Une exigence de loyauté qui éloigne les alliés : le paradoxe de la politique de défense asiatique de Trump

Donald Trump souhaite que les alliés asiatiques des États-Unis consacrent davantage à leur propre défense, beaucoup plus. Le problème, préviennent les analystes, est que cette exigence pourrait pousser ces mêmes alliés vers la Chine.

Lors du Dialogue Shangri-La à Singapour en mai, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a délivré le message sans ménagement, affirmant que l’ère des subventions américaines à la défense des nations riches était terminée. Il a fixé un objectif de 3,5 % du PIB pour les dépenses militaires. En coulisses, certains rapports suggèrent que le véritable plancher de Washington se rapprocherait plutôt de 5 %.

Les chiffres illustrent l’écart. Singapour consacre actuellement 2,8 % de son PIB à la défense. La Corée du Sud 2,6 %. Taïwan 2,1 %. L’Australie 1,9 %. Le Japon 1,4 %. Les Philippines 1,3 %. Les États d’Asie du Sud-Est les plus pauvres dépensent encore moins. Combler ces écarts pour atteindre 3,5 %, sans parler de 5 %, exigerait des augmentations budgétaires d’une ampleur que la plupart de ces économies ne peuvent supporter, surtout avec le choc budgétaire de la guerre iranienne de 2026 qui se fait encore sentir.

Mais le problème n’est pas seulement une question d’argent.

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Lors du Dialogue Shangri-La, le président vietnamien To Lam, le vice-Premier ministre australien Richard Marles et le ministre japonais de la Défense Shinjiro Koizumi ont tous contesté les propos de Hegseth. Leur argument : le problème de la région est un manque de confiance dans les engagements de Washington, et non un manque d’équipement.

Ils ont des raisons de douter de la fiabilité américaine. Trump a adopté une ligne remarquablement souple envers Pékin, retardant les ventes d’armes à Taïwan, minimisant le renforcement militaire chinois et refusant de mentionner Taïwan dans ses remarques au Shangri-La. Hegseth a déclaré au forum qu’il y avait une inquiétude légitime concernant l’expansion militaire chinoise, mais a ajouté que les États-Unis respectaient leurs ambitions.

En exigeant davantage des alliés tout en signalant un moindre engagement envers leur sécurité, Washington crée exactement la brèche que la Chine recherche depuis longtemps.

Les gouvernements asiatiques réalisent d’énormes volumes d’échanges avec la Chine. Ils ne peuvent pas se permettre d’être perçus comme faisant partie d’une coalition anti-Pékin, surtout lorsque l’attitude de Washington semble transactionnelle. Si les alliés achètent davantage d’armes, les principaux bénéficiaires pourraient ne pas être les entreprises de défense américaines, mais les fabricants d’armes locaux, mieux placés pour répondre aux besoins de leurs propres pays à moindre coût politique.

Le Council on Foreign Relations prévient que l’approche américaine risque d’aggraver l’instabilité asiatique. Un renforcement militaire régional d’une ampleur inédite depuis la guerre froide pourrait déclencher une course aux armements que la Chine se contenterait de suivre. Joshua Kurlantzick, du CFR, note que sans une direction américaine claire, la dynamique pourrait produire le type de mauvaise évaluation entre puissances qui a conduit à la Première Guerre mondiale.

Le résultat le plus dangereux serait nucléaire. Si le Japon ou la Corée du Sud concluent que la garantie de sécurité américaine est creuse, la pression pour développer leurs propres moyens de dissuasion nucléaire deviendrait presque impossible à résister. Personne ne sait comment la Chine ou la Corée du Nord réagiraient.

La demande de Trump en matière de partage du fardeau n’est pas déraisonnable en soi. Les alliés riches devraient payer davantage. Mais la manière dont Washington formule cette exigence, sur un ton qui ressemble à un ultimatum tout en s’adoucissant simultanément envers Pékin, produit l’effet inverse de celui recherché. Au lieu de renforcer le réseau d’alliances, elle l’érode.

Traduit par Lydie

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