Gérer la frontière, pas la résoudre : la 36e session du dialogue frontalier indo-chinois

La 36e réunion du mécanisme frontalier indo-chinois n’a produit aucune percée vendredi, parce qu’aucune n’était prévue. Elle a produit une déclaration d’intention : maintenir la frontière calme, continuer à dialoguer et tenir le mécanisme debout jusqu’en septembre, quand Xi Jinping est attendu à New Delhi pour le sommet des BRICS, sa première visite en Inde depuis 2019.

Le forum de consultation frontalier des deux pays, le WMCC, s’est réuni à New Delhi jeudi, mené côté indien par Sujit Ghosh, secrétaire adjoint pour l’Asie de l’Est au ministère des Affaires étrangères, et côté chinois par Hou Yanqi, directrice générale du département des affaires frontalières et océaniques. Des responsables des agences des affaires étrangères, de la défense, de l’intérieur et de l’immigration des deux pays y ont pris part.

Le communiqué, publié par le ministère indien des Affaires étrangères, était délibérément banal. Les deux parties ont dit avoir engagé des discussions franches et avoir passé en revue la situation le long de la ligne de contrôle effectif. Elles ont souligné que le maintien de la paix et de la tranquillité dans les zones frontalières est essentiel au développement global des relations bilatérales. Elles sont convenues de continuer à utiliser les canaux existants, du mécanisme de travail lui-même jusqu’aux réunions locales des commandants, pour régler ce qui reste en suspens et prévenir toute erreur de calcul le long de la ligne.

Sous cette surface placide se tiennent deux conversations réelles. La première est technique. Les deux parties ont parcouru l’ordre du jour permanent : où doit passer la frontière, comment elle est gérée, quelles institutions existent pour la traiter et comment coopérer à travers elle, le tout dans le prolongement de la 24e réunion des Special Representatives tenue à New Delhi en août dernier. L’Inde a de nouveau insisté pour la convocation du groupe d’experts chargé des fleuves transfrontaliers et demandé à la Chine de partager les détails techniques sur les projets en amont, une demande qui pèse lourd en raison des projets de Pékin de construire un immense barrage hydroélectrique sur le Yarlung Zangbo, le fleuve qui devient le Brahmapoutre en Inde. Pékin répète que le barrage ne nuira pas aux pays en aval ; New Delhi veut les chiffres sur la table, pas les assurances.

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La seconde conversation porte sur le calendrier. Le dernier dialogue des Special Representatives, entre le conseiller à la sécurité nationale Ajit Doval et le ministre des Affaires étrangères Wang Yi, a produit un consensus en dix points en août 2025. Depuis, les deux pays ont retiré leurs troupes des derniers points de friction dans l’est du Ladakh en vertu de l’accord d’octobre 2024 sur Depsang et Demchok, et se sont rencontrés régulièrement à travers le mécanisme, plus récemment à Pékin en mai. Les deux capitales ont passé six ans à bâtir cette routine, et aucun des deux côtés ne montre d’intérêt à l’abandonner. Chaque pas a été petit. C’est le dessein : après l’affrontement de Galwan en 2020, les deux gouvernements ont conclu que la frontière ne serait pas réglée, seulement gérée, et que la gérer assez bien était la condition de tout le reste.

Le sommet est le test. La visite de Xi, attendue mais pas encore formellement confirmée, serait sa première en Inde depuis Mamallapuram en 2019, et la première d’un dirigeant chinois dans une décennie marquée par des soldats tués dans les montagnes. L’invitation de l’Inde était la pièce maîtresse de sa présidence des BRICS, et les deux parties veulent la photo et la poignée de main, ce qui signifie que les deux parties veulent une frontière calme en septembre. La 36e réunion était la tuyauterie de ce moment : pas de drame, pas de nouveau mécanisme, juste deux gouvernements qui re-huilent les canaux pour que la plus grande réunion bilatérale de l’année ne soit pas déraillée par un différend de crête qu’aucune des deux parties ne croit de toute façon résoluble.

La déclaration de vendredi s’est terminée là où elle avait commencé, avec la phrase familière sur la paix et la tranquillité. Ce n’était ni un aveu de succès ni une promesse de résolution. C’était un calendrier : garder la frontière gérable jusqu’à ce que les dirigeants se rencontrent, puis la gérer à nouveau après.

Traduit par Lydie

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