
Donald Trump a annoncé jeudi que les États-Unis commenceraient à utiliser les actifs iraniens gelés pour indemniser les navires et cargaisons endommagés dans le Golfe, une démarche que le ministre iranien des Affaires étrangères a qualifiée de « précédent incendiaire » qui créerait le « chaos » dans la finance internationale.
« Ces dommages pourraient être très substantiels mais, néanmoins, c’est la chose juste et équitable à faire », a écrit Trump sur Truth Social. Il a précisé que l’argent proviendrait des « fonds iraniens que les États-Unis possèdent et contrôlent ».
Cette annonce constitue une violation directe du mémorandum d’entente de juin que les deux parties ont signé pour mettre fin à la guerre. Le point 11 de cet accord stipulait que les « États-Unis d’Amérique s’engagent à rendre entièrement disponibles les fonds et actifs gelés ou restreints de la République islamique d’Iran ». Au lieu de les débloquer, Trump propose désormais de les dépenser.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a réagi vivement. Saisir les actifs d’un autre pays pour « payer des demandes futures sans rapport constitue un précédent incendiaire », a-t-il déclaré. « Le chaos qui s’ensuivra ne sera ni joli ni paisible. »
Le montant des actifs iraniens gelés détenus à l’étranger est estimé à environ 24 milliards de dollars. La majeure partie se trouve dans des banques sud-coréennes, japonaises et irakiennes, des fonds que l’Iran avait accumulés grâce aux ventes de pétrole avant le renforcement des sanctions. En vertu du mémorandum de juin, ces fonds devaient être libérés en deux tranches : la moitié immédiatement après la signature du mémorandum, et le reste après les négociations sur le dossier nucléaire.
Aucune tranche n’a jamais été entièrement décaissée. Le cessez-le-feu s’est effondré trois semaines après sa signature.
Les modalités pratiques du plan de Trump restent floues. Une grande partie de l’argent gelé n’est pas physiquement détenue par les États-Unis mais par des banques de pays tiers qui devraient coopérer à toute saisie. La question de savoir si ces banques risqueraient leurs relations avec l’Iran, et avec d’autres déposants souverains qui observent la situation, reste ouverte.
La menace de saisie d’actifs est la dernière d’une série d’escalades qui ont marqué l’effondrement de la trêve de juin. Le jour même où Trump a fait cette annonce, les données de suivi des navires n’ont montré qu’un seul pétrolier traversant le détroit d’Ormuz, le nombre le plus bas depuis le 7 mai. Le détroit est effectivement fermé au commerce normal, et la dernière manœuvre financière de Trump risque de ne pas le rouvrir.
L’Iran n’a pas encore annoncé de mesure de représailles spécifique, mais l’avertissement d’Araghchi concernant le « chaos » suggère que le ministère des Affaires étrangères prépare des options. Si Téhéran riposte en gelant ou en saisissant les actifs des alliés des États-Unis dans la région, la guerre financière pourrait s’étendre bien au-delà des deux pays.
Traduit par Lydie

