À un an de 2027 : l’échéance que la Chine a fixée à son armée

L’Armée populaire de libération est à un an d’une échéance que Pékin lui a fixée. Août 2027 marquera le centenaire de la fondation de l’APL, et la Chine s’est engagée, dans le langage des documents officiels et des discours de son dirigeant, à atteindre ses objectifs du centenaire d’ici là. Ce que sont exactement ces objectifs n’a jamais été précisé. Ce flou est en soi un choix politique, et le compte à rebours est tout l’enjeu.

La Chine a fixé deux jalons militaires, séparés par une génération. Le plus proche est le centième anniversaire de l’APL en 2027, érigé en référence de modernisation. Le plus lointain est le centième anniversaire de la République populaire elle-même en 2049, date cible pour faire des forces armées une armée de classe mondiale, l’objectif le plus ambitieux que Pékin ait mis sur le papier. Entre les deux se trouve 2035, date à laquelle la modernisation de l’appareil de défense du pays est censée être pour l’essentiel achevée.

Une échéance sans définition

L’objectif de 2027 a été fixé dans le rapport du 20e congrès du Parti, en 2022, qui exigeait que les objectifs du centenaire de l’APL soient atteints et que les forces armées soient élevées plus rapidement à des niveaux de classe mondiale. Xi Jinping a répété la formulation lors de ses inspections de commandements militaires, plus récemment lors de visites au centre de commandement des opérations conjointes. L’expression est partout dans l’appareil officiel chinois. Son contenu nulle part.

C’est délibéré. Ce flou permet à Pékin d’affirmer que l’échéance est tenue sans préciser ce que tenir signifie. Mesurée à l’aune exigeante fixée par Pékin lui-même, l’APL ne sera pas entièrement modernisée en 2027. L’objectif déclaré est le statut de classe mondiale d’ici 2049, et la référence de 2027 est une étape, pas une ligne d’arrivée. Un colonel supérieur à la retraite de l’APL, Zhou Bo, qui étudie désormais la stratégie à l’université Tsinghua, a décrit dans des commentaires publics l’objectif comme une volonté de se tenir au coude à coude avec les États-Unis, présentant la référence comme une tentative de se mesurer à la puissance militaire dominante du monde. Pékin n’a jamais dit combien de forces armées méritent le label de classe mondiale, ce qui laisse la question ouverte : avec une seule place, il revient aux États-Unis ; avec plusieurs, la Chine peut affirmer qu’elle occupe déjà la deuxième.

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À quoi sert vraiment l’échéance

L’horloge de 2027 sert des objectifs qui n’ont rien à voir avec le calendrier. C’est un moteur bureaucratique : une échéance qui oblige l’appareil de défense, ses fournisseurs et ses commandements régionaux à se moderniser selon un calendrier, à déployer des équipements et à s’entraîner en vue d’une date certaine. C’est un message adressé à la région : Taïwan, le Japon, les Philippines et tous ceux qui observent la mer de Chine méridionale sont avertis que la transformation de l’APL est sur les rails et ne sera pas retardée. Et c’est un instrument politique, qui lie l’armée au calendrier du Parti et à son dirigeant.

La modernisation elle-même est réelle. L’APL a passé des années à construire une marine qui opère désormais à travers le Pacifique, une armée de l’air dotée de chasseurs de cinquième génération de sa propre conception, et une force de missiles qui est la plus importante au monde. Les exercices autour de Taïwan et en mer de Chine méridionale sont devenus routiniers. Les évaluations américaines avertissent que la croissance militaire chinoise réduit le temps dont dispose Washington pour réagir, tout en concédant que les purges anticorruption et la rotation des dirigeants ont, par moments, ralenti la marche de l’APL vers ses objectifs de 2027.

L’écart entre l’objectif et le standard

Il y a une tension au cœur de l’échéance que reconnaissent les commentateurs chinois. L’objectif du centenaire est une référence de modernisation, mais selon la mesure stricte de Pékin lui-même, il ne livrera pas une modernisation complète en 2027. Le standard de classe mondiale, l’objectif suprême, est réservé à 2049. Et 2035 reste la date pour achever pour l’essentiel la modernisation de la défense nationale et de l’armée.

En clair, cela signifie que l’on demande à l’APL de faire trois choses selon trois horloges différentes : atteindre ses objectifs du centenaire dans un an, achever pour l’essentiel sa modernisation dans neuf ans et devenir de classe mondiale dans vingt-trois ans. La première échéance est celle qui compte aujourd’hui, car c’est elle qui sera jugée. Quand l’APL aura cent ans en août prochain, Pékin déclarera les objectifs du centenaire atteints. La déclaration sera politique, pas militaire. La question qui restera posée à la région est de savoir ce que cette déclaration signifie pour les années qui suivront, quand la prochaine horloge, celle de 2035, commencera à tictaquer plus fort.

Traduit par Lydie

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