
Donald Trump a une nouvelle formule pour la guerre contre l’Iran : chaque fois que Téhéran tire sur un navire dans le détroit d’Ormuz, les États-Unis détruiront un pont ou une centrale électrique iranienne.
« La semaine prochaine, ça va vraiment mal tourner pour eux », a déclaré le président dans un entretien à Fox News diffusé mardi soir. « Nous allons détruire toutes leurs centrales. Nous allons détruire tous leurs ponts, sauf s’ils viennent à la table des négociations. »
La politique a été précisée mercredi. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a clarifié que la Maison-Blanche fonctionne désormais sur une base d’un pour un, soit un site d’infrastructure civile par attaque de navire. Rubio a accusé l’Iran de ne pas prendre les négociations au sérieux.
Le système a la logique froide d’un tarif douanier, sauf que le paiement se fait en béton armé et en réseaux électriques. Trump traite les éléments qui maintiennent les populations civiles en vie, les ponts qui relient les villes, les centrales qui alimentent les hôpitaux et les pompes à eau, comme des postes dans un registre de représailles.
Le problème juridique
Le chef des droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk, a répondu à la menace précédente de Trump en avril en rappelant l’évidence : selon le droit international, attaquer délibérément des infrastructures civiles est un crime de guerre. Les Conventions de Genève de 1949 interdisent les attaques contre des sites considérés comme essentiels pour les civils. Les ponts et les centrales électriques sont des exemples classiques d’objets protégés.
La réponse de Trump, en substance, est que les règles ne s’appliquent pas lorsque l’autre camp attaque des navires marchands. Cet argument aurait plus de poids s’il était dirigé contre l’armée iranienne. Il est dirigé contre des ponts et des centrales.
Ce que dit l’Iran
Un responsable iranien a répondu en affirmant que Téhéran riposterait en provoquant des coupures d’électricité dans les pays qui hébergent des troupes américaines. Si les menaces sont une enchère, voici la contre-offre : vous détruisez notre réseau, nous détruisons le réseau au Koweït, à Bahreïn, en Jordanie. L’escalade est symétrique dans le langage mais pas dans la géographie, l’Iran parle de frapper les infrastructures civiles des alliés des États-Unis, pas le territoire américain.
L’escalade dans les faits
Les paroles accompagnent une réelle action militaire. Mardi soir, les forces américaines ont mené une vague de frappes de sept heures sur des positions iraniennes près du détroit d’Ormuz. Le Centcom a déclaré avoir touché des « douzaines » de cibles militaires. Téhéran a répondu en tirant des missiles et des drones contre des cibles américaines en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn. L’armée koweïtienne a indiqué qu’elle « repoussait des attaques hostiles de drones » et Bahreïn a activé ses sirènes de raid aérien.
L’échange est devenu routinier, frappes, contre-frappes, déclarations, nouvelles frappes. Ce que la nouvelle formule infrastructurelle de Trump fait, c’est supprimer le plafond. L’échelle d’escalade précédente allait du transport maritime commercial aux cibles navales, puis aux batteries côtières. La nouvelle ajoute le réseau civil, qui est effectivement infini. L’Iran possède des centaines de ponts et des dizaines de centrales. Les États-Unis peuvent les détruire un par un, chaque fois qu’un navire est attaqué, et aucun des deux camps ne manquera de cibles avant que l’autre n’épuise sa patience.
Ce qui est dit et ce qui est fait
« La semaine prochaine, ça va vraiment mal tourner pour eux » sous-entend que ce n’est pas encore si grave. Mais l’Iran est déjà bombardé depuis 11 nuits consécutives. Les défenses aériennes sont actives au-dessus de Téhéran, Tabriz, Chabahar, Konarak et Bushehr. Un soldat américain a été tué en Irak il y a deux jours. Le coût de la guerre a atteint 37,5 milliards de dollars. La question n’est pas de savoir si la « semaine prochaine » sera pire. Elle est de savoir quel genre de pire.
Traduit par Lydie

