
L’Iran a trois choix dans le détroit d’Ormouz. Aucun ne mène à la victoire.
La BBC a exposé les options dans une analyse publiée mercredi, s’appuyant sur des entretiens avec des Iraniens et des experts. Le tableau est sombre pour Téhéran : chaque voie comporte des risques qui pourraient anéantir la position stratégique du régime, et le temps presse sur le seul avantage qu’il détient encore.
Option 1 : Accepter les exigences américaines
Les États-Unis veulent une garantie de libre passage à travers le détroit d’Ormouz, la fin des attaques contre la navigation commerciale, une réduction du stock d’uranien hautement enrichi d’Iran et des inspections nucléaires intrusives.
En échange, l’Iran obtiendrait la fin du blocus naval américain, un allégement des sanctions et une protection contre de nouvelles attaques.
Le problème : cela signifierait abandonner le moyen de dissuasion le plus efficace que l’Iran ait jamais possédé. Pendant des décennies, Téhéran s’est appuyé sur les missiles, les proxies et le programme nucléaire pour dissuader une attaque. La fermeture du détroit d’Ormouz s’est avérée plus puissante que tous ces moyens. En quelques mois, l’Iran est passé d’un pays sous sanctions à un pays capable de perturber 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole à volonté.
Les faucons soutiendraient que la pression militaire américaine a fonctionné, et si Téhéran cède maintenant, Washington reviendra avec des exigences sur le programme de missiles, le Hezbollah, les Houthis et toutes les autres cartes que l’Iran détient. Les fondements idéologiques du régime reposent sur la résistance. La capitulation, aussi pragmatique soit-elle, est politiquement radioactive.
Option 2 : Escalader
L’Iran pourrait intensifier les attaques contre les bases américaines, la navigation commerciale et les infrastructures des États du Golfe, faisant grimper les prix du pétrole et forçant Washington à faire des compromis.
Cela comporte le plus grand risque militaire. Des pertes massives ou des dommages importants aux infrastructures du Golfe pourraient attirer les pays voisins et créer une coalition plus large contre l’Iran. Les Gardiens de la Révolution pourraient favoriser cette option car elle préserve leur influence. Mais les Gardiens ne sont pas ceux qui paieront le prix si les États du Golfe décident qu’ils en ont assez et rejoignent une campagne menée par les États-Unis pour rouvrir le détroit par la force.
Option 3 : Préserver l’instabilité actuelle
Maintenir le détroit contesté mais pas complètement fermé. Assez de pression pour conserver un levier, mais pas assez pour déclencher une guerre totale.
C’est ce qui se rapproche le plus d’une stratégie durable, et c’est peut-être celle que l’Iran poursuit réellement. La logique : l’Iran n’a pas besoin de vaincre un ennemi plus fort. Il lui suffit de survivre à la volonté de l’ennemi de se battre. Les États-Unis sont en guerre depuis février. Le soutien public est à 29 %. Le président fait face à une élection en novembre. Le temps joue peut-être en faveur de l’Iran.
Mais il y a deux problèmes.
Premièrement, le coût intérieur. La hausse des sanctions, les dommages de guerre et l’inflation accroissent la pression sur les Iraniens ordinaires. BBC Persian a interviewé une femme à Téhéran titulaire d’un doctorat et de 17 ans d’expérience dont l’entreprise de commerce extérieur a fermé. Elle est au chômage depuis quatre mois. « Personne n’embauche parce que personne ne sait ce qui va se passer. » Coupures d’électricité, pénuries d’eau, prix exorbitants. Les protestations qui ont secoué l’Iran avant la guerre pourraient revenir.
Deuxièmement, le paradoxe reconnu par le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf : « La valeur d’Ormouz réside dans l’augmentation du volume de navigation à travers elle plutôt que dans sa réduction. » Utiliser le détroit comme une arme détruit sa valeur en tant que route commerciale. Chaque mois que le détroit reste contesté, les routes alternatives deviennent plus viables. Les États-Unis, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis investissent des milliards dans des options de contournement. Le levier de l’Iran est un actif qui s’érode.
Le facteur inconnu : qui décide ?
L’analyse de la BBC note que le processus décisionnel de l’Iran est exceptionnellement opaque en ce moment. Khamenei est mort. Son fils Mojtaba lui a succédé, mais l’équilibre des pouvoirs entre les politiciens élus, l’establishment clérical et les Gardiens de la Révolution est flou.
Le président Massoud Pezeshkian et ses diplomates favorisent un règlement pour alléger la pression économique. Les faucons au parlement et dans les médias conservateurs craignent toute concession. Les Gardiens dépendent du programme de missiles, des alliances régionales et de la stratégie d’Ormouz pour leur influence, ils ont le plus à perdre d’un accord.
Les trois options n’imposent pas les mêmes coûts aux différentes parties du système. Un accord qui sauve l’économie affaiblit les Gardiens. L’escalade qui renforce les Gardiens appauvrit la population. Et ne rien faire draine lentement le seul levier de pouvoir qu’il reste à l’Iran.
La conclusion de la BBC : des cycles d’attaques, de médiation et de cessez-le-feu temporaires pourraient se poursuivre pendant des mois. La question décisive est de savoir combien de temps l’Iran peut préserver Ormouz comme levier sans provoquer une guerre totale, de nouveaux troubles intérieurs ou la construction de routes d’exportation alternatives qui rendraient le détroit sans intérêt.
Aucun des choix auxquels sont confrontés les dirigeants iraniens n’offre une voie claire vers la victoire. La question est de savoir quelle voie mène à la défaite la moins dommageable.

