqu’à 100 % sur les cinq plus gros clients du pétrole et du gaz naturel russes. Le texte porte le nom de Lindsey Graham, le sénateur de Caroline du Sud qui a passé un an à le négocier et qui est mort un jour après avoir annoncé l’accord conclu avec la Maison-Blanche. Le vote a été le point culminant de sa campagne ; la clause tarifaire est la partie qui occupera les juristes pendant des années.

Le paquet fait ce que son nom promet. Il nomme le président Vladimir Poutine, ses hauts responsables et ses généraux, les banques au service du Kremlin et les grands projets énergétiques du pays. Il accentue la pression sur les pétroliers vieillissants que la Russie réimmatricule pour contourner les restrictions actuelles. La Maison-Blanche peut écarter ces mesures si elle certifie au Congrès qu’une dérogation sert l’intérêt national. Et il confère au président l’autorité tarifaire, avec une exception pour les pays qui achètent moins de 15 % de leur gaz à la Russie et réduisent activement cette part. La Chine et l’Inde, les deux plus gros clients de l’énergie russe, sont les cibles évidentes.

Le vote était bipartisan, mais l’unanimité était plus mince que ne le laissait penser le décompte. Le pouvoir tarifaire a inquiété les démocrates et certains républicains, qui ont fait valoir qu’il permettrait au président d’augmenter les prix pour les consommateurs américains en pleine guerre commerciale. Un amendement des sénateurs Rand Paul et Ron Wyden visant à supprimer l’autorité tarifaire a échoué, par 32 voix contre 64. Le sénateur Raphael Warnock a retenu l’adoption du texte jusqu’à ce que l’administration, par l’intermédiaire du représentant américain au commerce, lui donne un engagement écrit selon lequel les droits seraient levés dès que ces pays mettraient fin à leurs achats ou à leur aide pour contourner les sanctions. Le principal démocrate de la commission des affaires étrangères de la Chambre a averti que le projet de loi permettrait au président Trump d’esquiver l’obligation de demander des comptes à la Russie tout en imposant encore davantage de droits de douane, et de rejeter les coûts sur les ménages américains.

Le contexte politique du moment était impossible à ignorer. Le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy avait visité le Capitole la semaine précédente, après les funérailles de Graham, rencontrant des sénateurs des deux partis et assistant depuis la tribune aux votes de procédure d’ouverture. Au cours du débat, les sénateurs ont invoqué le nom de Graham à de nombreuses reprises. Sa sœur, Darline Graham, nommée par le gouverneur de Caroline du Sud pour occuper son siège, a déclaré que la législation frappe Poutine là où cela fait mal. Les démocrates qui avaient passé des mois à négocier avec le sénateur défunt ont décrit le vote comme un message adressé à Kiev comme à Moscou : la réponse du Sénat à quatre ans de guerre n’est pas moins de pression, mais plus. Richard Blumenthal, le démocrate du Connecticut qui a codirigé l’effort avec Graham, l’a présenté dans les mêmes termes, déclarant à la chambre que le vote disait au peuple ukrainien qu’il n’était pas seul et à Vladimir Poutine qu’il ne le vaincrait pas. Jeanne Shaheen, la principale démocrate de la commission sénatoriale chargée de la politique étrangère, a averti que chaque recul américain devant une action ferme invite à une escalade russe, et a fait valoir que le calendrier comptait : faire adopter le projet de loi avant les propres élections de la Russie met la pression sur Poutine pour qu’il prenne les négociations de paix au sérieux.

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Le projet de loi va maintenant à la Chambre, qui n’est pas en session et ne l’examinera pas avant sa reprise fin août. Le président Trump a signalé son soutien, y compris aux dispositions concernant l’Iran, et presse la Chambre de l’adopter rapidement. Ce délai compte. La guerre se poursuit, et chaque mois d’attente est un mois durant lequel l’outil le plus puissant du texte reste inutilisé sur un bureau. Le Sénat a fait sa part vendredi. La Chambre décidera si l’arme sera jamais déchargée, et la Maison-Blanche décidera contre qui.

Traduit par Lydie

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