
Traduit par Lydie
Les garde-côtes chinois ont tiré un canon à eau sur un navire de pêche philippin près du banc de Scarborough vendredi, le troisième affrontement dans les eaux contestées de la mer de Chine méridionale en une seule semaine, et le timing n’était pas accidentel.
Manille accueillait les réunions annuelles des ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN lorsque l’escalade chinoise s’est produite. Lundi, du personnel chinois au banc de Second Thomas a blessé deux marins philippins, les frappant avec des bâtons en bois lors d’une confrontation au niveau du navire de guerre échoué BRP Sierra Madre. Jeudi, des navires chinois ont harcelé deux bateaux de pêche philippins près de Scarborough. Vendredi, le canon à eau a touché l’un d’eux directement, un tir indirect, selon les garde-côtes philippins, mais assez proche pour qu’un navire chinois s’approche ensuite du BRP Datux Paduhinog à moins de sept mètres, une manœuvre décrite comme créant un « risque sérieux de collision ».
Trois incidents, trois jours, un cadre diplomatique. Pékin envoyait un message non seulement à Manille mais à chaque délégation présente dans les salles de réunion de l’ASEAN : la revendication de la Chine sur la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale n’est pas négociable, et ses méthodes d’application ne seront pas limitées par le calendrier des rassemblements multilatéraux.
Le message a été reçu. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio, également à Manille pour les réunions, a qualifié l’affrontement de lundi d’« escalade » et a averti qu’un conflit entre les États-Unis et la Chine aurait un « impact mondial dramatique ». Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, présent aux mêmes réunions, a lancé son propre avertissement, déclarant que Manille ferait face à de « lourdes conséquences de ses propres actes » si elle poursuivait ce que Pékin appelle des « actions infractionnistes et provocatrices » avec le soutien de puissances extérieures.
Le communiqué conjoint de l’ASEAN, publié à l’issue des réunions ministérielles, a exprimé des inquiétudes concernant des « incidents graves » et des actions mettant en danger la sécurité en mer, un langage qui reste bien en deçà de la désignation de la Chine comme agresseur mais reflète le malaise croissant des États d’Asie du Sud-Est face au durcissement du comportement de Pékin. Les négociations sur le code de conduite entre l’ASEAN et la Chine, présenté comme un pacte de non-agression qui pourrait empêcher une confrontation armée majeure, doivent se conclure d’ici fin 2026. L’écart entre les discussions et la réalité sur l’eau se creuse à chaque tir de canon à eau.
Les garde-côtes chinois ont décrit leurs actions comme « standards, professionnelles et légales », affirmant avoir chassé les navires philippins qui avaient « pénétré » malgré les avertissements. Les Philippines, qui s’appuient sur une décision d’arbitrage de l’UNCLOS de 2016 qui a invalidé les revendications extensives de la Chine, une décision que Pékin rejette, qualifient ces actions de violation des règles maritimes internationales et de mise en danger du personnel humanitaire.
Ce qui a changé cette semaine, c’est le rythme. Trois confrontations en sept jours, synchronisées avec une diplomatie régionale majeure, suggèrent une stratégie délibérée. Pékin veut faire comprendre que pendant qu’il parle, il agit aussi, et que la mer de Chine méridionale ne deviendra pas plus calme simplement parce que tout le monde se trouve dans la même pièce.

