Nissan renoue avec les bénéfices. Le problème est ailleurs

Nissan est de nouveau dans le vert. L’entreprise a annoncé lundi un bénéfice net de 3,8 milliards de yens (environ 24 millions de dollars) pour le trimestre clos en juin, son premier bénéfice trimestriel en deux ans. Un an plus tôt, elle avait perdu 115,8 milliards de yens. Le redressement est réel, mais modeste : 24 millions de dollars, c’est à peu près ce que cette entreprise dépense avant le petit-déjeuner. Nissan vend trois millions de voitures par an. Le bénéfice est réel ; ce n’est pas encore une marge de sécurité.

Le chiffre d’affaires raconte la même histoire, vue de l’autre côté. Les ventes ont atteint 2 960 milliards de yens, en hausse de 9,5 % sur un an, portées par les réductions de coûts, la faiblesse du yen et des gains exceptionnels liés aux droits de douane américains de l’an dernier. Le résultat d’exploitation est passé d’une perte de 79,1 milliards de yens à un bénéfice de 77,9 milliards de yens. Le plan de restructuration, Re:Nissan, a dégagé 60 milliards de yens d’économies en un seul trimestre. C’est une entreprise qui est revenue au bénéfice à coups de réductions, et les réductions fonctionnent jusqu’au jour où elles cessent de fonctionner.

Deux tempêtes, toujours à l’horizon

Le directeur général, Ivan Espinosa, a déclaré aux journalistes que les réductions de coûts prenaient de l’ampleur, avec des ventes en hausse aux États-Unis et au Japon tandis que des difficultés persistaient ailleurs. Dans cette phrase, le mot ailleurs pèse lourd.

La Chine est la première tempête. Les ventes de Nissan y sont mises sous pression par les constructeurs chinois, qui ont pris l’avance sur les véhicules électriques et ne l’ont jamais reperdue. L’entreprise a réduit sa prévision de ventes mondiales pour l’année, de 3,3 millions de véhicules à 3,15 millions, et a déclaré sans détour que la Chine en était la raison. Elle dépense sans compter pour s’implanter sur le marché chinois des véhicules électriques, avec de nouveaux modèles, et promet un retour de la croissance à partir de 2027. C’est une promesse dont il faudra attendre la tenue.

If you value careful, fact-driven reporting, consider supporting 1ban.news.

Become a supporter

La deuxième tempête, c’est la guerre en Iran. Le détroit d’Ormuz, fermé de fait depuis le début des combats, est une voie essentielle pour les exportations japonaises vers le Moyen-Orient, et les ventes de Nissan dans la région en ont souffert. L’entreprise compte l’incertitude géopolitique au Moyen-Orient parmi les vents contraires externes pesant sur ses prévisions annuelles, aux côtés de la hausse des coûts des matières premières. Pour un constructeur automobile japonais, la guerre n’est pas une actualité lointaine. C’est une route maritime, une région de vente et une ligne dans le rapport de résultats.

Les points positifs, et leurs failles

Les États-Unis sont la véritable bonne nouvelle. Nissan se présente comme la marque généraliste qui croît le plus vite sur ce marché depuis dix mois, avec seize mois consécutifs de hausse des ventes au détail d’une année sur l’autre et des ventes en hausse de près de 10 % sur le trimestre. Mais le marché américain s’accompagne de droits de douane. Le prélèvement initial de 27,5 % sur les voitures japonaises, imposé par Washington, a été négocié à la baisse jusqu’à 15 %, soit encore six fois le taux de 2,5 % d’avant Trump, et il se répercute sur le coût des matériaux. Le bénéfice que Nissan conserve dépend en partie de ce que le gouvernement américain l’autorise à conserver.

Le Japon se redresse grâce aux nouveaux modèles, avec des carnets de commandes bien garnis pour les Kicks et Elgrand redessinés. Et puis il y a le séisme. Le séisme de magnitude 7,1 qui a frappé Kumamoto la semaine dernière a partiellement mis à l’arrêt les chaînes de production de Nissan, sans faire de blessés ni endommager les installations, mais la perturbation devrait durer jusqu’à mercredi et coûter environ cinq mille véhicules. À l’échelle des problèmes de Nissan, c’est une note de bas de page, et l’entreprise la traite comme telle.

Ce que disent vraiment les chiffres

La prévision annuelle constitue la mesure honnête : Nissan table toujours sur un bénéfice net de seulement 20 milliards de yens (environ 127 millions de dollars) pour 13 000 milliards de yens de ventes, et elle s’y tient. L’entreprise a été dans le rouge pendant deux exercices, sa direction a promis un retour aux bénéfices cette année, et le premier trimestre a tenu parole. Espinosa a décrit la direction comme claire, l’environnement restant difficile en Chine et au Moyen-Orient.

Personne ne doit prendre ce trimestre pour la fin de la crise. Le bénéfice comprend des gains exceptionnels qui, par définition, ne se reproduiront pas. La prévision de ventes a été revue à la baisse, pas à la hausse. Les deux plus grands risques externes, la guerre dans le Golfe et la guerre des prix en Chine, ne sont pas réglés, et l’un comme l’autre peut replonger Nissan dans le rouge avant la fin de l’exercice. Le redressement est réel, mais ténu. Nissan a trouvé une accalmie dans la tempête, pas le rivage. C’est la façon honnête de lire ces 3,8 milliards de yens.

Traduit par Lydie

Sources

Scroll to Top