Un couloir sûr à travers Ormuz : l’accord discret de Téhéran avec Oman

L’Iran a annoncé un accord avec Oman qui devrait ouvrir un couloir de navigation à travers le détroit d’Ormuz, en prenant soin de préciser qu’il ne s’agit pas de la paix. La route n’existe que sur le papier : ses coordonnées sont arrêtées et une déclaration conjointe en est à sa phase finale de rédaction. Ce qui la rendrait réelle, insiste Téhéran, manque toujours : la fin du blocus naval américain.

L’annonce a été faite mercredi par Esmaeil Baqaei, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, qui s’exprimait par l’intermédiaire de l’agence de presse d’État IRNA. Il a déclaré que les deux pays s’étaient mis d’accord sur les coordonnées géographiques d’un corridor à travers le détroit pour la navigation marchande et achevaient une déclaration conjointe sur ses conditions. Un vice-ministre des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a ajouté que la route serait temporaire, pour une durée de deux à quatre mois. Les responsables iraniens n’ont pas précisé si un droit de passage envisagé sur les navires traversant le détroit, point de litige avec les États-Unis, faisait partie de l’arrangement.

Baqaei a ensuite rappelé la portée limitée de l’accord. Il a déclaré que l’accord à lui seul ne rendrait pas le transit sûr, en raison du blocus naval et d’autres actions agressives et menaçantes de la partie américaine contre l’Iran et ses intérêts. En d’autres termes : le couloir est convenu, mais la guerre n’est pas finie.

Le détroit est le point de passage énergétique le plus important au monde : il voit transiter environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié transportés par voie maritime. Depuis les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran à la fin du mois de février, Téhéran l’a en grande partie fermé. Tout navire doit désormais obtenir une autorisation préalable iranienne pour passer, et les bâtiments qui ont fait l’impasse sur cette formalité ont été attaqués. Le trafic s’est effondré, passant d’environ 130 navires par jour avant la guerre à moins de dix. Le blocus fait désormais partie du paysage : il est appliqué par l’Iran sur le détroit et par les États-Unis sur les ports iraniens, tandis que les houthistes mènent depuis la fin du mois de juillet un blocus distinct des ports saoudiens en mer Rouge.

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L’effondrement a produit ce que les blocus produisent toujours : une hausse des prix et une propagation des pénuries. Le brut Brent a par moments dépassé 90 dollars le baril, et des gouvernements, de l’Europe à l’Asie en passant par l’Afrique, ont instauré des règles de rationnement du carburant et d’économies d’énergie.

Ce n’est pas la première tentative de rouvrir cette voie d’eau. En juin, l’Iran et les États-Unis ont signé un mémorandum d’entente aux termes duquel les deux parties devaient cesser les tirs, rouvrir le détroit et mettre fin à la guerre dans un délai de soixante jours. Il s’est effondré en quelques jours et les attaques de représailles ont repris. Le souvenir de cet échec plane sur chacun des nouveaux arrangements.

Les États-Unis n’ont pas commenté l’accord conclu avec Oman. Le président Trump a averti mardi que l’Iran serait frappé très durement si le détroit restait fermé, tandis que de hauts responsables américains ont déclaré que les pourparlers avaient suffisamment progressé pour que les cargaisons puissent reprendre dès cette semaine. Téhéran répète qu’il ne parle pas à Washington et affirme qu’il n’entamera pas de pourparlers.

En clair, l’accord avec Oman est une modeste manœuvre de navigation dans une guerre qui ne s’arrête pas. Un couloir à travers un détroit bloqué, ouvert pour quelques mois, convenu avec un voisin, tenu à l’écart de la question américaine. Oman, qui partage la voie d’eau avec l’Iran, remet une partie du trafic en mouvement et obtient un rôle dans la gestion de la crise. Téhéran obtient la démonstration qu’il peut ouvrir le détroit à ses propres conditions, sans marchander avec Washington.

La question est de savoir si le couloir survivra au contact avec le blocus. Un accord entre l’Iran et Oman peut tracer une route sur une carte. Il ne peut pas déplacer les navires de guerre chargés de faire respecter le blocus, et tant qu’ils ne seront pas partis, un couloir sûr à travers Ormuz n’est qu’un morceau de papier dans un champ de tir.

Traduit par Lydie

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