
La guerre contre l’Iran a été présentée comme une opération chirurgicale visant à stopper la prolifération nucléaire. Mais ses effets s’étendent bien au-delà du Moyen-Orient, et le tableau qui se dessine n’est pas celui que Washington souhaitait voir.
Une analyse de War on the Rocks publiée mardi examine comment le conflit redessine les relations des États-Unis avec cinq pays clés : la Corée du Sud, l’Inde, l’Ukraine, la France et le Royaume-Uni. La partie publique de l’article ne couvre intégralement que la Corée du Sud et l’Inde, mais le matériel disponible raconte l’histoire d’alliés qui réévaluent leur confiance dans les garanties de sécurité américaines.
La Corée du Sud a catégoriquement refusé d’aider les opérations militaires américaines visant à rouvrir le détroit d’Ormuz. Séoul a offert un soutien politique et logistique, le genre qui ne coûte rien, mais pas de navires de guerre, pas de dragueurs de mines, aucune contribution combattante. Le président Trump a publiquement critiqué ce refus. Ce n’est pas une chose anodine. La Corée du Sud est l’un des alliés les plus liés par traité avec l’Amérique, accueillant près de 30 000 soldats américains. Si Séoul dit non à un détroit qui transporte la majeure partie de ses propres importations pétrolières, cela signifie que l’alliance est mise à l’épreuve d’une manière que Washington n’avait pas anticipée.
L’inquiétude plus profonde à Séoul concerne la dissuasion élargie. Le Pentagone a redéployé des batteries de missiles Patriot de la Corée du Sud vers le Moyen-Orient sans consultation, une démonstration frappante de ce à quoi ressemble la « flexibilité stratégique » des Forces américaines en Corée dans la pratique. Les stratèges sud-coréens tirent la conclusion évidente : si une crise taïwanaise éclate, les forces américaines pourraient être retirées, laissant le Sud faire face seul à une agression nord-coréenne simultanée. La guerre en Iran a rendu ce scénario cauchemardesque bien réel.
Il y a une autre couche. L’administration Trump a écarté Israël de ses discussions avec l’Iran. La Corée du Sud l’a remarqué. Si Washington exclut son plus proche allié du Moyen-Orient des négociations, qu’arrivera-t-il aux intérêts sud-coréens en cas d’urgence dans la péninsule coréenne ?
La position de l’Inde est différente mais tout aussi inconfortable. New Delhi ne voulait aucune participation aux frappes initiales américano-israéliennes. Elle l’a dit en privé et en public. Mais la guerre nuit à l’Inde indépendamment de sa position. Les prix de l’énergie augmentent. La sécurité maritime dans l’océan Indien se dégrade. Des millions de travailleurs indiens dans les États du Golfe font face à un avenir incertain. Les navires indiens transitant dans la région sont en danger.
New Delhi n’a guère envie de voir l’Iran développer des armes nucléaires. Mais elle entretient également une relation de longue date avec Téhéran, diplomatique, économique et stratégique. La guerre a forcé l’Inde à choisir son camp dans un conflit qu’elle n’a jamais voulu, et aucun des deux choix n’est satisfaisant.
L’analyse complète concernant l’Ukraine, la France et le Royaume-Uni se trouve derrière le mur de paie de War on the Rocks, mais la tendance est déjà visible à partir de ce qui est public. La guerre en Iran met à l’épreuve la valeur des garanties de sécurité américaines.
Un pays qui redéploie les défenses aériennes de ses alliés sans demander au préalable, qui exige une aide militaire dans une guerre qu’il a lui-même provoquée et qui traite les engagements d’alliance comme unilatéraux, ce pays ne devrait pas être surpris lorsque ses partenaires commencent à faire d’autres plans.
Chaque allié qui observe cette guerre se pose la même question : si Washington fait cela pour se défendre contre l’Iran, que ferait-il dans une crise plus proche de chez eux ? Les réponses ne rassurent personne.
Traduit par Lydie

