Le dimanche est sacré en Allemagne. La concurrence chinoise en fait un problème.

L’Allemagne est confrontée à un problème que la plupart des pays auraient du mal à comprendre. Ses magasins sont fermés le dimanche. Pas certains magasins. Presque tous. La Ladenschlussgesetz, la loi sur la fermeture des commerces, est en vigueur depuis plus d’un siècle et est protégée par la Loi fondamentale allemande. Le dimanche, on peut acheter de l’essence, retirer un médicament dans une pharmacie de garde, ou acheter du pain chez un boulanger. On ne peut pas faire ses courses hebdomadaires. On ne peut pas acheter une chemise. On ne peut pas flâner dans un grand magasin.

Pendant la majeure partie des cent dernières années, cela n’a pas posé de problème commercial car tout le monde était également fermé. Mais les plateformes chinoises de commerce électronique, elles, ne ferment jamais. Temu, Shein, AliExpress prennent les commandes 24 heures sur 24, sept jours sur sept, et livrent via des réseaux logistiques qui ne s’arrêtent jamais.

L’économie allemande traverse une récession prolongée. Le modèle exportateur d’après-guerre qui a fait du pays la puissance industrielle de l’Europe est sous pression face à la concurrence chinoise dans l’automobile, la machinerie et la chimie. La demande intérieure est atone. Les commerçants affirment que l’interdiction dominicale coûte chaque année des milliards de ventes perdues et place les magasins physiques dans une position de désavantage irrémédiable face à des concurrents en ligne qui ne sont soumis à aucune restriction de ce type.

En 2026, un premier petit assouplissement a été approuvé : les boulangeries et les bibliothèques publiques peuvent désormais ouvrir plus longtemps le dimanche. Les associations patronales plaident pour une libéralisation plus large couvrant l’ensemble du secteur du commerce de détail. L’argument est simple : si les Allemands ne peuvent pas dépenser leur argent dans les magasins physiques le dimanche, ils le dépenseront en ligne, souvent auprès d’entreprises chinoises.

If you found this article useful, please consider helping us keep 1ban.news independent.

Help keep us independent

Mais l’opposition est solidement ancrée et populaire. Les syndicats, les Églises et une majorité de l’opinion publique allemande soutiennent le maintien du dimanche comme jour de repos protégé. Les sondages montrent systématiquement que la plupart des Allemands ne souhaitent pas un commerce ouvert sept jours sur sept, même si cela devait aider l’économie. Le débat ne porte pas uniquement sur le commerce ; il concerne le type de société que l’Allemagne souhaite être.

La plupart des pays de l’UE autorisent les achats le dimanche. La France, les Pays-Bas, la Suède ont tous dépassé le modèle auquel l’Allemagne s’accroche encore. La pression du commerce électronique chinois rend l’exception allemande plus difficile à justifier sur le plan purement économique. Mais la culture ne cède pas aux balances commerciales du jour au lendemain.

La collision entre une tradition séculaire et la réalité de la concurrence mondiale 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, est une petite histoire qui en raconte une grande : aucun pays, pas même l’Allemagne, ne peut protéger ses habitudes nationales des forces qu’il a contribué à libérer par la mondialisation.

Traduit par Lydie

Scroll to Top