Le veto de l’acheteur : comment la Chine plafonne le prix du pétrole en n’achetant pas

La guerre qui devait faire flamber le prix du pétrole ne l’a pas fait. La raison tient moins aux pays qui se battent qu’au plus grand acheteur de pétrole au monde, qui a discrètement cessé d’acheter.

Lorsque les États-Unis et Israël ont frappé l’Iran fin février, le détroit d’Ormuz, la voie maritime qui transporte un cinquième du pétrole mondial, était de fait fermé. Les prévisionnistes annonçaient une flambée des prix inédite depuis des décennies. Cette flambée n’est jamais vraiment arrivée. Les analystes qui attendaient le chaos ont eu un marché qui a gémi sans céder ; l’explication la plus convaincante est aussi la plus simple : le plus grand acheteur du monde s’est éloigné du comptoir.

Les chiffres racontent l’histoire. Les importations de pétrole brut de la Chine ont chuté de 41,3 % en juin par rapport à l’année précédente, leur niveau le plus bas en près d’une décennie, selon les données douanières rapportées par Reuters. Les volumes traités par les raffineries sont tombés à leur plus bas niveau en dix ans. À la mi-juillet, Reuters estimait les expéditions chinoises à environ 40 % de leur niveau d’avant-guerre. Un acheteur qui absorbe normalement un cinquième du brut mondial transporté par mer a tout simplement cessé de prendre livraison.

Ce retrait a eu deux effets : il a libéré des cargaisons pour d’autres pays qui en avaient besoin, et il a retiré du marché une telle part de la demande que les prix n’ont pas pu monter aussi haut que la guerre aurait dû les pousser. Le New York Times est parvenu à la même conclusion à la mi-juillet, rapportant que la baisse d’appétit de la Chine avait empêché les prix du pétrole de flamber encore plus tôt dans le conflit. Les experts redoutaient le pire de la fermeture du détroit ; l’absence de la Chine explique en grande partie pourquoi le pire n’a pas eu lieu.

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Pourquoi Pékin s’est-il retiré ? En partie par choix, en partie par la force des choses. La Chine est entrée dans l’année de guerre avec d’importants stocks stratégiques constitués au fil des années d’achats de pétrole bon marché, un matelas que la plupart des importateurs n’ont pas. La demande intérieure est faible, entre l’effondrement du secteur immobilier et des consommateurs prudents qui freinent leur consommation de carburant. Les raffineries sont étranglées par les restrictions à l’exportation des produits raffinés. Et une partie des barils que la Chine achète habituellement, le brut iranien, a disparu quand les combats ont commencé. Acheter moins relevait à la fois de la nécessité et de la commodité.

Le résultat est une nouvelle forme de pouvoir qui fonctionne dans les deux sens. The Atlantic rapportait cette semaine que le levier dont la Chine dispose sur les prix du pétrole lui donne la capacité d’infliger une souffrance immense aux consommateurs américains, et au monde entier, à tout moment. Si Pékin revient en force sur le marché alors que l’offre est encore perturbée, les prix grimperont vite, et Washington le ressentira à la pompe avant tout le monde. Si Pékin reste à l’écart, il maintient un plafond sur l’inflation qui pèse sur les ménages américains. Le pays qui n’a pas tiré un seul coup de feu dans cette guerre détient un veto sur ses retombées économiques.

Le mystère, c’est ce que veut la Chine. Elle n’a pas expliqué son absence, et les analystes divergent sur la part de faiblesse et la part de stratégie. Mais l’effet concret se voit chaque jour dans le prix du pétrole. Pendant des décennies, les producteurs ont fixé le prix : l’OPEP, la Russie, les champs de schiste américains. Cette guerre a montré que l’acheteur compte tout autant. Le plus grand acheteur du monde a appris qu’il peut plier le marché simplement en ne se présentant pas.

Quand la guerre prendra fin, ou quand la Chine jugera ses stocks suffisamment remplis, cette demande reviendra. La question à laquelle personne ne peut répondre est de savoir à quel prix. Le pays qui a plafonné le choc pétrolier est aussi celui qui est le plus susceptible d’y mettre fin, et le calendrier est entièrement entre les mains de Pékin. Le veto de l’acheteur est l’arme la plus silencieuse de ce conflit, et la plus difficile à combattre.

Traduit par Lydie

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